Comment éviter la crise de l’eau

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Doug Alexander
Une crise mondiale de l’eau aux répercussions aussi tragiques que celles d’une guerre est sur le point de frapper de plein fouet le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, à moins que cette région aride ne modifie en profondeur ses pratiques de gestion de l’eau.

Les chiffres pour la région sont déjà décourageants : 34 millions de personnes manquent d’eau salubre et 55 millions, d’installations sanitaires satisfaisantes; 11 pays consomment déjà au moins 100 % de leurs réserves annuelles d’eau renouvelable, et 14 ont déjà franchi le seuil de pénurie d’eau sous lequel la disponibilité d’eau renouvelable par personne est inférieure à 500  m3  par année.

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Si la tendance actuelle se maintient, d’ici 30 ans, les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord auront en majorité franchi ce seuil, ce qui les exposera à de très graves pénuries d’eau.

Gérer la demande en eau

Face à cette inquiétante situation, deux choix s’offrent aux décideurs : trouver plus d’eau, ou réduire la demande. Compte tenu de l’aggravation des pénuries dans la région, le choix semble clair – quoique les autorités ne se montrent pas toujours prêtes à mieux gérer la demande.

La gestion de la demande en eau, qui englobe un vaste éventail de mesures et pratiques, correspond essentiellement aux solutions qui réduisent les pressions sur l’approvisionnement existant. Il peut s’agir d’instruments économiques, de réformes institutionnelles, voire d’activités de sensibilisation.

Afin d’encourager le dialogue sur la gestion de la demande en eau, quatre rencontres de consultation régionale ont eu lieu au Moyen-Orient et en Afrique du Nord entre mars 2002 et février 2003. Elles étaient organisées dans le cadre du Forum sur la gestion de la demande en eau (FGDE) que financent le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et le gouvernement du Japon. [Voir l’article Des pratiques à revoir en gestion de l’eau]

Plus de 500 décideurs de 11 pays ont participé aux rencontres tenues au Maroc, au Liban, en Jordanie et en Égypte avec le concours de 25 organisations internationales partenaires. En ces quatre occasions, on a discuté d’enjeux primordiaux dont certains ont été mis en lumière lors de la séance d’après-midi par des gestionnaires de l’eau de la Jordanie, du Maroc, du Liban et du Yémen.

Au Troisième Forum mondial de l’eau tenu le 31 mars 2003 à Kyoto, au Japon, Elly Baroudy, qui coordonnait le FGDE pour le CRDI, a exposé les grandes lignes du projet lors d’une séance sur la décentralisation et les partenariats entre les secteurs public et privé.

Des choix plus éclairés

« Personne n’ignore la situation actuelle au Moyen-Orient et en Afrique du Nord en ce qui a trait au manque d’eau et à la mauvaise qualité de l’eau, a expliqué Elly Baroudy. De plus, les gestionnaires de l’eau dans la région sont surtout intéressés à augmenter l’approvisionnement. Nous nous sommes donc attachés à attirer l’attention des décideurs sur les problèmes de gestion de la demande. »

« Il y a eu une abondance de renseignements échangés et de connaissances transférées, a poursuivi Elly Baroudy. Nous disposons maintenant d’un formidable réseau, et nous avons réussi, au prix de considérables efforts, à surmonter l’obstacle de la langue qui se dresse parfois entre les régions du Maghreb et du Mashrek. Nous espérons vraiment que ces premiers résultats ne sont qu’un prélude à l’atteinte d’autres objectifs. »

« Malgré les résultats très positifs de ces quatre consultations, il faut faire davantage, et la nécessité s’impose clairement d’agir... », a conclu Elly Baroudy. Selon elle, le projet a montré qu’il faut multiplier les échanges à l’échelle régionale pour enrichir le bagage de connaissances des experts, élaborer des outils de recherche et créer un point de convergence des idées concernant la gestion de la demande dans les différents pays concernés.

De la parole aux actes

D’autres spécialistes de la région sont de toute évidence bien renseignés sur les nombreuses façons de gérer la demande en eau. Au forum de Kyoto, des experts et des décideurs du Moyen-Orient ont fait des exposés faisant ressortir les avantages de la privatisation, de la réutilisation des eaux usées et de la gestion participative, par exemple.

La directrice régionale du CRDI pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Eglal Rached, a fait partie d’un groupe de 12 experts à la séance de clôture de la journée régionale du Moyen-Orient et de la Méditerranée où les discussions ont porté sur les graves problèmes relatifs à l’eau dans cette région.

Dans sa synthèse de la séance, Eglal Rached a parlé des façons de passer de la parole aux actes face aux problèmes chroniques d’eau au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Tout en reconnaissant l’« énormité de la tâche », elle s’est montrée optimiste quant aux chances que la région puisse éviter une crise grâce à la collaboration.

« La mise en commun des connaissances, de l’expérience et des leçons à en tirer nous aidera à progresser plus rapidement, a-t-elle fait observer. Il nous faut commencer par renforcer notre réseau du savoir, une étape particulièrement cruciale. »

Doug Alexander est un journaliste canadien installé à Londres, spécialiste des questions relatives à l’eau et au développement international.