Chaque goutte compte – entrevue de Gabin Koto N’Gobi, boursier

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Pomme Arros
La recherche de Gabin Koto N’Gobi porte sur l’eau. C’est la pénurie d’eau dans la région semi-aride dans le nord de son pays natal, le Bénin, qui est sa véritable motivation. Dans le cadre de ses études de doctorat à l’Université d’Abomey-Calavi, M. Koto N’Gobi a mis au point un procédé de récolte de la rosée – un prototype si novateur dans la région qu’il lui a valu la bourse de recherche Adaptation H2O, d’une valeur de 15 000 CAD, décernée par le programme Changements climatiques et eau du CRDI.
Gabin Koto N’Gobi, titulaire de la bourse de recherche Adaptation H2O
M. Koto N’Gobi admet : « Au début, je n’étais pas tellement intéressé, puis je me suis rendu compte qu’une recherche sur cette question cadrait parfaitement avec ma formation en physique de l’atmosphère et qu’elle serait applicable en Afrique de l’Ouest, où les gens sont extrêmement vulnérables à la sécheresse. J’ai été emballé. »

À sécheresse accrue, vulnérabilité accrue

Les très importantes variations de pluviosité d’une saison à l’autre dans le nord du Bénin met en péril la production agricole sur laquelle reposent l’économie du pays et les moyens de subsistance des populations locales. Les prévisions sur les changements climatiques avaient annoncé l’augmentation de la fréquence des sécheresses; elles touchent en effet désormais toutes les collectivités de l’Afrique de l’Ouest sahélienne. Depuis les sécheresses des années 1960–1970, la pluviosité au Bénin a diminué en moyenne de 3,9 mm par mois, soit 3,5 % par décennie. Le manque de pluie a abaissé le niveau de la nappe phréatique de 15 % à 20 % et asséché des lacs et d’importants affluents comme le Niger et l’Ouémé.

Une goutte à la fois

Pour M. Koto N’Gobi, la récolte de la rosée est une solution à ce problème. La rosée se forme lorsque l’humidité relative – la masse de vapeur d’eau contenue dans l’air – est élevée et que la vapeur d’eau de l’air se condense sous l’effet du refroidissement. La rosée s’observe souvent tôt le matin ou tard en soirée sur l’herbe, les feuilles et d’autres surfaces exposées.

Bien qu’il existe déjà des méthodes artificielles de recueillir la rosée, M. Koto N’Gobi a mis au point un prototype unique pour la région à l’étude. Son modèle consiste principalement en un condensateur fonctionnant à la manière d’un entonnoir géant qui recueille l’humidité atmosphérique. Des matériaux locaux peuvent être utilisés pour sa construction; c’est donc une technologie accessible aux collectivités et aux agriculteurs. Puisque la rosée est abondante, le condensateur peut fournir de l’eau même pendant la saison sèche.

Satisfaire les besoins locaux en eau

M. Koto N’Gobi a mené sa recherche dans le village de Guéné; ce dernier subit un grand stress hydrique, la source d’eau la plus proche, le fleuve Niger, étant situé à 30 km de là. La région ne connaît qu’une saison des pluies qui dure de trois à quatre mois. Toute interruption des pluies peut réduire à néant les récoltes d’une année entière.

Réservoirs de stockage d’eau de pluie à l’école élémentaire de GuénéLorsqu’on lui demande comment les gens font face à l’arrêt des pluies, Gabin Koto N’Gobi répond sans détour :

« Comment ils réagissent ? Ce qui est perdu est perdu. Ceux qui le peuvent se rendent dans les régions où les récoltes sont plus productives pour y acheter de la nourriture. Les autres n’ont qu’à se résigner. C’est très difficile. »

Ce qui est bien, cependant, c’est que le condensateur peut recueillir jusqu’à 4 litres d’eau par nuit – assez pour répondre aux besoins en eau d’un agriculteur durant une période sèche entre les pluies. Peut s’ajouter à cela un système, installé sur le toit, qui permet de recueillir et de stocker l’eau de pluie.

La portée de l’invention va au-delà de l’utilisation prévue au départ, à savoir pour l’agriculture.

« Certains habitants de la région n’ont pas accès à l’eau », fait remarquer M. Koto N’Gobi. « Par exemple, à l’école primaire de Guéné, il n’y a aucun point d’eau pour les élèves. La vie n’est pas facile. »

Mais grâce à ce prototype, l’école élémentaire locale dispose d’une nouvelle source d’approvisionnement en eau potable. En effet, un condensateur muni d’un filtre y a été installé. Les écoliers ont participé à la construction, à l’installation et à la mise en service du condensateur. M. Koto N’Gobi espère que cette expérience permettra à ces futurs gardiens des ressources locales de mieux comprendre les effets des changements climatiques sur la région.

Une soif insatiable

Gabin Koto N’Gobi espère avoir un jour un terrain bien à lui pour y construire une usine de fabrication de condensateurs et continuer de fournir de l’eau renouvelable à la population locale. De fait, il réfléchit déjà aux moyens d’améliorer son invention.

« Mon prototype n’est qu’à petite échelle […] Mais il est possible d’augmenter la taille et le nombre de condensateurs et d’approvisionner en eau les gens qui en manquent… Je voudrais en décupler le succès. »

Gabin Koto N’Gobi a reçu la bourse Adaptation H2O en 2010.
 
Photo du haut : Gabin Koto N’Gobi
Le prototype du condensateur est fait de matériaux locaux

Photo de droite : Habib Koto N'Gobi
Gabin Koto N’Gobi, titulaire de la bourse de recherche Adaptation H2O

Photo de gauche : Gabin Koto N’Gobi
Réservoirs de stockage d’eau de pluie à l’école élémentaire de Guéné