Afrique occidentale et centrale — De nouveaux défis relevés avec brio

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Division des communications, CRDI

En poste à Dakar, au Sénégal, le directeur du Bureau régional de l’Afrique occidentale et centrale du CRDI, Gilles Forget, a vu certaines dimensions de la vie — particulièrement en matière de commerce — se simplifier.

Maintenant que « l’intégration continentale est de plus en plus prononcée », dit-il, les cultivateurs de coton du Mali, un pays sans accès à la mer, n’ont plus à payer des tarifs excessifs pour expédier leur production par l’entremise d’un port sénégalais. Par ailleurs, la révolution des télécommunications qui s’est répandue dans presque toute l’Afrique a aidé à améliorer le sort des entrepreneurs, des agriculteurs et de bien d’autres personnes.

Mais ces améliorations n’empêchent pas de nouveaux défis de surgir. Ainsi, les éleveurs de l’Afrique occidentale et centrale doivent composer avec un certain nombre de changements écologiques et sociaux, tels que la vente de pâturages à des agriculteurs. La privatisation de superficies qui étaient jusque-là réservées à la vaine pâture occasionne souvent des problèmes aux éleveurs et à leurs troupeaux : si un éleveur et ses animaux tombent sur un appétissant champ de légumes, par exemple, il s’ensuit inévitablement un conflit avec le propriétaire foncier.

C’est pourquoi certains éleveurs — dont le travail n’a pas vraiment changé depuis des siècles — se déplacent maintenant avec des assistants numériques personnels (ANP).

Grâce à des recherches appuyées par le CRDI, les éleveurs ont commencé à utiliser ces appareils pour obtenir des renseignements cruciaux qui les aident à choisir leur trajet. Maintenant, non seulement les éleveurs peuvent-ils savoir qu’ils sont sur le point de se retrouver au beau milieu de ce champ, mais ils peuvent aussi voir si leur destination a accueilli d’autres troupeaux avant eux, ce qui leur permet d’opter pour un autre trajet qui les mènera vers des pâturages vierges.

Des avantages pour les agriculteurs et pour l’environnement

Selon M. Forget, sans compter les avantages personnels qu’il procure aux agriculteurs, le projet a des répercussions très favorables sur l’environnement : « C’est un facteur qui a aidé les populations locales à protéger leurs pâturages contre l’empiétement du désert. Si un trop grand nombre de moutons broutent dans une même zone et arrachent toute l’herbe, le risque de désertification est beaucoup plus grand. »

À l’instar de bien d’autres initiatives menées dans cette région de l’Afrique, le succès de ce projet repose sur le fait que les chercheurs ont pu analyser un problème social d’envergure en tenant compte des personnes mêmes qui en font les frais et qui sont touchées à divers titres.

Dans une collectivité urbaine du Sénégal, par exemple, des recherches parrainées par le CRDI sur l’utilisation d’eaux usées contaminées pour la production alimentaire ont fait appel à de nombreux intervenants, y compris le maire de l’endroit, des chefs de ménage et des producteurs et vendeurs de fruits et légumes.

De puissants facteurs incitaient les personnes de cette collectivité située à la lisière périurbaine de Dakar à utiliser des eaux usées pour la production alimentaire. Tout d’abord, la région est de plus en plus sèche; c’est donc dire qu’une source d’eau gratuite est très attrayante.

De plus, le transport des aliments de la campagne à la ville coûte cher et est peu fiable, ce qui incite encore davantage à produire les aliments là où habitent les gens. Par ailleurs, l’abondance de nutriments dans les eaux usées garantit une récolte abondante de produits de bonne taille.

Évidemment, le problème, c’est que les contaminants présents dans les eaux usées, notamment du matériel microbien, rendent les gens malades. « Parfois, vous faites par nécessité des choses qui vous feront du tort à long terme, et c’est ce qui se produisait ici », dit M. Forget.

Technologie et engagement personnel

La solution a été en partie technologique : une nouvelle méthode de traitement des eaux usées, qui permet d’obtenir des résultats supérieurs aux normes de l’Union européenne. Mais ce qui est tout aussi important, c’est que tous — du bureau du maire jusqu’aux vendeurs dans la rue — ont compris et accepté ce qu’ils avaient à faire.

« Les personnes qui vendaient leurs produits dans la rue devaient savoir qu’elles ne pouvaient plus donner une apparence de fraîcheur éclatante à leurs fruits en les lavant dans de l’eau polluée, explique M. Forget. On a vraiment mis l’accent sur la participation. Chacun devait savoir quel était son rôle. »

M. Forget se félicite aussi du travail accompli par le Réseau ouest et centre africain de recherche en éducation (ROCARE) qui, en 2006, a été désigné centre d’excellence en Afrique. Présent dans 13 pays, le ROCARE estime que ses recherches et ses activités aideront la région à respecter les indicateurs en matière d’éducation fixés pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. En outre, le CRDI a financé un nombre considérable de travaux de recherche sur l’égalité entre les sexes — dont les résultats ont entre autres permis d’offrir à des femmes leur première occasion de participer au processus politique.

Certains pays ont aussi profité de recherches parrainées par le CRDI dans le cadre desquelles on leur a prodigué des conseils sur la meilleure façon de s’adapter aux règles de l’économie mondiale.

Certes, tout n’est pas que positif dans cette histoire. Gilles Forget mentionne, par exemple, que les établissements de recherche subissent les contrecoups des faibles salaires qui poussent les chercheurs africains à accepter des emplois à l’étranger. (Le CRDI tente de s’attaquer à ce problème par l’entremise du projet Renforcement des capacités en mobilisation de ressources, destiné à ses partenaires de recherche.)

D’autres dangers se profilent aussi à l’horizon du paysage politique, social et économique de l’Afrique — notamment des conflits suscités par les ressources naturelles dans les pays les plus riches et de nouvelles vagues d’investissements étrangers, qui risquent d’ouvrir la voie à des pratiques environnementales mal avisées.

Mais M. Forget croit que les Africains se sont montrés aptes à relever les défis les plus imposants. Ce qui importe, à son avis, c’est qu’ils puissent disposer de bons travaux de recherche pour leur faciliter la tâche.