Contributions du CRDI au processus de paix en Colombie

April 20, 2016

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Couple de Colombiens âgés sur un banc
Jennifer Campbell et Louise Guénette

Après 50 ans de guerre civile, les Colombiens commencent à entrevoir un avenir dans un pays en paix. Tandis que les négociations entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) progressent, plusieurs se penchent déjà sur les éléments qui joueront un rôle clé dans la réussite de la mise en oeuvre de l’accord de paix et qui favoriseront le processus de paix dans son ensemble.

Le soutien apporté par le CRDI à la recherche nationale a contribué à ce processus de paix de plusieurs façons, notamment en aidant à comprendre des questions clés telles que la restitution des terres, les façons de favoriser le développement rural et l’accès à la justice pour les victimes de violence.

« Après la Syrie, la Colombie est le pays qui compte le plus de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, de morts, de disparitions forcées et de communautés qui souffrent », déclare Markus Gottsbacher, spécialiste de programme principal au CRDI, qui a supervisé un certain nombre de projets axés sur la paix en Colombie.

Étude de l’historique des dépossessions

La restitution des terres aux petits exploitants agricoles qui ont été déplacés par les trafiquants de drogue et les seigneurs de guerre est une question difficile à résoudre. Pendant des dizaines d’années, les petits exploitants se sont vu retirer leurs terres de façon violente. Il est important de comprendre la dimension historique de cette question pour mettre fin au conflit.

Une équipe de recherche soutenue par le CRDI a retracé l’historique des violences liées aux conflits fonciers et agraires dans les départements les plus touchés, soit Cordoba et Sucre, sur la côte des Caraïbes. Les chercheurs ont recommandé des mesures pour mieux s’y retrouver dans ce processus complexe et ont proposé plusieurs dispositions de la loi de 2011 sur les victimes et la restitution des terres. Comme les petites exploitantes agricoles sont parfois invisibles dans les procédures officielles, cette loi inclut des mesures leur garantissant un accès aux terres qu’elles ont perdues.

Accès à la justice et développement

Les violences subies par les femmes autochtones durant le conflit ont été au coeur d’un projet rassemblant des femmes colombiennes et guatémaltèques, qui ont été victimes de violences sexuelles lors du conflit, afin de discuter des stratégies qu’elles déploient pour avoir accès à la justice.

« Au début, les autorités locales ne les soutenaient pas, explique M. Gottsbacher, mais elles ont fini par reconnaître le problème et réfléchissent à des moyens de faciliter leur rétablissement et de prévenir cette forme de violence contre les femmes à l’avenir. »

Quant à elles, les femmes autochtones du département de Cauca ont discuté des violences sexuelles dont elles ont été victimes de la part des autorités qui étaient censées les protéger, outre celles des acteurs armés. L’équipe de projet a mis en place un suivi psychologique pour les participantes.

Les recherches régionales sur le développement rural menées par le Centre latino-américain pour le développement rural, un bénéficiaire de subvention du CRDI basé au Chili, ont également eu un effet sur les négociations de paix. Une part importante de cette contribution est l’idée que le développement rural devrait s’appuyer sur les points forts de la région, c’est-à-dire améliorer l’infrastructure, aider les producteurs à accéder aux marchés des petites villes voisines, et soutenir la décentralisation et la coordination des administrations locales.

La Colombie après l’accord

Une fois que le gouvernement et les FARC auront conclu un accord, déclare M. Gottsbacher, la difficulté pour la guérilla sera de se démobiliser et pour le gouvernement de transformer l’économie illégale en économie légale.

Un projet soutenu par le CRDI vise à réduire la violence en étudiant l’économie souterraine dans les régions frontalières de huit pays d’Amérique latine, dont la Colombie. Dirigé par la Faculté latino-américaine de sciences sociales en Équateur, ce projet examine les liens entre les faiblesses des administrations locales, les activités illégales et le crime organisé.

La mise en oeuvre du processus de paix fera appel à d’autres acteurs que le gouvernement et les groupes armés, explique Federico Burone, directeur du Bureau régional de l’Amérique latine et des Caraïbes du CRDI. « Chaque acteur a un lien avec les autres groupes qui alimente la violence. Des acteurs internationaux participeront également en faisant appliquer la législation internationale. Ces recherches aident les autorités à définir et à mieux évaluer le rôle des tribunaux régionaux qui pourraient faire partie de la solution. »

Développement et plan d’action après l’accord

Le CRDI et l’Universidad de los Andes de Bogota ont organisé conjointement une conférence d’une journée en mars 2016 axée sur la reconstruction des communautés, la promotion de la justice, le redressement économique et la consolidation de la démocratie, à laquelle de nombreuses personnes ont assisté.

« Un grand nombre des problèmes à l’origine de ce conflit, comme les inégalités sociales, la concentration de la propriété foncière ou le contrôle des marchés et des ressources naturelles par certains acteurs, n’ont pas été résolus », explique M. Gottsbacher.

« La conférence nous a permis de dresser la liste des choses qu’il reste à faire », note M. Burone. « Il y a un nouveau contexte dans lequel le travail des chercheurs devrait jouer un rôle crucial. » « Les gens attendent aussi clairement des autorités publiques colombiennes qu’elles prennent le relais et participent plus activement à des initiatives dirigées auparavant par des bailleurs de fonds extérieurs », explique M. Burone.

Lors d’une autre conférence organisée en mars 2016, les participants ont pu en apprendre davantage sur un projet soutenu par le CRDI dans le cadre duquel on a interrogé des hommes et des femmes sur leur attitude et leurs stratégies d’adaptation dans les zones contrôlées par les groupes armés. Les résultats de ce sondage aideront à concevoir des politiques et des programmes pour mettre en place une paix durable.

Un projet de recherche financé par le CRDI étudie également la manière de renforcer la participation et les droits des femmes dans le cadre des processus de réparations pour les victimes du conflit en Colombie.

« Ce projet s’appuie sur des recherches antérieures qui ont examiné comment les groupes de femmes ont aidé les tribunaux à être plus réceptifs au point de vue des femmes lorsqu’ils déterminent les réparations », déclare Adrian Di Giovanni, administrateur de programme principal au CRDI. 

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Même si elles ne portent pas directement sur le conflit armé, d’autres recherches menées en Colombie avec le soutien du CRDI contribuent à la mise en oeuvre du processus de paix en améliorant les conditions de vie de populations éloignées. Les connaissances et les solutions découlant des recherches sur les changements climatiques et sur la façon de contrôler la propagation de maladies telles que la dengue et le virus Zika contribueront à la prospérité des populations vulnérables. 

« Ces travaux aident les communautés colombiennes à protéger les écosystèmes et à réduire le fardeau que font peser ces maladies », déclare M. Burone. 

Les recherches sur l’agriculture, qui incluent la culture à grande échelle de variétés de pommes de terre jaunes plus nutritives et résistantes aux maladies, amélioreront les revenus des agriculteurs et la sécurité alimentaire dans les communautés rurales. 

Lorsqu’il regarde en arrière, M. Gottsbacher est fier des résultats obtenus par les partenaires du CRDI. « Ce ne sont pas des recherches purement théoriques. » L’essentiel pour lui, c’est le rôle que jouent ces recherches dans le changement social. 

« Depuis 15 ans, nous étudions la violence, le conflit, le crime, les droits des victimes, la justice transitoire et la démocratisation. Le gouvernement et la société reconnaissent notre travail. »

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