Blood on the Stone Ian Smillie se raconte

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Ian Smillie
Ci-dessous, Ian Smillie raconte comment il en est venu à participer à la lutte pour mettre fin au commerce illicite de diamants, qui a attisé des guerres ayant coûté la vie à des millions de personnes en Afrique. Il décrit cette lutte dans son nouveau livre,Blood on the Stone: Greed, Corruption and War in the Global Diamond Trade, publié par le CRDI en collaboration avec Anthem Press.
 
J’ai commencé à m’intéresser aux diamants par hasard, il y a 43 ans. J’étais en Sierra Leone à titre de bénévole de CUSO et j’avais été affecté dans la région de Koidu, au coeur de la zone diamantifère. Cinq mille mineurs travaillaient illégalement dans cette région : c’était une scène digne du Far West.
 
Je ne m’attendais pas à ce que les diamants fassent partie de ma vie professionnelle 43 ans plus tard. Une guerre a toutefois commencé en Sierra Leone en 1990 et, au bout de cinq ans, la situation y était terrible. La moitié de la population avait été déplacée, la plupart des écoles étaient fermées, et les cliniques avaient été détruites. De plus, les efforts internationaux de maintien de la paix étaient quasi inexistants.
 
De retour à Ottawa, j’ai pris part à la création du groupe de travail sur la Sierra Leone, un petit groupe qu’a accueilli l’organisme Partenariat Afrique Canada. Comme le disait Adrian Labor, Canadien d’origine sierra-léonienne qui travaillait au CRDI à l’époque, le conflit est en fait alimenté par les diamants, et il se poursuivra tant que personne ne fera rien pour arrêter le commerce illicite de diamants.
 
Le Processus de Kimberley
 
Nous avons donc amorcé l’étude intitulée Le coeur du problème, qui est devenue un projet de 12 ans et qui a grandement contribué aux négociations ayant mené au Processus de Kimberley. En mai 2000, le gouvernement de l’Afrique du Sud a réuni des représentants d’ONG, de gouvernements et de l’industrie dans la ville de Kimberley afin d’examiner s’il était possible de trouver une solution au conflit. En janvier 2003, on avait convenu du système de certification des diamants bruts du Processus de Kimberley.
 
Soixante-quinze pays représentant au moins 98 % du commerce mondial de diamants bruts adhèrent au Processus de Kimberley. Ce n’est pas un traité : les gouvernements présents à la réunion ont simplement voulu y adhérer. Il y avait toutefois des conditions à respecter, les États adhérents devant adopter des lois nationales les obligeant à se conformer aux normes minimales du Processus de Kimberley. Le Congo, l’Afrique du Sud, les États-Unis, le Canada, la Chine, le Sri Lanka, l’Union européenne, la Russie, etc. y adhèrent tous.
 
Ils ont convenu de ne pas se livrer au commerce de diamants bruts avec un pays qui n’adhère pas au Processus de Kimberley et ils n’exportent pas de diamants à moins d’avoir un certificat du Processus de Kimberley garantissant que les diamants sont d’origine « hors conflit ». Le système de certification a valeur de loi nationale dans plus de 70 pays, ce qui le rend plus contraignant que tout traité des Nations Unies.
 
On ne peut prétendre que le Processus de Kimberley est directement responsable de la fin des guerres des diamants, mais les trois années de négociations ont été un facteur décisif de la fin de ces conflits. Tout à coup, l’industrie des diamants était scrutée à la loupe, et tous ceux dont le comportement laissait à désirer ne pouvaient plus continuer à agir de la sorte.
 
Il y a cependant quelques problèmes sérieux qu’il faut résoudre, l’un des plus importants étant l’exigence de consensus. Chacun des gouvernements qui a adhéré au Processus doit consentir à une initiative donnée sans quoi elle ne verra jamais le jour. Si vous voulez exclure le Venezuela, par exemple, l’opposition d’un seul pays, disons le Venezuela, suffit à bloquer l’exclusion.
 
Il faut mettre fin à ce mode de prise de décision ridicule et instaurer la surveillance par un tiers indépendant. Les controverses importantes que suscitent les diamants du Venezuela et du Zimbabwe à l’heure actuelle ne peuvent être résolues à cause de ce problème, ce qui compromet sérieusement la capacité du Processus de Kimberley de garantir des diamants « hors conflit ».
 
La Diamond Development Initiative
 
On extrait des diamants dans 16 pays d’Afrique. Dans certains, les diamants sont un véritable moteur de croissance, mais dans beaucoup d’autres ils ont plutôt constitué une plaie. Dans toute l’Afrique, quelque 1,3 million de chercheurs de diamants artisanaux extraient les diamants alluvionnaires qui sont dispersés sur de vastes territoires. Ces diamants, à la portée de quiconque muni d’une pelle et d’un tamis, ne sont généralement pas extraits par de grandes entreprises.
 
En 2004, Partenariat Afrique Canada et Global Witness, ONG britannique qui a copiloté la lutte contre le trafic de diamants, ont financé ensemble une étude, Le riche et le pauvre, analysant le problème de l’extraction artisanale de diamants. Selon l’étude, quelque 15 % des diamants de qualité gemme dans le monde sont extraits par des personnes qui gagnent moins de 1 $ par jour en travaillant dans des conditions abominables.
 

Le Processus de Kimberley s’occupe de réglementation, et on ne le voyait guère tenter de trouver des solutions à des problèmes qui sont essentiellement de l’ordre du développement. Nous avons donc créé un nouvel organisme complémentaire du Processus de Kimberley, qui regroupe des représentants de l’industrie, des gouvernements intéressés et de la société civile en vue de relever le défi qui, sur le plan du développement, est au coeur du problème des diamants de la guerre. La Diamond Development Initiative, ou initiative diamants et développement, ONG internationale dont le siège est à Ottawa, est certainement destinée à poursuivre ses activités.