Collaboration de chercheurs québécois et béninois contre le sida

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Guy Sabourin

Au Bénin, il y a 20 ans, l’épidémie de VIH/sida faisait rage, et le pays manquait de tout pour l’endiguer. Aujourd’hui, la guerre au sida n’est pas encore terminée, mais de nombreux combats ont été gagnés. Et cela, entre autres, grâce à la ténacité de chercheurs comme Michel Alary, rattaché au Centre hospitalier affilié universitaire de Québec, qui oeuvre au Bénin depuis 15 ans.  

« On peut considérer l’épidémie de VIH sous contrôle au Bénin », déclare-t-il en entrevue téléphonique depuis ce petit pays d’Afrique de l’Ouest d’environ 7 millions d’habitants. « Environ 1,2 p. 100 de la population est infectée, ce qui indique une stabilisation au cours de la dernière décennie, alors que la prévalence peut atteindre 15 p. 100 dans les pays d’Afrique australe. »  

Ce chercheur de l’Université Laval a déjà cimenté de solides liens au Bénin à travers une panoplie de projets de coopération et de recherche en prévention du VIH. Par exemple, ses nombreuses études sur les travailleuses du sexe ayant mené à des interventions qui se sont révélées cruciales pour le contrôle de l’épidémie.

Il est aujourd’hui détenteur, avec Marcel Zannou de Université d’Abomey-Calavi au Bénin, d’une subvention de l’Initiative de recherche en santé mondiale (IRSM) du Canada offerte grâce au soutien de cinq organismes et ministères canadiens – Santé Canada, les Instituts de recherche en santé du Canada, le Centre de recherches pour le développement international, l'Agence canadienne de développement international et l'Agence de la santé publique du Canada. Le projet des chercheurs québécois et béninois vise le renforcement des capacités des institutions des pays africains à réaliser des essais cliniques pour prévenir le VIH.

Dans cette optique, Michel Alary s’occupera beaucoup de formation auprès des Béninois, mais aussi auprès de chercheurs du Gabon, du Burkina Faso, du Togo et de la Côte d’Ivoire. Il y aura aussi des activités de formation d’une masse critique de personnel médical et paramédical pour faire des essais en matière de prévention du VIH, avec stages en laboratoire au Canada et à Cotonou et formations à distance en sciences de laboratoire à l’Université Laval.

Tous ces efforts pour développer la recherche en prévention du sida au Bénin resteraient vains en l’absence d’un comité d’éthique crédible. « De nombreux protocoles de recherche que les bailleurs de fonds étaient prêts à financer ont été bloqués faute d’un tel comité. Celui-ci aurait pu, par exemple, expliquer aux chercheurs étrangers ce qui se fait et ne se fait pas au Bénin, et aux chercheurs béninois l’importance de se conformer à des standards de qualité internationaux », confirme Flore Gangbo, ex-ministre de la Santé du Bénin, professeure à la Faculté des sciences de la santé de l'Université d'Abomey-Calavi et présidente du Comité d'éthique national sur la recherche en santé.  

« Nous avons soutenu le démarrage d’un comité d’éthique permanent, il y a un an, ajoute Michel Alary. Nous l’avons accompagné dans toutes ses démarches pour qu’il obtienne sa reconnaissance auprès d’organismes comme les Instituts de recherche en santé du Canada et le National Institute of Health aux États-Unis. Nous sommes particulièrement fiers d’avoir créé une structure locale qui sera parfaitement fonctionnelle à la fin du projet. »  

Michel Alary travaille aussi à créer une unité de recherche sur la prévention du VIH à l’Université de Cotonou. « En partie grâce à notre travail, je pense que le Bénin possède aujourd’hui un des meilleurs systèmes de surveillance du VIH de toute l’Afrique de l’Ouest », conclut cet homme qui adore travailler sous les tropiques et veut y rester encore longtemps.

Guy Sabourin est rédacteur à Montréal.

Cet article a d’abord été publié dans la livraison d’avril-mai 2008 du magazine Découvrir (volume 29, numéro 2).