Combler l'écart entre la recherche et le savoir

Division des communications, CRDI
Il ne sera jamais facile de comprendre une réalité dans toute sa complexité, mais tenter de le faire en associant le savoir local à celui des spécialistes accroît certainement les chances de réussite.

L’engagement est au coeur d’un ensemble de concepts et d’outils que les praticiens du développement utilisent maintenant pour favoriser des démarches créatives visant la résolution de problèmes et la prise de décisions. Dans un récent ouvrage intitulé SAS² – Guide sur la recherche collaborative et l’engagement social, les professeurs Jacques Chevalier et Daniel Buckles, de l’Université Carleton, présentent ces méthodes de recherche participative qui constituent les systèmes d’analyse sociale ou SAS².

Depuis près d’une décennie, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, appuie la collaboration entre l’Université Carleton et des groupes des pays en développement qui mettent ces méthodes à contribution pour relever des défis de développement et réaliser des changements à long terme.

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Le site Web de SAS²

SAS²  Guide sur la recherche collaborative et l’engagement social
par Jacques M. Chevalier et Daniel J. Buckles, coédité par SAGE Publications, en Inde, et le CRDI.

Porter la réflexion au-delà des frontières

Dans un monde empreint d’incertitude et aux prises avec des inégalités croissantes et les défis d’envergure que posent, entre autres, les changements climatiques, les SAS2 et leurs outils offrent de nouvelles façons d’apprendre, de réfléchir et de mobiliser le savoir afin de résoudre les problèmes et d’éclairer les décisions.

La démarche favorise la réflexion au-delà des frontières (que ces dernières soient définies en fonction de la géographie, des disciplines ou des intérêts) et a pour but de faire tomber les obstacles entre la recherche et l’action. Elle vise aussi à combler l’écart entre le savoir local et celui des spécialistes de l’extérieur en mettant à profit les compétences, les connaissances et l’imagination d’un ensemble de personnes.

Selon les professeurs Chevalier et Buckles, il est plus urgent que jamais de faire participer tous les êtres humains, sans exception, à l’application et à la coproduction de connaissances. Le défi consiste à « porter au carré » l’efficacité de tout type de recherche en rendant celle-ci à la fois pertinente socialement et réalisable sur les plans collaboratif et social.

Rigueur et souplesse

Inspirants, porteurs d’autonomie, rigoureux et souples tout à la fois, c’est en ces termes que des praticiens des SAS² provenant d’Asie du Sud, d’Amérique latine et du Canada ont qualifié ces outils lors d’une conférence qui s’est tenue en 2008 à l’Université Carleton, à Ottawa.

Ils les ont également qualifiés de « dialogiques ». En effet, les outils liés aux SAS² favorisent par-dessus tout le dialogue entre un vaste éventail de personnes qui s’attaquent ensemble aux problèmes. Plus de 50 outils, entre autres, le « domaine de problèmes », le « champ de forces » et la « roue », aident les collectivités à utiliser des processus progressifs permettant de résoudre des questions qui pouvaient paraître insolubles auparavant.

Jusqu’à maintenant, les outils ont surtout servi à examiner des enjeux liés au foncier, au développement économique et organisationnel local, à l’agriculture, à la pêche et à la foresterie. Les Canadiens, quant à eux, commencent à les appliquer à d’autres domaines, tels l’éducation et la santé.

Au Bangladesh, les outils SAS² aident les producteurs de tabac à trouver et à adopter des cultures de remplacement prometteuses; au Chili, ils ont permis d’élaborer un plan de gestion pour une pêcherie.

Les SAS² sont fondés sur des démarches bien établies dans le domaine du développement, telles que la recherche action et l’évaluation rurale participative (ERP). P.V. Satheesh, qui travaille pour l’organisme local Deccan Development Society, en Inde, fait remarquer dans l’avant propos du livre de Jacques Chevalier et Daniel Buckles, que, « trente ans après l’avènement de l’ERP dans le domaine du développement international […], les SAS² insufflent un vent de fraîcheur et apportent de l’énergie à la recherche et à l’action participatives. »