De grands bienfaits à peu de frais pour la santé et pour l’environnement au Malawi

September 21, 2011

Image
Soils Food and Health in Malawi

De gauche à droite : homme non identifié, Lywell Nyangulu, Haylet Nkosi et Irice Zgambo sur une parcelle où se pratique la culture intercalaire dans le village de Fuzani, dans le nord du Malawi.

Des chercheurs financés par le CRDI améliorent les conditions de vie de milliers de familles souffrant de malnutrition au Malawi.

Présent dans la région depuis plus de 10 ans, le projet Sols, aliments et collectivités en bonne santé  (Soils, Food and Healthy Communities – SFHC) accroît la sécurité alimentaire et améliore la nutrition des enfants, preuve que de légères modifications aux méthodes de plantation, associées à un travail de sensibilisation et à la participation communautaire, peuvent avoir des effets importants.

Les membres de l’équipe et des bénévoles ont recruté des familles auxquelles ils ont fait semer des légumineuses afin de bonifier les sols et de produire des aliments plus sains. Grâce à la consommation d’aliments riches en protéines, les enfants sont en meilleure santé, et leur taux de croissance s’est nettement amélioré. Le rendement des cultures a aussi augmenté, sans utilisation massive d’engrais chimiques.

Cette initiative de l’hôpital d’Ekwendeni, dans le nord du Malawi, à laquelle prennent part des scientifiques du Malawi et du Canada, fait appel à des agriculteurs qui vivent dans la ville d’Ekwendeni et dans les villages environnants. La culture de base, ici, est le maïs, pauvre en protéines, qui épuise les sols quand on le plante seul (en monoculture). Pour contrer cette tendance, l’équipe de recherche favorise la culture intercalaire, pratique qui consiste à faire pousser deux cultures ou plus à proximité les unes des autres dans un même champ ou sur une même parcelle. La culture intercalaire du maïs avec des légumineuses offre plusieurs avantages, soit une alimentation plus diversifiée, un engrais naturel et gratuit provenant des résidus des récoltes et une diminution de la dépendance à l’égard de l’aide gouvernementale, qui sont tous des éléments ayant un rôle à jouer pour combattre l’insécurité alimentaire à long terme.

Soils-Food-and-Healthy-Communities-Project-northern-Malawi-105152.JPG

Une approche à petite échelle ayant un potentiel à long terme

La réussite du projet a été largement reconnue. En 2009,le magazine National Geographic a publié un article sur la crise alimentaire mondiale dans lequel l’auteur se demandait si une révolution verte en Afrique, s’appuyant comme d’habitude sur les engrais chimiques, les pesticides et l’irrigation, trio survolté par l’apport de semences génétiquement modifiées, serait vraiment une solution réaliste. L’auteur ne manque pas de souligner le succès remarquable que remporte le projet Sols, aliments et collectivités en bonne santé, faisant état des méthodes novatrices, fondées sur la collaboration, par lesquelles il s’attaque à l’insécurité alimentaire. Il n’y a ni semences de maïs hybride ni engrais gratuits ni nouvelles routes, écrit-il. Au lieu de cela, l’équipe du projet fournit des semences de légumineuses, des recettes et des conseils pour la culture de plantes nutritives comme l’arachide, le pois cajan et le soja, qui enrichissent aussi bien le sol que l’alimentation des enfants. (Bourne, 2009) 

La culture intercalaire n’est toutefois pas la norme au Malawi, où le gouvernement subventionne maintenant la distribution sur une grande échelle d’engrais chimiques aux petits agriculteurs. Beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui tributaires de cette aide.

Compte tenu de la réussite du projet mené à Ekwendeni, la BBC News Africa s’est interrogée en 2010 sur la viabilité à long terme de ce programme de subventions. Selon un agronome de l’endroit, Edgar Bayani, l’engrais chimique détruit la fertilité et la structure du sol, et, d’un point de vue économique, son utilisation n’est pas viable. Enoch Chione, chef du village de Chipetupetu, est l’un des agriculteurs participant au projet, dont il fait la promotion auprès de la collectivité. Il estime que le système de culture intercalaire a pour principal avantage d’être accessible à tous, alors que les subventions gouvernementales ne sont destinées qu’à la moitié la plus pauvre de la population. Ce système est en outre assez simple, et il encourage les agriculteurs à faire l’essai d’une diversité de plantes : ils peuvent observer ce qui donne les meilleurs résultats et en tirer de précieux enseignements sur les méthodes de culture.

Que réserve l’avenir ?

Comment le projet va-t-il évoluer ? L’émission The Link (en anglais seulement), de Radio Canada International, a présenté en 2011 une entrevue avec la coordonnatrice de la recherche, Rachel Bezner Kerr, dans laquelle cette dernière explique que les objectifs de la recherche ont pris de l’ampleur en raison du fait que des questions comme les changements climatiques, les inégalités entre les sexes et les maladies (tout particulièrement le VIH/sida) concourent largement à déterminer si l’approche adoptée sera fructueuse à grande échelle et sur une longue période. L’équipe continue d’étudier les facteurs environnementaux, sociaux et agricoles qui contribuent à une piètre nutrition et à une mauvaise santé. Élargissant le champ d’investigation, elle fait fond sur la réussite des travaux exécutés au Malawi en vue d’améliorer la sécurité alimentaire à long terme.

L’équipe fait régulièrement le point sur le projet à www.soilandfood.org.

Photo de droite : Rachel Bezner-Kerr
Une habitante de la région, Eliza Shaba, participe à une journée culinaire en août 2009, dans le nord du Malawi.

Le programme Écosystèmes et santé humaine du CRDI subventionne le projet décrit ci-dessus.