Autonomisation économique des femmes

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Bulletin du BREMO

Spécialiste de programme principale en poste au bureau du Caire du CRDI, Nadia Belhaj Hassine  oeuvre en économie du développement. Le bulletin du BREMO a rencontré Mme Belhaj Hassine afin de parler de l’autonomisation économique des femmes dans la région.

Parlez-nous du travail que fait le CRDI en ce qui concerne l’autonomisation économique des femmes.

En collaboration avec le Department for International Development (DFID) du Royaume-Uni, le CRDI cherche à inclure la région dans un examen plus vaste de l’autonomisation économique des femmes et de la croissance économique dans les pays à faible revenu. Il importe d’inclure la région dans la mesure où elle affiche les plus bas taux de participation des femmes à la population active dans le monde, et va même à contre-courant de la tendance mondiale à l’amélioration.

Le partenariat DFID-CRDI a pour but

  1. de déterminer dans quelle mesure l’autonomisation économique des femmes contribue à la croissance économique;
  2. de comprendre les liens entre concurrence, libéralisation et changement technologique;
  3. de surmonter les obstacles à la participation économique des femmes.

Dans le cadre d’un second projet, le Forum de recherche économique (ERF) mènera des travaux de grande qualité sur l’autonomisation économique des femmes dans la région. En examinant les obstacles auxquels se heurtent les femmes et les possibilités qui favorisent leur autonomisation, le Forum de recherche économique et le CRDI seront en mesure d’indiquer aux gouvernements et à la société civile comment ils peuvent améliorer la situation. Ce projet de recherche portera sur

  1. les formes d’emploi et d’entrepreneuriat susceptibles de favoriser l’autonomie des femmes; 
  2. les possibilités qui contribuent à augmenter la productivité des femmes et à réduire l’écart dans les revenus.

À votre avis, que permettra de démontrer la recherche ?

Les difficultés varient au sein de la région. Dans certains pays du Golfe, la participation des femmes à l’activité économique est entravée par la loi, et c’est le cas également en Algérie. En Tunisie, au Maroc, en Égypte et au Liban, les obstacles sont principalement d’ordre culturel.

Les femmes qui souhaitent se lancer en affaires subissent de la discrimination sous diverses formes : les banques sont moins enclines à autoriser des prêts d’entreprise quand ce sont des femmes qui en font la demande, sous le prétexte que les femmes sont moins versées en finance que les hommes. Même si une femme dirige une équipe d’hommes, il n’en demeure pas moins qu’on la considère comme une simple femme. Les hommes bénéficient davantage que les femmes des possibilités d’emploi, quelles que soient les compétences de ces dernières. On observe ces formes de discrimination partout dans le monde, mais elles sont exacerbées dans la région en raison de facteurs culturels.

Les deux projets permettront de mieux saisir dans quelle mesure les attentes sur le plan culturel limitent les choix qui s’offrent aux femmes pour ce qui est du travail.

Pouvez-vous donner un exemple ?

L’effet intergénérationnel est l’une des façons dont se manifeste la pression culturelle : une mère qui est demeurée à la maison pour s'occuper de sa famille est susceptible d'influencer sa fille à faire de même.

Les femmes de la région apprennent d’ordinaire qu'elles ont le devoir de se consacrer à leur famille et à leur mari. Puisque c’est également le cas dans les familles instruites et peu religieuses, on peut penser que la discrimination est fondée davantage sur la culture que sur la religion.

La situation s’est-elle améliorée ces dernières décennies ?

Les choses se sont, en effet, améliorées au fil des ans, notamment au chapitre de l'accès à l'éducation. On entend désormais plus souvent parler des droits des femmes, en particulier de la part des ONG. Toutefois, les gouvernements islamiques récemment portés au pouvoir laissent planer une nouvelle incertitude en ce qui concerne non seulement les gains futurs en matière de droits des femmes, mais aussi la préservation des acquis. Dans chaque pays, le gouvernement – tout comme l’armée, les forces policières et les institutions – doit prendre part aux changements d’ordre culturel et comportemental afin qu’il soit possible de créer un contexte général favorable à l’autonomisation économique des femmes.

À votre avis, comment la situation des femmes évoluera-t-elle ?

La région fait face à un problème qui lui est propre, soit la participation des jeunes – femmes et hommes – à la population active. C’est dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (région MOAN) que l’on observe les taux de chômage des jeunes instruits les plus élevés au monde. En raison de l’explosion démographique des jeunes, il faudra créer 25 millions d'emplois au cours des dix prochaines années simplement pour que le taux de chômage demeure stable. Il sera difficile d’améliorer la situation des femmes sans d’abord résoudre ce problème.

L’autonomisation économique des femmes n’est possible que si l’on fait mieux concorder l’offre de travailleurs spécialisés et semi-spécialisés avec les besoins du marché et que si l’on modifie le processus de sélection de même que la perception culturelle du travail des femmes. Les femmes doivent se montrer disposées à intégrer le marché du travail, et le contexte familial doit le leur permettre.

Pourquoi est-ce important ?

Il semble qu’actuellement, pour les gouvernements, il y a deux façons d’accroître la participation des femmes au sein de la population active. Ils ciblent d’abord le secteur public, bien que celui-ci ne soit plus en mesure d’absorber l’arrivée massive de travailleurs, ni de contribuer de façon importante à la croissance et à la productivité.

Je pense que c’est le secteur privé qui stimulera en grande partie la croissance économique au cours des prochaines décennies. La participation accrue des femmes – occupant des emplois décents – au sein du secteur structuré doit se faire dans des entreprises créées par des femmes qui tiennent compte des particularités de leur collectivité. Ces entreprises sont plus faciles à gérer et permettent généralement aux femmes de travailler tout en s’occupant de leur famille.

À l’heure actuelle, bon nombre d’ONG aident les femmes à mettre sur pied de telles entreprises, dans les domaines de l'agriculture, de la transformation des produits agricoles et de l’artisanat notamment, mais cela se fait principalement dans le secteur non structuré. La recherche peut contribuer à orienter de telles initiatives qui, sans être appelées à devenir des activités du secteur structuré, peuvent au moins bénéficier d’un statut décent.

Pour en savoir plus au sujet de Nadia Belhaj Hassine et de son travail, on peut consulter son profil ou lui faire parvenir un courriel à nbelhaj@crdi.ca.

On trouvera plus de précisions sur le Forum de recherche économique à erf.org.eg et sur le DFID à dfid.gov.uk.