Comment l'amélioration de la gestion de l'eau a des répercussions sur les conditions économiques en Bolivie, au Chili et en Colombie

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La rivière Vergara au Chili.

Jennifer Kingsley
Les changements climatiques auront des répercussions sur l'eau disponible dans les trois bassins du Chili, de la Colombie et de la Bolivie que ce projet étudiera. Des besoins accrus en eau, en milieu urbain comme dans les secteurs agricoles et industriels, combinés à une diminution des quantités d'eau disponible, nécessitent la prise de mesures d'adaptation. Cependant, chaque bassin est unique. Les projections climatiques diffèrent et il en est de même des conditions sociales et économiques dans chacune des régions. Ce projet a permis de créer des scénarios climatiques, d'évaluer leurs répercussions économiques et sociales et assure le soutien des décideurs dans l'élaboration et l'évaluation d'options en matière d'adaptation propres à chacune des régions.

Bassin du Río Vergara au Chili

Les modèles de changements climatiques et les évaluations des besoins anticipés en eau permettent de prévoir une diminution de 13 % de la disponibilité en eau dans ce bassin. Quant aux répercussions, elles ne sont pas réparties également. Par exemple, ces changements entraîneront une diminution de 1,3 % des revenus agricoles dans le bassin, mais les revenus du secteur forestier ne diminueront que de 0,5 %. D'un autre côté, les producteurs fruitiers dans certaines communes où poussent des poires, des raisins, des pommes et d'autres cultures pourraient voir leurs revenus diminuer de plus de 15 %, ce qui aurait des répercussions négatives pour de nombreuses familles.

La diminution des revenus n'est pas le seul point négatif. Dans certains petits villages, l'eau est distribuée par camion et une augmentation de la concurrence pourrait affecter le prix et la distribution de ce service essentiel. Une importante population indigène de Mapuches habite dans le bassin du Río Vergara. Leur contexte social et économique est partiellement défini par de nombreuses controverses avec le gouvernement chilien en ce qui concerne la propriété foncière, la gestion des ressources naturelles et la reconnaissance des droits ancestraux.

Bassin du Río Chinchiná en Colombie

Les modèles de changements climatiques et les évaluations des besoins anticipés en eau permettent de prévoir une diminution de 7 % de la disponibilité en eau dans ce bassin. Dans la région, le café est une culture importante et un bon exemple de la façon dont les répercussions sociales, économiques et environnementales affectent le bien-être des fermiers.

De nombreuses études ont souligné la vulnérabilité du café aux changements climatiques. Cette culture a besoin de températures et d'une pluviométrie précises pour bien croître. Elle est sensible aux changements environnementaux, y compris aux infections fongiques causées par une humidité accrue. Le café est sensible aux changements climatiques, mais l'industrie colombienne est aussi touchée par le fait que le Vietnam a augmenté sa production, ce qui a eu pour effet de faire baisser les prix de manière importante. Ces facteurs économiques, combinés à la concurrence pour les terres et aux subventions gouvernementales changeantes, rendent la vie plus difficile pour les producteurs de café.

Bassin du Río Piraí en Bolivie

En Bolivie, le projet est surtout axé sur la demande en eau du secteur agricole et la culture étudiée est le soja. En ce qui concerne le bassin du Río Piraí, la quantité d'eau disponible devrait diminuer de 18 %. Les besoins résidentiels jouent un rôle moins important dans certaines régions, mais il sera toujours très important de s'adapter à une utilisation agricole constante de l'eau.

Le renforcement des capacités a constitué un aspect important du projet, car les chercheurs apprennent à évaluer les incidences sur le climat et à établir des modèles. Les techniciens boliviens se sont rendus au Chili pour tirer profit de l'expertise de l'équipe et coordonner les idées et les constatations. Lorsque les équipes collaborent, les connaissances sont transférées à diverses régions et les méthodes peuvent être utilisées dans divers bassins hydrographiques. L'expertise est aussi partagée au sein des équipes : tandis que les économistes se penchent sur les facteurs du marché ou les subventions, les sociologues consultent les intervenants afin de mieux comprendre les répercussions sociales des changements climatiques.

Solutions émergentes

Lorsqu'il s'agit d'évaluer les répercussions des changements climatiques, il faut impérativement tenir compte de la réalité des influences sociales, économiques et institutionnelles pour trouver des méthodes d'adaptation efficaces. Les chefs de projet présentent les conclusions aux collectivités et les font participer aux discussions sur les façons de gérer la concurrence de plus en plus féroce pour l'utilisation de l'eau, de même que les répercussions des variations climatiques. Ces communautés se composent de groupes autochtones, de décideurs, d'administrations locales, de fermiers, de forestiers, d'utilisateurs résidentiels d'eau et de groupes d'utilisateurs d'eau.

Les mesures d'adaptation prennent toutes sortes de formes. La sélection et la rotation des cultures peuvent être importantes pour une région, alors que de nouvelles infrastructures, comme un barrage ou une installation de stockage de l'eau, peuvent être nécessaires dans une autre. Les mécanismes comme les subventions gouvernementales sont plus importants dans certains secteurs que dans d'autres et les solutions durables, comme une gestion intégrée de l'eau plutôt que le transport de l'eau par camion, nécessitent le soutien des intervenants pour être efficaces à long terme.

En examinant diverses régions et en collaborant à l'échelle internationale, les méthodes et les constatations découlant de ce projet peuvent aider d'autres régions qui sont aux prises avec des problèmes similaires.  

L'auteure, Jennifer Kingsley, vit à Ottawa.

Le projet Impacts économiques et sociaux des changements climatiques sur l'approvisionnement et la demande en eau au Chili, en Colombie et en Bolivie est financé par le programme Changements climatiques et eau du CRDI.