Alimenter le développement durable des villes

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Division des communications, CRDI
La recherche bien appliquée
Grâce à une recherche avant-gardiste menée par le CRDI, plusieurs villes du Sud en sont venues à remettre en question l’attitude de leur administration à l’égard de l’agriculture urbaine. Le défi qu’elles doivent à présent relever consiste à déterminer comment encadrer les activités agricoles pour que leur intégration en milieu urbain soit avantageuse aussi bien pour les agriculteurs urbains que pour le reste de la population. 
L’agriculture urbaine est associée à l’exploitation illégitime de terrains en zone urbaine et est donc perçue comme un problème socioéconomique, et non pas comme une solution. De plus, les autorités hésitent à adopter une approche proactive à l’égard de l’agriculture urbaine, car, de l’avis de plusieurs, cette pratique résulterait d’une incapacité à répondre de façon appropriée aux besoins en matière de développement rural.
- Fisho P. Mwale, maire de Lusaka, en Zambie
Le défi sur le plan du développement : déterminer si l’agriculture a sa place dans l’environnement urbain

Dans le Sud, la population des villes augmente rapidement avec l’arrivée de paysans qui quittent les régions rurales en quête d’un avenir meilleur. Cette croissance est si rapide que les municipalités n’arrivent pas à s’y adapter.

 
Les emplois sont trop peu nombreux et les installations, limitées. Un grand nombre de ces nouveaux venus sont victimes de pauvreté et de malnutrition, devant souvent dépenser les trois quarts des maigres revenus dont ils disposent pour se procurer un seul repas par jour.

Dans l’espoir d’améliorer leur sort, de nombreux citadins pauvres utilisent le moindre petit espace libre qu’ils dénichent pour y cultiver des denrées alimentaires. Que ce soit sur les toits des maisons, dans des jardinières de fenêtre, sur les bords des chemins, le long des rives des cours d’eau ou sur des terrains vacants, les gens finissent par trouver un endroit où faire pousser un peu d’aliments pour nourrir leur famille. Certains parviennent même à en faire pousser suffisamment pour pouvoir vendre l’excédent de leur récolte, ce qui leur procure un revenu supplémentaire indispensable. D’autres, particulièrement dans les quartiers périphériques des villes, ont fait de l’agriculture leur activité principale au point où ils peuvent même, dans certains cas, subvenir aux besoins d’une famille tout entière ou d’un groupe de familles.

Les administrateurs municipaux se sont toujours opposés à la pratique non réglementée de ce type d’activités. En outre, il arrive que ces agriculteurs urbains exploitent des lieux publics ou des terres privées. Or, les conflits que provoque l’utilisation de ces terres sont susceptibles d’engendrer de la violence.

L’agriculture urbaine peut également présenter des risques pour la santé s’il y a contamination du sol cultivé ou de l’eau utilisée. Enfin, l’élevage d’animaux dans des zones densément peuplées comporte également divers risques.

Grâce à une recherche avant-gardiste conduite par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), plusieurs villes du Sud en sont venues à remettre en question l’attitude de leur administration à l’égard de l’agriculture urbaine.

Le défi qu’elles doivent à présent relever consiste à déterminer comment encadrer les activités agricoles pour que leur intégration en milieu urbain soit avantageuse aussi bien pour les agriculteurs urbains que pour le reste de la population.

 
 L’agriculture urbaine offre plusieurs avantages… Elle améliore la sécurité alimentaire des villes (les produits cultivés dans les zones rurales sont coûteux et moins frais) et donne accès à de nouvelles sources de revenus. De plus, elle réduit les coûts que doivent  assumer les administrations municipales pour l’entretien des espaces ouverts.
- Christopher Iga, maire de Kampala, en Ouganda
 
L’idée : redonner vie à une ancienne pratique

La pratique d’activités agricoles en milieu urbain n’est pas nouvelle.

