Compter les toits – Quand des techniques de télédétection novatrices permettent de rendre compte de la pauvreté en Angola

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Les toits de Luanda

Division des communications, CRDI
<a href="/FR/Programs/Climate-Change/Pages/ArticleDetails.aspx?PublicationID=1150"> PERSPECTIVES | CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET EAU </a>
Pour mesurer les répercussions de la croissance rapide des bidonvilles sur l’environnement en Angola, un bénéficiaire de subvention de longue date du CRDI conjugue des observations obtenues par satellite et des données recueillies grâce à des moyens traditionnels auprès de collectivités.

Depuis 2002, année où a pris fin la guerre civile, l’Angola s’emploie à la reconstruction. Cependant, le manque de données fiables sur la population du pays et sur l’environnement freine le travail des urbanistes.

Au cours du conflit, qui a duré des décennies, les villes ont proliféré en Angola, mais l’économie rurale, elle, s’est effondrée, et de nombreux milieux ruraux sont devenus de moins en moins sûrs. C’est ainsi que les pauvres se sont établis massivement dans les quartiers urbains où ils pouvaient se permettre d’élire domicile, c’est-à-dire, dans des bidonvilles vulnérables aux inondations ou à l’érosion et n’offrant ni services essentiels ni débouchés.  

En d’autres mots, la pauvreté comporte une dimension spatiale et constitue un cercle vicieux : les pauvres s’établissent généralement dans des zones fragiles sur le plan écologique où leur présence risque d’exacerber les torts causés à l’environnement, ce qui accentue par le fait même leur pauvreté.

Pour s’attaquer efficacement à l’indigence urbaine et à la dégradation de l’environnement, les responsables des politiques de l’Angola devaient avoir une idée précise de la répartition géographique des habitants des bidonvilles, de leurs conditions sociales et de l’état de leur milieu. 

Development Workshop Angola

Un projet de recherche ambitieux financé par le CRDI a permis de pallier cette lacune. Il avait pour principal objectif de documenter les répercussions que la croissance envahissante des bidonvilles a sur l’environnement. L’étude a été réalisée de 2009 à 2011 par Development Workshop Angola (DW Angola), une organisation non gouvernementale (ONG) établie à Luanda.

DW Angola est la plus ancienne ONG du pays. Depuis 1981, elle collabore étroitement avec le gouvernement et les groupes communautaires afin de fournir les services essentiels aux populations appauvries et victimes de la guerre en Angola. Le CRDI a soutenu sept initiatives importantes pilotées par cette ONG.

DW Angola a été cofondée et est dirigée par l’architecte et urbaniste Allan Cain, un Canadien qui vit en Angola depuis près de 40 ans (il y est également consul honoraire du Canada). M. Cain s’est vu attribuer le titre d’Officier de l’Ordre du Canada pour son travail humanitaire.

Des méthodes d’enquête nouvelles et anciennes

Pour mener l’étude à bien, on a recouru aux technologies des systèmes d’information géographique (SIG) ou à ce que l’on pourrait appeler la fusion de la cartographie et des statistiques (il se trouve que la Société canadienne d’hypothèques et de logement a travaillé avec DW Angola en vue de renforcer les capacités d’Angolais en matière de SIG). DW Angola a privilégié la démarche classique axée sur le « problème inverse ». Bien connue dans le champ de la télédétection, cette méthode consiste à obtenir une estimation réaliste de la variable à l’étude en évaluant une variable connexe plus facile à mesurer. Les chercheurs ont donc estimé la répartition de la population notamment en comptant les toits.

 
L’étude englobait trois municipalités présentant des caractéristiques différentes, mais néanmoins typiques : la mégapole et capitale nationale, Luanda, une capitale provinciale de moindre importance, Huambo, et une ville de troisième ordre, Cachiumgo.
 
Les techniciens ont examiné les images satellites à haute résolution de ces villes et, à l’aide d’un système de marqueurs numériques, ils en ont cartographié tous les toits. À Luanda seulement, on a repéré plus de 900 000 bâtiments de cette manière. Toutefois, comme les données obtenues à partir d’une perspective aérienne sont unidimensionnelles, les chercheurs ont aussi recruté une équipe d’informateurs locaux qui ont recueilli d’autres données sur le terrain.

Au moyen d’observations, d’entrevues, de groupes de consultation et d’enquêtes auprès des ménages, ces informateurs ont pu fournir des renseignements sur les vulnérabilités d’ordre environnemental, les conditions socioéconomiques, la qualité des habitations et l’accès aux services.

Ces données détaillées ont été géoréférencées, c’est-à-dire reportées sur la surface de la Terre, par divers moyens. Par exemple, grâce au Système mondial de localisation (GPS) intégré à leur cellulaire, les informateurs ont pu saisir les coordonnées géographiques de tous les lieux au sujet desquels des observations ont été faites et tous les endroits où ont été réalisées des entrevues.

Des plans d’urbanisme plus précis

La mine de renseignements obtenus une fois la compilation et l’analyse des statistiques achevées a permis de produire des données agrégées sur les risques d’ordre environnemental, le régime foncier, l’accès aux services d’approvisionnement en eau et sur d’autres conditions urbaines. Parmi les résultats obtenus figurent des modèles démographiques de base pour les trois villes, y compris des estimations réalistes de leur population. On a même découvert, avec étonnement, que la population de Luanda et son taux de croissance étaient beaucoup plus élevés qu’on le pensait; en fait, Luanda compte parmi les cinq ou six plus grandes villes d’Afrique. 

Un autre résultat clé de l’enquête clé a été la délimitation de districts homogènes, c’est-à-dire de zones présentant des caractéristiques socioéconomiques particulières. Sur la carte de Luanda, on peut notamment voir un ancien centre urbain, de nouvelles banlieues, des bairros, des zones de logements sociaux, etc. Les secteurs délimités par des « frontières » politiques et administratives traditionnelles présentent inévitablement tout un éventail de caractéristiques sociales, mais ce nouveau système de délimitation aide les urbanistes à agir avec plus de précision à l’échelle locale.

La demande provenant du gouvernement et des militants

Les urbanistes de l’Angola ont grand besoin de données de ce genre. DW Angola a mis à contribution ses nouveaux outils d’enquête pour établir les caractéristiques de plusieurs autres municipalités et fournir ainsi des données de référence utiles aux travaux d’urbanisme. Par exemple, les autorités de Huambo ont demandé à l’équipe de DW Angola responsable des SIG de les aider à constituer le premier cadastre municipal de l’Angola de l’après-guerre. Cette étude permettra d’offrir une plus grande sécurité foncière aux citoyens pauvres qui vivent dans les établissements spontanés de Huambo.
 
En outre, DW Angola a mis tous les résultats, toutes les données et le système de suivi à la disposition des associations communautaires locales afin qu’elles soient mieux à même de surveiller les programmes axés sur l’amélioration de l’environnement et la réduction de la pauvreté que le gouvernement a promis de mettre en oeuvre.

Pour en savoir plus, consulter le site Web de Development Works Angola