Adaptation à la variabilité du climat et aux changements climatiques dans le bassin du Maipo au Chili

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Santiago de Chile et ses environs abritent 40 % de la population du pays.

Mary O'Neill
Le bassin du fleuve Maipo joue un rôle crucial dans l’économie chilienne. Avec l’aide du gouvernement et de la collectivité, des chercheurs examinent les mesures à prendre pour assurer la durabilité des ressources hydriques ainsi que des activités économiques qu’elles soutiennent, compte tenu de la demande croissante et des changements climatiques.
Au début de janvier 2014, un nuage de fumée enveloppait Santiago, la capitale du pays. Des feux de forêt se propageaient dans le centre et le sud du pays au moment où le Chili entrait dans sa quatrième année consécutive de sécheresse. Les feux ont ravivé les craintes au sujet de la capacité de cette région déjà vulnérable à résister aux effets des changements climatiques.

Il s’agit d’enjeux importants pour le Chili : la ville de Santiago et ses environs abritent près de 40 % de la population du pays. Non seulement le bassin du Maipo fournit-il l’eau pour l’usage domestique, mais il soutient l’exploitation agricole et minière ainsi que la production d’énergie électrique. Malgré les sécheresses récurrentes et les inondations occasionnelles, le climat méditerranéen semi-aride est idéal pour la viticulture. La vallée du Maipo, au sud de la capitale, est l’une des régions vinicoles les plus importantes du pays.

La concurrence pour les ressources en eau est déjà intense. La pression exercée sur le bassin du Maipo augmente pourtant du fait de la croissance démographique et industrielle de Santiago. De plus, le pays compte construire des centrales sur les affluents du Maipo afin de produire de l’hydroélectricité. En même temps, selon les prévisions, les changements climatiques entraîneront une hausse des températures et une baisse des précipitations. Étant donné le rôle de la région dans l’économie chilienne, une stratégie d’adaptation aux changements climatiques s’impose de toute urgence.



Wine production is an important contributor to Chile's economy, and may be threatened by future water stress.
CHRISTOPHER SALERNO

Le stress hydrique pourrait menacer
a production de vin, un important pan
de l’économie chilienne.

Établir la vulnérabilité

Pour appuyer l’élaboration d’une telle stratégie, une équipe de recherche dirigée par le Centro de Cambio Global de la Pontificia Universidad Católica de Chile s’emploie à établir la vulnérabilité du bassin du Maipo aux changements climatiques. En collaboration avec un large éventail de parties prenantes, l’équipe évalue la disponibilité et la qualité de l’eau, les pressions de l’offre et de la demande, ainsi que la dépendance à l’eau de différents utilisateurs et secteurs économiques.

La disponibilité et l’utilisation de l’eau dans la région varient considérablement. La densité démographique dans la région métropolitaine de Santiago a augmenté en raison de l’urbanisation, et la demande d’eau pour la consommation humaine est donc en hausse constante. Cependant, les utilisateurs qui vivent loin des eaux d’amont ont en général un accès peu sûr à l’eau, et la qualité de cette dernière est souvent moins bonne. La demande d’eau dans le bassin et à l’échelle du pays provient surtout du secteur agricole.

En ce qui concerne l’offre, les chercheurs étudient l’évolution de la situation dans les glaciers andins, en amont. Ils mesurent les changements dans le bilan de masse des glaciers, et analysent le sol et l’eau pour tâcher de comprendre comment les changements climatiques et d’utilisation des terres toucheront le bassin en aval. Pour évaluer la demande, l’équipe s’appuie sur des données historiques fournies par les services d’eau, qu’elle complète par des enquêtes auprès des ménages.

Après avoir regroupé les données, l’équipe se servira du logiciel WEAP, un outil d’évaluation et de planification des ressources en eau, pour élaborer un modèle hydrologique montrant les effets possibles de divers scénarios d’offre et de demande. Les mesures d’adaptation proposées pour réagir aux changements en cours seront fondées sur ces scénarios.

