De l’univers de la recherche à une charge publique — Interview de Mercedes Aráoz

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Division des communications, CRDI
La ministre des Finances et de l’Économie du Pérou applique les conseils en matière de politiques qu’elle prodiguait autrefois aux politiciens.

En 2005, Mercedes Aráoz a décidé de se pencher de plus près sur la capacité du Pérou de produire des biens et services susceptibles d’être concurrentiels sur le marché mondial. Cette ancienne chercheure de l’Universidad del Pacífico de Lima a proposé une série de modifications aux politiques en vue d’améliorer la compétitivité du pays, des modifications qui, à son sens, étaient tout désignés pour multiplier les perspectives de croissance de la petite et moyenne entreprise et créer de nouveaux emplois.


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Pour en savoir plus long sur le soutien que le CRDI a consenti au CIES 

L’étude qu’elle a réalisée était l’une des dix études que le Consortium de recherche économique et sociale (CIES), avec l’appui du CRDI, a commandées dans le cadre de la campagne électorale de 2006. Chacune de ces études soulignait des enjeux clés et formulait des recommandations en vue de susciter des débats de fond pendant la campagne et d’exercer une influence sur les programmes des partis politiques.

En plus d’aider les candidats à définir leur position à l’égard de la compétitivité, les recherches de Mme Aráoz lui ont permis de tracer la voie de son propre parcours politique. En qualité de ministre du Commerce étranger et du Tourisme de 2006 à 2009 et de ministre des Finances et de l’Économie depuis décembre 2009, elle a adopté bon nombre des mesures qu’elle avait recommandées autrefois.

Depuis qu’elle fait partie des décideurs, Mme Aráoz ne manque pas d’apprécier les conseils extrêmement bien documentés que le CIES continue à offrir au gouvernement.

Le CRDI a interviewé Mercedes Aráoz en mai 2010. Voici une version abrégée de cet entretien. On peut également écouter l’interview en espagnol.
 

 
CRDIPourquoi les réformes que vous avez recommandées à l’égard de la compétitivité étaient-elles nécessaires ?

MA — Il fallait à tout prix améliorer notre position concurrentielle pour pouvoir pénétrer les marchés internationaux. Nous avons beaucoup travaillé la question de la compétitivité en nous penchant surtout sur des aspects systémiques, notamment l’infrastructure, un solide capital humain, des mécanismes permettant de faire des affaires, la création de grappes de production et le volet environnemental.

Tout cela a été débattu et utilisé lors des campagnes électorales. La documentation a amené de nombreux partis politiques à commencer à réfléchir à la manière d’améliorer la compétitivité à l’échelle du pays.

CRDIPouvez-vous nous donner un exemple d’une réforme que vous ayez adoptée en qualité de ministre pour améliorer la compétitivité ?

MA — La plus importante, c’est d’avoir conclu de nombreux accords commerciaux [notamment avec les États-Unis, le Canada et l’Union européenne]. Ensuite, nous nous sommes attachés à diminuer les obstacles bureaucratiques. Les TUPA (textes uniques de procédures administratives) — pour les permis municipaux et les permis d’exploitation par exemple — permettent de réduire les coûts en plus d’aider les petites entreprises à régulariser leur situation et de leur faciliter l’accès au marché.

Il fallait parfois compter de 45 jours à trois mois pour des formalités bureaucratiques qui ne prennent que 72 heures aujourd’hui. Nous acceptons les attestations assermentées au lieu d’exiger d’innombrables papiers. Nous vérifions plutôt les choses ex poste. Nous utilisons des systèmes électroniques pour tout ce qui a trait au paiement des impôts — il en est de même pour les feuilles de paye.

En 2008, nous avons promulgué une nouvelle loi spéciale pour la petite et la micro-entreprise, où il s’agit justement d’essayer de diminuer leurs coûts, que ce soit sur le plan fiscal, de la main-d’oeuvre ou des formalités bureaucratiques.

La ministre Mercedes Aráoz siégeant au Congrès national du Pérou. Photo : MEF-Perú
MEF-Perú
La ministre Mercedes Aráoz siégeant au Congrès national du Pérou.

CRDI

—  Croyez-vous qu’un changement s’est opéré parmi les petits commerces et entreprises ?

MA — Disons que c’est amorcé; je suis persuadée que les petites entreprises commencent à trouver des créneaux dans les marchés internationaux. Par ailleurs, on est à renforcer la capacité des entreprises de régulariser leur situation et d’accéder aux marchés et au crédit, par exemple.  

 
Pour protéger la petite et la microentreprise des aléas de la crise économique, nous avons conçu un plan d’acquisition selon lequel l’État favorise les microentreprises. Le programme « Compras a mi Perú » (Acheter péruvien) a remporté énormément de succès. Plus de 3 500 entreprises en ont bénéficié et ces entreprises ont régularisé leur situation. L’initiative a donné de l’emploi à plus de 45 000 personnes, que ce soit directement ou indirectement.

CRDIEt, à présent que vous êtes ministre, l’existence du CIES vous aide à prendre des décisions ?  

 
MA — Oui, d’autant plus que le CIES a constitué un conseil consultatif composé de ministres. Ses réunions sont assez fréquentes et nous permettent de recommander des domaines de recherche importants au niveau décisionnel : par exemple, l’infrastructure publique, le développement de villes moyennes et les fuites dans les dépenses sociales.  
 
Le CIES a présenté des propositions concrètes sur la manière de cibler les dépenses dans le domaine social. Nous avons tiré des leçons des cas qui ont échoué pour éviter le gaspillage des nouveaux produits et programmes d’appui social. Le Programa Integral de Nutrición (Programme de nutrition intégré), par exemple, où nous avons regroupé 13 programmes de divers ministères en vue d’améliorer la nutrition chez les enfants, est régi par un régime budgétaire axé sur les résultats.  
 
Le CIES a aidé à cibler la recherche sur les politiques publiques, et il permet aux décideurs de prendre de meilleures décisions. Cette influence s’est propagée dans toute l’étendue du pays, ce qui fait que nous avons aujourd’hui un programme de recherche qui contribue au développement social et économique dans les régions également.  
 
CRDI Entrer au gouvernement, est-ce donc la meilleure manière d’exercer une influence en matière de politiques ?  

MA —  Certainement. Mon cas n’a rien d’exclusif. De nombreux chercheurs qui travaillent au CIES ont contribué directement à la politique et à la gestion publique. Il y a beaucoup de mobilité parmi les chercheurs et ils peuvent assumer le rôle de fonctionnaires à un moment donné et apporter des contributions importantes au niveau de la gestion. C’est ce qui explique que nous ayons une rétro-alimentation continue, je crois; cet appui est important.