Brancher les universités africaines sur le monde

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Stephen Dale
Des effets durables
Créée en 2005 avec l’appui du CRDI, l’Alliance UbuntuNet a aidé à propulser de nombreux établissements d’enseignement d’Afrique orientale et australe à l’ère de l’Internet en favorisant des politiques et des pratiques qui ont réduit considérablement le coût de l’accès au Web.

La révolution Internet a mis les universités africaines dans une situation où elles devaient tenter le tout pour le tout. Avec les nouvelles possibilités de réseautage qui s’offraient aux chercheurs et le passage aux bases de données numériques et aux revues en ligne, les petits établissements partout dans le monde allaient enfin avoir accès à une multitude de documents. L’ère de l’Internet allait aussi permettre aux chercheurs de participer aux grands débats universitaires et scientifiques ayant cours à l’échelle planétaire.

Cependant, l’accès à Internet coûtait extrêmement cher en Afrique. Un grand établissement ne pouvait en général s’offrir que le genre de connectivité dont disposait un ménage nord-américain. Dans ces conditions, tenter d’accéder à des documents essentiels sur Internet revenait à tenter « d’aspirer un océan par une paille », explique Steve Song, gestionnaire de programme au CRDI à l’époque où l’Alliance UbuntuNet voyait le jour.

Demeurer à l’écart de la révolution numérique aurait porté un grave préjudice à l’Afrique. La croissance économique et la recherche de solutions aux problèmes – notamment médicaux et environnementaux – du continent dépendent fortement de la collaboration et des capacités de recherche locales. Or, privés d’un accès aux outils numériques qui étaient devenus la norme ailleurs, on pouvait s’attendre à voir les meilleurs chercheurs et professeurs d’Afrique partir à l’étranger.

Baisse des prix

C’est là qu’est entrée en scène l’Alliance UbuntuNet qui, au début, a représenté les milieux universitaires de cinq pays. Elle s’est élargie depuis et elle compte maintenant 13 pays membres et quatre candidats à l’adhésion.

Margaret Ngwira, alors bibliothécaire au Kamuzu College of Nursing au Malawi, a été l’une des pionnières de l’Alliance. Elle se souvient que cette dernière n’avait ni endroit où loger ses bureaux, ni argent, juste la ferme croyance que l’accès à Internet était important. L’Alliance s’est préparée à prendre part à la révolution numérique avec l’aide de l’employeur de Mme Ngwira, qui a fourni une adresse, et le soutien technique et les fonds de démarrage fournis par le CRDI et l’Open Society Institute.

L’Alliance a soutenu les réseaux nationaux de recherche et d’éducation de ses pays membres. Ces réseaux, qui sont voués à connecter les établissements d’enseignement à Internet et les uns aux autres, ont misé sur leur pouvoir d’achat collectif pour négocier un accès à Internet à de bien meilleurs tarifs (au prix du gros). L’Alliance a persuadé des ministres de faire pression en faveur de l’accès, à des prix compétitifs, de ces réseaux au câble sous-marin à fibres optiques en cours d’installation le long de la côte est de l’Afrique. Le passage à la fibre optique promet un accès à Internet à bien meilleur marché que le service par satellite.

Le même accès qu’ailleurs

Selon M. Song, on ne saurait surestimer l’impact sur les universités africaines de la croissance de l’infrastructure de fibre optique à laquelle UbuntuNet a donné une impulsion. Cela veut dire qu’un chercheur africain de premier ordre peut maintenant rester chez lui, ce qui change vraiment la donne pour les universités africaines, précise-t-il.

Aujourd’hui, la majorité des universitaires en Afrique orientale et australe commencent à bénéficier du même accès à Internet que leurs collègues sur d’autres continents. Ils se branchent sur le monde par l’intermédiaire de routeurs d’UbuntuNet situés à Londres et à Amsterdam. On finira bientôt de mettre en place un réseau régional qui permettra aux universités africaines de communiquer directement entre elles sans passer par l’Europe.

Une meilleure connectivité promet de faciliter la tenue de vidéoconférences et l’enseignement à distance, ce qui, selon Mme Ngwira, fera baisser le coût et augmenter la qualité de l’enseignement supérieur en Afrique. Les câbles africains d’UbuntuNet serviront également à transmettre les données du plus grand télescope du monde dans le cadre du projet intitulé Réseau d’un kilomètre carré, ce qui laisse entrevoir la possibilité que des recherches scientifiques d’avant-garde soient effectuées en Afrique.

Stephen Dale est rédacteur à Ottawa.
 
Cet article fait partie des récits Des effets durables, qui mettent en évidence des façons dont les travaux financés par le CRDI ont amélioré les conditions de vie dans les pays en développement.
 
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