CULTIVER DE MEILLEURES VILLES / Abrégé

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IDRC

L'ENJEU

Au cours des 25 prochaines années, la quasi-totalité de la croissance démographique se produira dans les villes des pays en développement. Si la tendance actuelle se maintient, 60 % de la population de la planète vivra en milieu urbain d’ici à 2030. Plus les villes grossissent, plus leur population pauvre grossit, elle aussi. Le chômage, la faim et la malnutrition sont monnaie courante. Dans la grande ville, où la plus grande partie du revenu sert à s’alimenter pour survivre, pouvoir se procurer des aliments sans devoir les acheter représente un atout. C’est pourquoi de plus en plus de gens tentent de cultiver un peu de nourriture afin de suppléer à une alimentation déficiente et à de maigres revenus. Or, les municipalités considèrent trop souvent l’agriculture urbaine comme un problème à éradiquer plutôt que comme un outil pouvant concourir à assurer la viabilité de la ville et de son environnement.

En fait, l’agriculture se pratique en milieu urbain depuis fort longtemps. Un peu partout dans les pays en développement, les responsables municipaux se rendent comptent qu’une agriculture gérée convenablement peut véritablement contribuer à la sécurité alimentaire de la population. Elle peut aussi se traduire en des emplois et mettre à contribution les espaces vacants de la ville. Au cours des deux dernières décennies, certaines municipalités éclairées en sont venues à reconnaître l’importance de l’autonomie alimentaire de leurs villes et ont commencé à travailler de concert avec les « agriculteurs urbains » plutôt que contre eux. Aujourd’hui, l’agriculture urbaine occupe une place de plus en plus importante au sein du plan d’action international et est reconnue comme composante d’une solution globale aux problèmes causés par la croissance débridée des villes des pays en développement.

LA RECHERCHE

À Dar es-Salaam, les agriculteurs urbains et leurs partisans ont livré une chaude lutte à tous les ordres de gouvernement. Aujourd’hui, grâce en grande partie à de convaincants résultats de recherche, les autorités commencent à reconnaître le rôle déterminant joué par l’agriculture urbaine dans l’approvisionnement alimentaire, la création d’emplois et la production de revenus pour la population locale.

À Governador Valadares, au Brésil, un programme municipal d’agriculture urbaine contribue à garnir la table des citadins des quartiers à faible revenu. Les protagonistes vont et viennent, mais les jardiniers tiennent bon, grâce à l’appui bien coordonné de nombreux acteurs locaux.

 Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, l’eau est à peu près partout une denrée précieuse, une denrée beaucoup trop précieuse pour être rejetée aux égouts. Les chercheurs jordaniens ont donc trouvé un moyen de recycler les eaux usées domestiques dans les jardins urbains. Économiser l’eau tout en accroissant le rendement des jardins privés s’est avéré une formule gagnante qui se répand rapidement dans toute la région.

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LES LEÇONS

L'agriculture urbaine n’est pas un phénomène passager. Cela étant dit, nous devons maintenant nous demander comment la gérer. Tout concourt à démontrer que les mesures visant essentiellement à supprimer les activités agricoles « non autorisées » dans les villes ne réussissent guère qu’à rendre encore plus précaire la vie des citadins pauvres. On constate également que l’AU peut améliorer à maints égards la vie dans les villes, parce qu’elle permet notamment de réduire la faim, d’améliorer la nutrition des enfants, de fournir de l’emploi et des revenus, et même d’assainir l’environnement urbain. Il n’est donc pas étonnant que de nombreux gouvernements, de différents ordres, aient décidé d’élaborer des politiques qui intègrent l’AU au cadre urbain.

Cet ouvrage renferme des recommandations à l’intention des administrations qui ont décidé de favoriser l’AU plutôt que de la contrer. Ces recommandations pourront également s’avérer utiles aux chercheurs, aux ONG, aux militants communautaires et à tous ceux qui étudient ou qui pratiquent l’AU. Elles sont fondées sur les constatations des recherches que le CRDI a effectuées et subventionnées dans le domaine pendant deux décennies:

  • Les gouvernements municipaux doivent commencer par se poser la bonne question, c’està- dire, se demander ce que l’AU peut faire pour la ville (et non pas l’inverse) Les gouvernements locaux appuient ou gèrent souvent beaucoup plus activités d’agriculture urbaine qu’ils ne le croient, qu’il s’agisse de compostage, de gestion des risques environnementaux ou d’aménagement de jardins communautaires. Les véritables possibilités résident dans une plus grande cohésion de ces activités.
  • Se servir de l’AU pour que les espaces urbains vacants et convenables soient productifs pour tous. Les gouvernements municipaux qui ont répertorié les espaces libres sur le territoire de leur ville sont très étonnés de constater combien d’espace est inutilisé. L’espace urbain inutilisé est une occasion perdue de contribuer au bien-être de la collectivité et de favoriser le développement de la ville.
  • En matière d’urbanisme, inclure l’AU au nombre des catégories d’utilisation du sol et des fonctions économiques. L’AU est un mode dynamique d’utilisation du sol qui s’adapte rapidement à la croissance et à l’expansion d’une ville. Elle souffre cependant d’un « problème d’image » et est rarement reconnue comme une catégorie valable d’utilisation du sol. Pour qu’il soit possible de tirer pleinement profit de l’AU, les choses doivent changer.
  • Opter pour une formule participative en matière de conception des politiques. En mettant à contribution les intervenants des différents secteurs, les autorités municipales seront mieux à même de formuler des politiques qui répondent aux besoins tant de la municipalité que des citoyens, et plus particulièrement des citoyens pauvres et désavantagés.
  • Mettre à l’essai l’octroi de permis d’occuper temporaires pour permettre aux producteurs urbains d’utiliser des espaces libres privés et publics. Les permis d’occuper temporaires constituent la solution à un problème fondamental : l’accès des citadins pauvres au sol. Les permis peuvent être octroyés à des groupes ou à des particuliers, et le terrain loué aux producteurs directement par le propriétaire ou indirectement, par l’entremise du gouvernement municipal ou d’un organisme agréé.
  • Favoriser le regroupement des producteurs urbains pauvres afin d’améliorer la gestion de l’AU. L’absence d’organisation et de légitimité nuit à l’efficacité de ceux qui travaillent dans le domaine de l’AU, et plus particulièrement à celle des producteurs pauvres. Il est clair que les municipalités ont tout intérêt à faire en sorte que les producteurs urbains soient mieux organisés, et mieux représentés dans les processus de conception des politiques locales.
  • Harmoniser recherche et conception des politiques à la première occasion. Pour que les objectifs puissent se traduire en résultats, les diverses étapes de la recherche et de la conception d’une politique donnée doivent alterner : une étape de la conception oriente l’étape de recherche suivante, cette dernière vient éclairer l’étape de conception suivante, et ainsi de suite.