CIDO 2015 : Présentation du potentiel économique et social des données ouvertes

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L’honorable Tony Clement, président du Conseil du Trésor du Canada, à la CIDO 2015

Stephen Dale

Plus d’un millier de personnes ont assisté à la Conférence internationale sur les données ouvertes qui s’est tenue à Ottawa à la fin du mois de mai, illustrant ainsi l’ampleur de la révolution des données ouvertes ces dernières années. Elles étaient au moins 1 300 autres à regarder les webémissions en marge de la conférence, et encore plus à participer sur Twitter et sur les autres médias sociaux.

La conférence – organisée par le CRDI en partenariat avec le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, le ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement et la Banque mondiale – faisait suite aux rassemblements plus modestes des partisans des données ouvertes, organisés à Washington D.C. en 2010 et en 2012.
 
Par l’étendue de son contenu, l’édition 2015 de la Conférence a également démontré que les données ouvertes ne sont plus un simple concept, mais un outil pratique qui a commencé à donner des résultats concrets. Les données ouvertes désignent les ensembles de données exploitables par une machine et dont la réutilisation est autorisée. Pour les citoyens du monde entier, un accès plus libre aux données pourrait ouvrir de nouveaux horizons synonymes d’une meilleure efficacité, d’une plus grande autonomie et d’opportunités.
 CIDO 2015 panel
Les séances de la conférence explorant l’impact des données ouvertes dans des domaines aussi divers que l’éducation, les élections, l’agriculture, les services de santé et l’environnement témoignent de leur potentiel à engendrer des changements radicaux dans de multiples secteurs. L’adoption des données ouvertes par le Canada – à l’échelle nationale et dans le cadre de son aide au développement – est un indice de leur utilité, à la fois pour les pays développés et pour les pays en voie de développement.
 
Des données ouvertes par défaut
 
La directive récemment émise par le Canada afin que le libre accès aux données devienne la position par défaut et que la restriction des flux de données devienne l’exception à la règle reflète l’engagement du pays envers les données ouvertes, a affirmé Tony Clement, président du Conseil du Trésor.
 
La publication initiale de 220 000 ensembles de données et la participation aux efforts visant à établir des normes communes sont aussi des signes positifs, a-t-il ajouté.
 
« Les données ouvertes sont la matière brute de l’ère numérique, » a affirmé le ministre. « Notre but est de rendre les données ouvertes aussi fluides que possible, pour qu’elles atteignent nos citoyens et nos innovateurs aussi simplement et aussi facilement que possible. »
 Jean Lebel, Lois Brown, Cyril Muller at CIDO 2015
Combattre le manque de données
 
Lors de l’ouverture de la conférence, Lois Brown, secrétaire parlementaire du ministre du Développement international, a souligné le rôle primordial de la collecte de données à l’échelle mondiale.
 
Les efforts visant à améliorer les conditions de vie des pauvres restent minés par le manque de données, a-t-elle affirmé. On constate en effet qu’un tiers des naissances et deux tiers des décès dans le monde ne sont pas documentés.
 
« Une vie non déclarée est une personne qui ne pourra pas être aidée, » a-t-elle souligné. « L’impact de ce manque de données est le plus marqué pour les femmes et les filles, car pour garantir leur accès aux soins de santé, à l’éducation et au soutien institutionnel, nous devons connaître leur identité et leur âge. »
 
Assurer la réussite des données ouvertes
 
Dans ses remarques, Cyril Muller, vice-président de la Banque mondiale, a rappelé que le mouvement pour le libre accès aux données était, il n’y a pas si longtemps, principalement constitué « d’évangélistes » répandant « la bonne parole ». « Aujourd’hui, a-t-il déclaré, les participants à la Conférence d’Ottawa sont « des scientifiques, des activistes, des entrepreneurs et des spécialistes qui assurent réellement la réussite des données ouvertes ».
 
Jean Lebel, président du CRDI, a souligné que si l’on exploite même une petite partie de la valeur potentielle des activités liées aux données ouvertes, cela aurait un impact énorme sur les pays en voie de développement. Une étude réalisée par le McKinsey Global Institute a ainsi établi que les données ouvertes pourraient générer une valeur économique supplémentaire dépassant les 3 milliards de dollars par an.
 
CIDO 2015 conference participantsLa priorité du CRDI, a déclaré Jean Lebel, est de veiller à ce que les promesses d’efficacité accrue des services publics, de nouvelles capacités pour la résolution de problèmes et de stimulation de l’économie ne passent pas à côté des pays en développement.
 
