De l'hôpital à l'herboriste : les bienfaits des herbes médicinales

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Michelle Hibler
En Ouganda, la population rurale a aussi souvent recours à l'herboriste qu'au médecin pour le traitement de malaises courants comme la diarrhée, la toux, l'hémopathie, les maux de tête, le paludisme et les douleurs abdominales.

La popularité des guérisseurs traditionnels dans ce pays de 22 millions d'habitants s'explique facilement. Ils sont accessibles. En Ouganda, il existe un guérisseur pour 200 à 400 personnes. Les professionnels de la santé qualifiés sont beaucoup moins nombreux : on en compte un pour 20 000 personnes. « Comme les guérisseurs vivent dans les localités qu'ils desservent, il est facile de les consulter », explique M. Corn Alele Amai, chercheur principal au laboratoire de recherches Natural Chemotherapeutics (NCRL) à Kampala. « En outre, leurs services sont peu coûteux; en fait, les herbes médicinales sont souvent gratuites », poursuit-il, « ou peuvent être payées en nature. » La médecine traditionnelle occupe une place importante dans les cultures africaines. On attribue à certaines plantes des pouvoirs magiques. Il y a des paysans convaincus que certaines maladies — l'épilepsie, par exemple — ne peuvent être soignées que par des guérisseurs traditionnels.

Grâce à l'appui du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), M. Amai et une équipe pluridisciplinaire de chercheurs du NCRL, de l'Université de Makerere et de l'Institut de recherche agricole de Kawanda ont étudié comment un certain type de guérisseurs traditionnels, les herboristes, traitent les maladies courantes. « Jusqu'à 80 p. 100 des guérisseurs traditionnels en Ouganda sont des herboristes », affirme M. Amai.

En 1999 et 2000, les chercheurs ont évalué dans quelle mesure on avait recours aux plantes médicinales pour traiter les maladies courantes dans quatre districts de l'Ouganda. Ils ont constaté que, sauf pour quelques rares particularités régionales, les habitants des quatre districts consultaient des herboristes pour sensiblement les mêmes malaises. Dans bien des cas, les patients atteints des mêmes maladies se présentaient aussi au service de consultations externes des centres de santé locaux. De fait, étant donné que tant les hôpitaux que les guérisseurs traitaient jusqu'à 70 p. 100 des maladies, les chercheurs ont conclu que « les herboristes et d'autres guérisseurs traditionnels jouent un rôle important dans l'amélioration de la qualité de vie et le maintien de la santé dans les régions rurales », déclare M. Amai.

La survie des plantes médicinales

Toutefois, les chercheurs ont aussi observé que la préparation des herbes médicinales était rudimentaire et coûteuse, voire qu'elle menaçait la survie de certaines espèces végétales. Pour les aider à préparer de meilleurs remèdes, de façon plus sûre et économique, l'équipe a travaillé en étroite collaboration avec les guérisseurs à l'identification de plantes médicinales communes utilisées pour traiter les maladies courantes et apprendre comment elles sont préparées et administrées. Les chercheurs ont aussi étudié l'innocuité des remèdes à base de plantes médicinales et entrepris des recherches documentaires afin de consigner par écrit et de valider les usages traditionnels — et d'en découvrir d'autres. Ces informations sont ensuite transmises aux guérisseurs. L'objectif, souligne M. Amai, est « d'aider les guérisseurs à préparer des médicaments efficaces et bon marché, mais sans danger ».

Il fallait aussi trouver les moyens de s'assurer que ces plantes médicinales continuent d'être disponibles. « De nombreuses espèces végétales sont en voie de disparition, ou menacées, en raison des pressions exercées par les cultures, la forte demande de plantes médicinales et les méthodes de cueillette destructrices », explique M. Amai. « Il faudrait inciter les herboristes à faire une utilisation durable des plantes médicinales et les aider à cet égard », ajoute-t-il. Le projet prévoit donc la formation des guérisseurs et des autres membres de la collectivité pour qu'ils puissent améliorer les techniques de cueillette, de préparation et d'emballage des plantes médicinales.

Mais surtout, « les décideurs doivent reconnaître l'importance, la permanence et la portée de la médecine et des produits traditionnels pour la prestation des soins de santé et le bien-être socio-économique des populations locales. » M. Amai recommande que l'utilisation et la conservation des plantes médicinales fassent partie du programme d'études en Ouganda, du primaire jusqu'à l'école de médecine.

Les populations locales devraient participer activement à tous les aspects de la conservation et de la multiplication des plantes médicinales. Cela veut dire, entre autres choses, réserver des parcelles pour la culture des plantes médicinales, activité qui gagne en popularité. « Tant les individus que les associations de guérisseurs traditionnels cultivent désormais des jardins particuliers de plantes médicinales », a déclaré M. Amai à d'autres chercheurs réunis à l'occasion d'un colloque sur les produits d'origine végétale organisé par le CRDI à l'Université du Québec à Chicoutimi, à Québec, au début d'août 2001. « Ils s'adressent à nous pour obtenir certaines espèces et nous leur fournissons les semis. » Intensifier de pareils efforts aiderait sans aucun doute à assurer la survie de cette ressource vitale.

Michelle Hibler est rédactrice à la Division des communications du CRDI à Ottawa.