Assurer la sécurité alimentaire et hydrique dans le bassin de l’Indus, au Pakistan

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PIDE Au Pakistan, des agriculteurs adoptent différentes stratégies d’adaptation aux dérèglements climatiques.

Jennifer Kingsley
L’Indus traverse le coeur du Pakistan, sillonnant montagnes, forêts et désert pour ensuite former un delta imposant. Ce bassin fluvial, l’un des principaux d’Asie du Sud, est aussi sujet aux inondations.
 

En 2010, l’attention du monde entier s’est tournée vers l’Indus lorsque de fortes pluies et les inondations subséquentes ont touché 20 millions de personnes. En 2011, des pluies abondantes et prématurées ont refoulé l’eau dans la zone semi‑aride de Sindh, une région fortement irriguée, où 750 000 personnes de plus ont été touchées. Dans les deux cas, les pertes matérielles et financières se sont élevées à des milliards USD. Pendant ce temps, des collectivités d’autres régions du pays ont été frappées par la sécheresse attribuable, elle aussi, aux changements climatiques.

 

Bien que ces phénomènes météorologiques extrêmes et imprévisibles aient révélé la vulnérabilité de la population pakistanaise au regard des changements climatiques, on sait peu de choses sur les moyens d’adaptation qu’elle prend, sur les répercussions que ces changements ont sur la sécurité alimentaire et hydrique et sur l’influence qu’exerceront les politiques gouvernementales passées et présentes sur les stratégies d’adaptation. À la lumière de tout cela, quelques questions importantes méritent réflexion : Quelles répercussions ces changements ont-ils sur les agriculteurs et sur la productivité agricole ? Les solutions d’adaptation ont‑elles des incidences différentes sur les hommes et les femmes ? Le cas échéant, quelles sont ces différences ? Enfin, comment les interventions passées influeront‑elles sur les politiques futures ?

 

La solution : la collaboration

Le CRDI soutient trois institutions du Pakistan – la Lahore University of Management Sciences (LUMS), le Social Policy and Development Centre et le Pakistan Institute of Development Economics (PIDE) – dans l’exécution de travaux de recherche concertée visant à trouver des réponses à ces questions. La recherche a pour principal objectif d’évaluer les répercussions que les changements climatiques ont sur les agriculteurs marginalisés et leurs moyens de subsistance et de faire connaître les résultats de recherche au moyen de publications dans des revues à comité de lecture, de rapports techniques, de notes d’analyse, de réunions d’intervenants et d’apports à la planification stratégique et opérationnelle.

 

The research team met with farmers to hear how changes in climate are affecting agricultural practices.Grâce à des groupes de discussion, les équipes de recherche prennent connaissance de la perception qu’ont les agriculteurs des changements climatiques et analysent les facteurs qui influent sur leurs décisions en ce qui a trait à la meilleure façon de s’adapter et aux solutions possibles. Un aspect essentiel de la recherche a trait à la mobilisation de partenaires partout dans les régions, notamment des organisations non gouvernementales telles que le Fonds mondial pour la nature et d’autres groupes, qui oeuvrent dans les milieux scientifique, des affaires publiques et de la conservation. Ce type de collaboration permet de faire connaître les enjeux liés aux changements climatiques tout en gagnant la confiance des populations et en tirant parti de l’expertise locale. D’autres composantes de la recherche portent sur les différences entre la capacité des hommes et celle des femmes de s’adapter aux changements climatiques et ont pour but d’en arriver à des recommandations relatives aux politiques de gestion des catastrophes et de planification des mesures d’urgence. Les conditions qui existent actuellement au Pakistan seront ainsi situées dans un contexte politique, économique et historique plus large.

 

Des changements se produisent à l’instant même

Dans différentes régions, les agriculteurs observent différentes modifications des régimes climatiques : les étés sont plus longs, les températures, plus élevées, et les pluies, plus abondantes l’hiver, et la mousson survient plus tard. Ils ont pris diverses mesures d’adaptation à ces conditions. Ils ont notamment adopté des cultures plus résistantes à la sécheresse ou moins gourmandes en eau, par exemple la moutarde, dont les racines s’enfoncent profondément, et ont aussi substitué les dattes aux bananes et des oléagineux résistants à la sécheresse au blé. Ils ont aussi modifié le calendrier de culture, notamment en reportant les semailles du blé de 20 à 30 jours, adopté différentes méthodes de culture intercalaire afin d’optimiser l’utilisation des ressources hydriques ou recouru à la technologie pour forer des puits tubulaires pouvant atteindre 1 000 pi de profondeur.

 

La migration ou le passage à un travail non agricole peut aussi représenter une forme d’adaptation aux changements climatiques. Par exemple, si la propriété de la terre n’est pas garantie ou que les revenus ne suffisent pas à la subsistance, les agriculteurs peuvent être contraints de quitter la région ou de trouver un autre travail, ce qui influe sur l’économie locale. Dans le cadre du projet dont il est question ici, des efforts particuliers seront déployés pour attirer l’attention sur les répercussions comme celle‑là, qui sont attribuables aux changements climatiques.

 

Le choix de stratégies d’adaptation varie d’une exploitation à l’autre, car de nombreux facteurs influent sur les décisions en la matière, notamment le niveau de revenu, la scolarité, la propriété foncière et l’accès aux marchés.

Perspectives d’avenir

Le projet, qui réunit trois organismes partenaires, s’appuie sur une interaction avec différents intervenants des milieux gouvernemental et universitaire et du secteur à but non lucratif. Il constitue donc pour ces multiples parties prenantes une occasion de collaborer à la recherche de solutions aux changements complexes qu’entraînent les dérèglements climatiques. La recherche constitue la première étape, et le projet contribue au renforcement des capacités en formant des chercheurs et des universitaires en début de carrière qui s’intéressent aux changements climatiques. L’apport à l’élaboration de politiques et à la planification en matière de changements climatiques, notamment en ce qui a trait au secours aux sinistrés et à la sécurité alimentaire et hydrique, compte aussi parmi les principaux objectifs de ce projet de recherche, qui aura vraisemblablement des retombées positives sur les collectivités du bassin de l’Indus et d’ailleurs.

 

En savoir plus sur le projet

Jennifer Kingsley est rédactrice à Ottawa.

 

Entrevue vidéo avec le chercheur Munir Ahmad