Les vestiges des cités antiques, un peu partout dans le monde, témoignent avec éloquence du fait que l’agriculture faisait partie intégrante de la vie de tous les jours des citoyens. Ces cités avaient été conçues selon un plan qui intégrait la production de denrées alimentaires, de cultures fourragères, de plantes médicinales et même de matériaux de construction. Si cette pratique était rentable et utile à l’époque, pourquoi ne le serait-elle plus aujourd’hui ? Plutôt que d’interdire l’agriculture urbaine, pourquoi ne pas l’encourager ?

Il faut convaincre les agriculteurs urbains de s’organiser et d’améliorer leur performance, les aider à trouver et à partager des espaces libres, leur offrir du soutien aux chapitres du conditionnement et de la vente des produits, formuler des règles et règlements efficaces et enfin, mettre à leur disposition des installations qui leur permettront de contribuer au développement durable et à la sécurité alimentaire des villes.

Le moment est venu de redonner vie à cette ancienne pratique – toujours aussi pertinente.

La recherche : optimiser le potentiel de l’agriculture urbaine

Il y a plus de vingt ans, le CRDI a été le premier organisme international important à financer officiellement la recherche dans le domaine de l’agriculture urbaine. La démarche consistait alors à évaluer et à optimaliser le potentiel de l’agriculture urbaine comme moyen d’améliorer non seulement l’approvisionnement alimentaire, les revenus et la santé des ménages, en éliminant certaines contraintes – comme des règlements périmés ou restrictifs –, mais aussi la gestion des déchets, de l’eau et des terres.

Pour ce faire, les chercheurs se sont concentrés tant sur les politiques que sur la technologie, réunissant d’autres chercheurs, des hommes et des femmes politiques, des technocrates et des producteurs agricoles afin d’élaborer des politiques efficaces et des solutions pratiques.  Ils ont également facilité la création de réseaux de villes pour faciliter la mise en commun d’idées, de techniques et de résultats.  En outre, le Centre a contribué à faire ajouter l’agriculture urbaine aux champs de recherche courants, grâce à ses efforts et à la collaboration d’autres organismes bailleurs de fonds, d’établissements d’enseignement et d’organisations non gouvernementales (ONG).

 
Les expériences en agriculture urbaine menées dans des villes de la région de l’Amérique latine et des Caraïbes […] révèlent que l’utilisation des ressources et des techniques locales peut contribuer à réduire les coûts des économies urbaines et à améliorer le niveau et la qualité de vie de la population.
Extrait de la Déclaration de Quito, Équateur, avril 2000
[traduction libre]

Sur le terrain : propager le principe du développement urbain durable

Au cours des deux dernières décennies, le CRDI a investi quelque neuf millions CAD dans plus de 90 projets portant sur l’agriculture urbaine et réalisés dans au delà de 40 pays.  En voici quelques exemples :
  • Des représentants de 20 villes de l’Amérique latine et des Caraïbes se sont réunis à Quito, en Équateur, pour discuter du potentiel offert par l’agriculture urbaine. Tous les maires présents à cette rencontre ont signé la Déclaration de Quito, manifestant ainsi leur engagement à l’égard de l’agriculture urbaine. Depuis, les responsables de plus d’une cinquantaine de villes ont signé cette déclaration.
  • Le projet de développement durable mené à Dar es Salaam, capitale de la Tanzanie, et cofinancé par le programme ONU-HABITAT, a donné lieu à l’établissement d’un nouveau plan stratégique de développement urbain pour cette ville ainsi qu’à la formulation de politiques d’intégration de l’agriculture urbaine destinées à améliorer la gestion du milieu urbain.
  • À Kampala, en Ouganda, on a modifié le plan de structure de la ville de façon à y inclure l’utilisation légitime des terres comme moyen de favoriser l’agriculture urbaine; un service d’agriculture urbaine a également été mis sur pied, sous la direction du conseil municipal de Kampala.
  • Dans le cadre d’une étude portant sur trois villes du Ghana, une équipe de recherche, composée de professeurs et d’étudiants de plusieurs universités ghanéennes, a déterminé que le compostage des déchets urbains était une solution avantageuse tant pour les agriculteurs des villes que pour les municipalités. L’équipe a constaté que l’agriculture urbaine, jumelée à l’aménagement paysager et à d’autres activités, pouvait absorber autant que 20 % des déchets organiques des villes.
  • Dans plusieurs villes de l’Afrique et de l’Amérique latine, des sites impropres à la production alimentaire sont désormais consacrés à la culture des fleurs. La vente des fleurs, souvent à des fins d’exportation, procure aux familles les revenus nécessaires pour acheter de la nourriture.
  • À Port-au-Prince, en Haïti, des chercheurs ont créé, en partenariat avec des ONG locales et internationales, des jardins expérimentaux auxquels ils ajoutaient des déchets organiques. Environ 1 100 personnes, réparties en 68 groupes, ont reçu une formation sur la création et l’exploitation de jardins. L’application du concept a été tellement efficace qu’en trois ans, on a étendu le projet à 19 districts plutôt qu’à trois, comme on l’avait prévu au départ.
  • Près d’Amman, en Jordanie, des chercheurs ont mis au point un système de recyclage qui permet de réutiliser les « eaux ménagères » aux fins d’irrigation des jardins privés. On estime que le système a entraîné une économie d’eau initiale d’au moins 15 % et que la réutilisation des eaux ménagères dans les jardins maraîchers a fait augmenter de 10 à 40 % le revenu des ménages.
Le résultat : poursuivre l’intégration de l’agriculture urbaine aux champs de recherche courants