« Souvent, les données importantes n’atteignent pas les personnes qui en ont vraiment besoin, » a-t-il indiqué. L’objectif est « que même les collectivités les plus marginalisées aient accès à des renseignements et connaissances essentiels et qu’elles puissent les comprendre, les utiliser et les diffuser. »  
 

 
Des données ouvertes pour le développement : un large éventail de solutions
 
Le programme Données ouvertes pour le développement (DOD), financé par le Canada, la Grande-Bretagne et la Banque mondiale, vise à exploiter le potentiel des données ouvertes afin de favoriser la transparence et la responsabilité des gouvernements, d’améliorer la prestation des services publics et d’accroître la participation des citoyens. Voici quelques exemples de projets entrepris dans le cadre de ce programme afin de résoudre des problèmes précis de développement :

 

En JamSelling pineapples in Jamaicaaïque, les chercheurs donnent accès aux données gouvernementales afin d’aider les petits agriculteurs à vendre leurs produits à un meilleur prix. Au moyen de l’application Harvest API, les 220 000 petits exploitants agricoles du pays peuvent afficher un tableau de bord sur leur téléphone cellulaire et consulter ainsi les données sur les récoltes et les prix dans toute l’île. Les renseignements sur les tendances des prix à long terme aident les agriculteurs à décider quoi planter, et le fait de connaître les prix de gros augmente leur pouvoir de négociation. Selon Maurice McNaughton, un membre fondateur du Caribbean Open Institute qui a développé l’application : « Les courtiers-fournisseurs – nous les appelons les « higglers » – se présentent à la ferme et disent : « Je vous donne tant pour vos tomates.» L’agriculteur, lui, est simplement content de vendre. Mais lorsqu’il a accès à l’information, il peut prendre une décision plus éclairée. »
 
En Uruguay, des chercheurs ont utilisé des données ouvertes du ministère de la Santé pour mettre au point une application qui permet à la population de comparer la qualité des soins fournis dans les divers hôpitaux de Montevideo. Le pays possède un système de santé hybride public-privé dans lequel les citoyens peuvent choisir leurs prestataires de soins privés. Durant le premier mois seulement, plus de 30 000 personnes ont utilisé l’application A Tu Servicio pour comparer les services, les prix, la situation géographique et le temps d’attente. Cette innovation fournit aux citoyens la capacité de mieux s’occuper de leur propre santé et incite les hôpitaux à améliorer leur rendement. Fabrizio Scrollini, coordonnateur des recherches de l’Initiative de données ouvertes d’Amérique latine (Iniciativa Latinoamericana de Datos Abiertos) affirme que cela a également engendré un cercle vertueux : les fonctionnaires constatent que leur travail a de l’importance et ont ainsi la motivation de publier d’autres données.
  
Una Hakika participantAu Kenya, des chercheurs ont découvert qu’un conflit opposant les agriculteurs aux bergers nomades et ayant entraîné la mort de 170 personnes était largement alimenté par des rumeurs. Pour empêcher une récidive, ils ont lancé le projet Una Hakika, ce qui en swahili signifie « Êtes-vous sûr? » Le projet invite les habitants du delta de Tana à soumettre les rumeurs à une vérification des faits, soit par voie électronique soit par l’intermédiaire « d’ambassadeurs » locaux. Ce qui est important, c’est que le projet Una Hakika met les résultats de ses vérifications à la disposition de tous. L’objectif est à la fois de désamorcer les fausses rumeurs avant qu’elles n’engendrent des violences, et d’instaurer une culture permanente du questionnement. Dans un environnement difficile, les rumeurs – surtout celles qui concernent l’utilisation des terres et des ressources – peuvent devenir une question de vie ou de mort, déclare Christopher Tuckwood, directeur exécutif du Sentinel Project. L’organisation non-gouvernementale canadienne s’est associée à l’incubateur de technologie iHub de Nairobi pour lancer Una Hakika en 2014 avec l’appui du CRDI.
 
Stephen Dale est un rédacteur établi à Ottawa.
 

En savoir plus
Photos de la CIDO 2015 : CRDI | G. Teckles
 
Photos (à partir du haut à droite) : L’animateur David Eaves en compagnie de Tuty Kusumawati, directeur du conseil de planification et de développement de Jakarta, et d’Amen Ra Mahariki, responsable de l’analyse de données pour la Ville de New York
 
Jean Lebel, président du CRDI, Lois Brown, secrétaire parlementaire du ministre du Développement international et Cyril Muller, vice-président de la Banque mondiale
 
Des participants à la CIDO 2015
 
Jamaica : Soursop 555 | flickr
 
Kenya : The Sentinel Project