Comprendre les décisions d’adaptation des collectivités vivant dans les plaines et les montagnes du Maroc

Adaptation aux changements climatiques en Afrique
Au Maroc, les décideurs aux échelles nationale et provinciale reconnaissent depuis un certain temps la menace que représentent les changements climatiques pour les habitants des plaines et des montagnes du pays. L’irrégularité et la diminution globale des précipitations de même que la récurrence des vagues de chaleur engendrent des pénuries d’eau chroniques dans les secteurs agricoles assurant la survie de 80 % de la population. La quantité d’eau disponible par habitant a chuté de 25 % depuis 1994, passant de 1 100 m³ à 830 m³, et l’on prévoit encore des diminutions. 

Pour réagir efficacement sur le plan de la planification et des politiques, il faut comprendre précisément à quel point les collectivités sont touchées, dans quelle mesure leurs moyens d’existence sont menacées, et comment elles se sont adaptées par le passé à des phénomènes climatiques extrêmes comme la sécheresse. 

Les collectivités marocaines les plus pauvres se situent dans les régions arides et semi-arides où les moyens de subsistance reposent principalement sur l’agriculture et le pastoralisme. Les régions vulnérables doivent déjà composer avec des épisodes de sécheresse, et la variabilité climatique devrait aggraver la pauvreté et compromettre les récentes avancées en matière de développement. 
 
Les recherches du Centre régional de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) du Maroc à Settat portent sur les mesures d’adaptation de la population dans deux sites du pays aux caractéristiques très différentes, un situé dans la chaîne montagneuse du Haut Atlas et l’autre dans les plaines arides à proximité. Ce projet vise à renforcer les capacités locales permettant de déterminer et de concevoir des options techniques, institutionnelles et stratégiques appropriées.
 
Selon une analyse de données sur le climat, le taux moyen de précipitation a considérablement diminué dans les montagnes, tandis que la température minimale moyenne a augmenté autant dans les plaines que dans les régions montagneuses. La plupart des précipitations annuelles surviennent tôt durant la saison et ne durent que quelques jours. Dans les collectivités de la haute vallée autour de Tabant dans la province d’Azilal, la couche de neige sur les montagnes s’amincit. Plus la quantité d’eau potable diminue, plus les frictions entre les villages environnants augmentent.
 
Dans les plaines, la commune rurale de Lamzoudia dans la province de Chichaoua a connu plusieurs années consécutives de sécheresse extrême au cours des dernières décennies au point où de nombreux habitants ont été forcés de migrer. De 1996 à 2008, aucunes céréales dans les plaines n’ont été récoltées.
 
Afin de mieux comprendre les processus décisionnels de ces collectivités quant à l’utilisation de leurs ressources naturelles et la manière dont elles s’adaptent aux changements climatiques, les chercheurs ont eu recours à diverses techniques d’entrevue et de dialogue, notamment des sondages, des groupes de réflexion et des rencontres aux visées démographiques auprès de groupes et de dirigeants communautaires.
 
Les entrevues dans les ménages peuvent dévoiler certains points de vulnérabilité et certaines perspectives qui ne sont pas toujours mentionnés dans les discussions publiques sur les changements climatiques. C’est particu­lièrement le cas en ce qui concerne les points de vue des femmes qui sont souvent exclues des débats publics et des processus décisionnels étant donné les normes culturelles profondément enracinées dans les deux régions étudiées. En 2008, les entrevues menées auprès de femmes habitant trois villages de la chaîne montagneuse ont permis de conclure que les questions relatives à l’approvisionnement en eau potable à l’échelle des ménages, essentiel à la santé des familles et à l’hygiène, sont beaucoup moins mises en avant dans les processus décisionnels communautaires que les questions d’irrigation des cultures.
 
Pendant que les recherches se poursuivent jusqu’en 2010, l’équipe de l’INRA cherche à obtenir l’appui des décideurs de divers échelons en misant sur son statut d’institution nationale dotée d’une présence régionale. L’objectif global est de soutenir des plans d’actions communautaires renforcées par l’assistance technique et les politiques de développement appropriées.

À l'affiche : Abdelouahid Chriyaa - Institut national de la recherche agronomique, Centre régional de Settat

Abdelouahid Chriyaa, Chargé de projet, Institut national de la recherche agronomique Centre régional de SettatOriginaire d’une région rurale au Maroc, le chargé de projet, Abdelouahid Chriyaa, connaît bien les difficultés que doit affronter un habitant d’un milieu hostile et la résilience dont il doit faire preuve pour les surmonter.
 
« En qualité de chercheur, je souhaite connaître les difficultés auxquelles se heurtent ces collectivités et trouver des solutions novatrices », explique‑t‑il. Ces difficultés sont notamment la compréhension limitée des questions pertinentes, le manque d’information sur les technologies d’adaptation et une faible coopération entre les populations en ce qui a trait à l’utilisation durable des ressources naturelles.
 
« Nous souhaitons faire comprendre aux collectivités que les changements climatiques sont inévitables, que les menaces sont sérieuses et bien réelles et que nous devons nous y adapter, car nous devrons y faire face à long terme. »
 
Grâce aux recherches menées jusqu’à maintenant sur les mesures d’adaptation des collectivités, l’INRA a découvert que certaines d’entre elles ne constituent pas des mesures viables à long terme, comme le fait de creuser davantage les puits dans un contexte où la quantité d’eau souterraine disponible diminue. De telles constatations démontrent la nécessité d’obtenir des données fiables et d’instaurer des processus plus inclusifs stimulant la participation des collectivités, des décideurs et des chercheurs. Les besoins des populations des plaines ayant traversé nombre de sécheresses successives sont criants à cet égard.
 
Pendant qu’on remédie à l’insuffisance d’informations par le truchement d’ateliers de formation, d’échanges et d’exposés prévus dans le cadre des activités de projet, Chriyaa constate avec un certain soulagement que « les autorités locales et les représentants élus sont bien conscients des répercussions potentielles des changements climatiques sur leur environnement et de l’importance de mettre en oeuvre des mesures individuelles et collectives pour s’y adapter.

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