Chiffrer le travail des femmes au Vietnam

31 juillet 2017

Les soins et les travaux domestiques non rémunérés sont essentiels au bien-être d’une famille, et pourtant, ils sont rarement estimés ou valorisés dans l’économie de marché. Les femmes sont les principales pourvoyeuses de soins aux enfants et aux aînés, aussi portent-elles sur leurs épaules le double fardeau des responsabilités domestiques et d’un emploi rémunéré. En mai, un atelier tenu à Hanoi a mis en lumière la question de la double charge de travail au Vietnam, où elle est particulièrement sérieuse en raison du taux de participation élevé des femmes à l’activité économique.

L’atelier a porté sur la recherche appuyée par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) concernant le rôle du travail non rémunéré et domestique dans l’économie et son incidence sur l’autonomisation économique des femmes. Une recherche menée dans 10 pays a estimé la production, selon le sexe, sur le marché du travail et au foyer. Ces indicateurs de l’égalité des sexes font la lumière sur la vie économique des filles et des femmes, et contribueront à la mise au point de politiques destinées à améliorer le bien-être des femmes.

Les conclusions de l’étude menée au Vietnam montrent que :

  • Les soins et les travaux domestiques non rémunérés représentaient entre 17 et 48 % du produit intérieur brut (PIB) en 2015, selon qu’on les estimait au salaire minimum ou à un taux de rémunération plus bas. Les femmes et les filles accomplissent 60 % de ce travail.
  • Les jeunes prodiguent une quantité phénoménale de soins non rémunérés en même temps qu’ils s’investissent à fond dans leurs études. Les jeunes femmes portent un fardeau plus important que les jeunes hommes, mais les deux groupes consacrent beaucoup de temps à prendre soin des autres.
  • Les filles et les jeunes femmes consacrent beaucoup moins de temps à leur éducation que les garçons et les jeunes hommes, ce qui est susceptible de réduire l’égalité des sexes plus tard dans la vie.
  • Les salaires moyens des femmes sur le marché du travail sont beaucoup plus bas que ceux des hommes. Pour les femmes, la participation au marché du travail est davantage susceptible de se traduire par un emploi précaire mal rémunéré.

Les données de ce type peuvent aider le gouvernement du Vietnam à mettre en oeuvre sa stratégie nationale d’égalité entre les sexes 2011-2020, dont l’un des objectifs consiste à réduire le temps que les femmes consacrent aux tâches ménagères.

Le rôle des femmes dans la population active est un facteur clé de l’avenir du Vietnam, selon Stephen McGurk, vice-président, Programmes et partenariats, du CRDI, qui a assisté à l’atelier à Hanoi. La participation des femmes à l’économie et leur succès dans le domaine de l’entrepreneuriat, en plus des efforts consentis à l’échelle nationale pour améliorer l’égalité entre les sexes, constituent des exemples pouvant inspirer d’autres pays dans la région.

Dans l’ensemble, les méthodes permettant de chiffrer le travail des femmes sont essentielles pour atteindre le cinquième objectif de développement durable, qui concerne l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles.

Le Development Policy Research Unit de l’Université du Cap, financé par le CRDI, dirige ce projet de concert avec l’Université de la Californie à Berkeley, grâce au financement de la Fondation Hewlett. L’Institut du travail et des affaires sociales, du ministère du Travail, des Invalides de guerre et des Affaires sociales du Vietnam, a effectué l’étude au Vietnam.