Envisager l’évolution climatique régionale
Pour s’assurer que les plans élaborés à l’avenir tiennent compte des changements climatiques, l’équipe travaille à ramener à plus petite échelle des modèles de circulation générale généralement acceptés en se servant des données des stations météorologiques locales pour déterminer plus précisément les effets qu’auront, à l’échelle du bassin, les prévisions de températures et de précipitations à l’échelle mondiale. Jusqu’à présent, son analyse semble indiquer que les précipitations diminueront de 10 % à court terme (de 2010 à 2040) et qu’elles pourraient baisser de 30 % dans la pire des éventualités d’ici la fin du siècle. Quant aux températures, elles augmenteront progressivement de 1 °C par rapport à la moyenne historique à court terme, et de 2,5 à 3,5 °C d’ici 2100.
The project's Scenario Building Team exchange ideas at a workshop.
PONTIFICIA UNIVERSIDAD CATÓLICA DE CHILE

Les membres de l’équipe chargée
de l’élaboration de scénarios échangent des idées lors d’un atelier.

Développer l’expertise et sensibiliser les intervenants

Au-delà de la recherche, le projet vise à développer une expertise régionale et à organiser un forum multipartite pour assurer la gestion du bassin à long terme. Étant donné la concurrence croissante pour une ressource menacée, il est essentiel d’inclure divers utilisateurs et les personnes responsables de la protection de l’eau si l’on veut des solutions durables. Une équipe chargée de l’élaboration de scénarios a donc été mise sur pied dans le cadre du projet dans le but de permettre la collaboration entre des représentants des gouvernements, du secteur privé et de la société civile. Ainsi, elle regroupe des représentants de l’administration municipale, de services d’eau, de groupes écologistes ainsi que de divers ministères nationaux qui ont compétence en matière d’environnement et de changements climatiques, d’agriculture, de sécurité publique et de questions urbaines dont le logement.

Le chargé de projet, Sebastian Vicuña, précise qu’il est essentiel que le projet parvienne à sensibiliser les parties prenantes, de même qu’à renforcer les capacités et à créer les structures institutionnelles nécessaires pour que le travail se poursuive.

Définir les mesures d’adaptation possibles
Pour les chercheurs, la prochaine étape consiste à définir les mesures d’adaptation susceptibles de réduire la vulnérabilité. Par exemple, compte tenu des prévisions de hausse des températures et de baisse des précipitations, quelles sont les mesures qui encourageront les ménages, les exploitations agricoles et les industries à modifier ou à réduire leur consommation d’eau ?

Selon Sebastian Vicuña, il y aurait lieu également d’apporter des améliorations dans les parcs publics de Santiago, dont l’irrigation laisse à désirer à l’heure actuelle. Selon lui, ces jardins et d’autres espaces verts qui sont du ressort des municipalités ne sont pas arrosés comme il convient, et des mesures d’adaptation peuvent servir à améliorer la gestion de l’eau dans ce contexte.

La recherche pourrait s’avérer utile hors du bassin du Maipo aussi. L’équipe met à contribution des étudiants d’autres pays latino-américains et diffusera largement ses constatations, notamment par la publication d’articles dans des revues à comité de lecture et la participation à des conférences internationales. Le Centro de Cambio Global est donc appelé à devenir un centre d’excellence régional qui sera en mesure d’aider d’autres zones aux prises avec des problèmes similaires.

Mary O’Neill est rédactrice à Ottawa..

Le projet intitulé Vulnérabilité et adaptation à la variabilité et aux changements climatiques dans le bassin du río Maipo, au centre du Chili s’inscrit dans lInitiative de recherche sur l’adaptation en Amérique latine et dans les Caraïbes (IRA-Amériques), qui bénéficie de l’apport de financement accéléré. du gouvernement du Canada.

 

Page Web du projet (en espagnol)

 
Entrevue avec le chercheur Sebastian Vicuña
Watch a video interview with Sebastian Vicuña