Ce qui a déjà été considéré comme un tout nouveau domaine de recherche fait maintenant partie des champs les plus courants. En effet, les principaux organismes des Nations Unies, les plus importantes organisations internationales et nationales ainsi que des ONG financent aujourd’hui des projets en agriculture urbaine.

Se fondant sur le modèle conçu à Quito, on a créé des réseaux de villes en Afrique de l’Est et en Afrique de l’Ouest pour la mise en commun d’expériences et d’occasions de formation. On a également entrepris de modifier des règlements pour favoriser l’intégration et la pratique de l’agriculture urbaine et assurer une répartition équitable des terres. Des levés aériens ont permis aux villes de dresser des cartes qui indiquent non seulement où se trouvent les espaces libres, mais aussi lesquels sont les plus propices à l’agriculture, car ils permettent d’avoir accès à des déchets organiques pour le compostage et à une source d’approvisionnement en eau. Écoles, entreprises et édifices gouvernementaux aménagent des lots à jardiner pour des élèves et des travailleurs. Nombre d’universités du Sud ont intégré l’agriculture urbaine à leurs programmes d’études, assurant ainsi la création d’une équipe de professionnels qui maîtrisera les techniques associées au domaine. Enfin, l’agriculture urbaine sera à l’ordre du jour du troisième Forum urbain mondial, qui a eu lieu en 2006 à Vancouver, au Canada.

Le prochain défi : favoriser la croissance des cités vertes de demain

Même dans les secteurs les plus densément peuplés des villes, on n’a pas exploité tout le potentiel qu’offre l’agriculture urbaine. On pourrait encore, pour réaliser des revenus, cultiver des champignons ou faire l’élevage des vers à soie dans des plateaux à l’intérieur, élever des poissons dans des réservoirs ou encore, cultiver des plantes médicinales dans des pots à la maison et les y emballer pour la vente.

Plus il y a de villes qui prennent conscience des avantages offerts par l’agriculture urbaine, plus les réseaux de villes régionaux sont appelés à s’agrandir. À mesure qu’on adopte de nouveaux règlements habilitants et plans intégrés d’aménagement urbain, il importe de veiller à ce qu’on donne la formation nécessaire au personnel municipal chargé de les mettre en œuvre.

Il faut redoubler d’efforts pour sensibiliser davantage le public aux bienfaits de l’agriculture urbaine, et il importe de bien renseigner les producteurs agricoles sur des sujets importants, comme l’utilisation sécuritaire des pesticides et les dangers liés aux sols et à l’eau contaminés. La meilleure façon d’atteindre ce but est de faire appel à des associations de producteurs, qui peuvent en outre intervenir pour assurer une répartition équitable des terres et des ressources ainsi que la sécurité d’occupation.

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