Comprendre la gestion de l’eau en milieu périurbain en Inde

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ASHOKA TRUST FOR RESEARCH IN ECOLOGY AND THE ENVIRONMENT Dans le cadre du projet ACCUWa, les chercheurs Kirubaharan Jeremiah, T. Md. Zuhail et R. Apoorva installent une station météorologique automatisée.

Louis Turcotte
L’accès à l’eau est une préoccupation de taille en Inde, où l’urbanisation rapide et les répercussions imprévisibles des changements climatiques exacerbent les tensions engendrées par l’eau. Dans la ville méridionale de Bangalore, une des plus vastes zones urbaines de l’Inde, les vieux réservoirs d’approvisionnement en eau sont presque secs, tandis que les lacs artificiels aménagés dans la ville sont contaminés par des eaux usées. La municipalité a choisi de s’approvisionner en eau courante à plus d’une centaine de kilomètres, une solution coûteuse que l’on a maintenant épuisée en raison des modalités des accords de partage de l’eau entre les États.

L’Ashoka Trust for Research in Ecology and the Environment (ATREE), un centre de recherche sis à Bangalore, dirige un projet visant à comprendre les répercussions qu’ont les changements climatiques et l’urbanisation sur la disponibilité de l’eau dans des bassins de ce type en Inde. Financé par l’entremise du CRDI grâce au programme de financement accéléré du gouvernement du Canada, le projet vise à enrichir les connaissances scientifiques tout en aidant les populations locales à améliorer la gestion de l’eau. Sharachchandra Lele est le chercheur principal du projet Adaptation aux changements climatiques des bassins versants en cours d’urbanisation (ACCUWa).

Le problème de la multiplicité des facteurs de stress

Les travaux de l’ATREE indiquent que, en dépit des pluies abondantes, d’autres facteurs tels que la croissance démographique, l’évolution de l’utilisation des sols et l’industrialisation compliquent énormément la situation.

En Inde, la pluie est un phénomène éminemment saisonnier; toute perturbation du cycle des moussons pourrait avoir d’importantes répercussions, en particulier sur l’agriculture pluviale. Toutefois, comme le fait remarquer M. Lele, « les autres activités qui influent sur l’utilisation de l’eau — l’agriculture irriguée, la consommation urbaine et les utilisations industrielles — sont toutes protégés, à divers degrés, des fluctuations saisonnières et même annuelles grâce à des systèmes de stockage comportant non seulement des réservoirs artificiels, mais aussi des aquifères souterrains ». À vrai dire, l’histoire récente de l’eau en Asie du Sud en est une de construction de barrages, de détournement de rivières et d’extraction tout à fait non viable des eaux souterraines. Dans un tel contexte, estime-t-il, « les changements climatiques constituent certainement un facteur de stress, mais pas le principal. Les répercussions de la croissance économique et de la forte densité de population sont plus importantes ».

L’adaptabilité et non l’adaptation

L’adaptation à un avenir incertain quant à la disponibilité d’eau, alors que l’on comprend encore mal les liens qui existent entre l’utilisation et les répercussions, est tout un défi. Dans un tel cas, l’adaptation revient en fait à accroître l’adaptabilité, c’est-à-dire à aider les gestionnaires de l’eau à mieux comprendre le système.


M. Lele et son équipe s’attachent à consolider une assise de connaissances. Ils ont aussi formulé certaines recommandations préliminaires visant à améliorer l’accès à l’eau en Inde, y compris par la réglementation, directe ou indirecte, de l’utilisation des eaux souterraines, par une plus grande réutilisation de l’eau dans les villes et par une distribution plus équitable de l’eau des rivières grâce à une double source d’approvisionnement. L’équipe espère que ses recherches engendreront des changements à un niveau supérieur. « Les pratiques qui résulteront de ce projet contribueront à améliorer l’aménagement du territoire en fonction de l’écoulement naturel de l’eau, explique Bhim Adhikari, spécialiste de programme principal au CRDI. Nous espérons que nos recherches exerceront aussi une influence sur les politiques de gestion de l’eau en Inde et qu’elles entraîneront les améliorations dont on a grandement besoin. »
Louis Turcotte est rédacteur à Ottawa.