Adaptation aux changements climatiques au Malawi grâce à l’amélioration des sols et de la nutrition

July 23, 2014

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Enfants du Malawi en meilleure santé grâce à l’amélioration des sols et de la nutrition.

PETER BENNETT

Enfants du Malawi en meilleure santé grâce à l’amélioration des sols et de la nutrition.

Maggie Crump

Des recherches en cours au Malawi montrent que les stratégies agroécologiques, en particulier la culture intercalaire de légumineuses, présentent de nombreux avantages dans le contexte des changements climatiques : elles améliorent la santé des sols et la nutrition et accroissent la résilience des systèmes de production.

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, le huitième de la population mondiale souffre de faim chronique, et c’est en Afrique subsaharienne que l’on observe les taux de sous-alimentation les plus élevés. En mars 2014, quelque 1,9 million de personnes vivaient dans l’insécurité alimentaire au Malawi.

Le Malawi est un pays à faible revenu. Ses 13 millions d’habitants sont pour la plupart de petits exploitants agricoles vivant en milieu rural, qui doivent compter sur la production alimentaire de leur ménage pour subvenir à leurs besoins. Le maïs est un aliment de base. Or, une trop grande dépendance à l’égard de ce féculent ne fait qu’accroître l’insécurité alimentaire : cette culture est à la fois très vulnérable aux effets des changements climatiques et tributaire des fortes fluctuations de prix; et bien que le maïs soit riche en calories, une alimentation basée sur cette céréale n’apporte pas toutes les protéines et tous les micronutriments dont le corps a besoin. En conséquence, au Malawi, 46 % des enfants de moins de cinq ans présentent un retard de croissance et 20,5 % souffrent d’insuffisance pondérale.

Les changements climatiques viennent aggraver le problème. Selon le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, les systèmes culturaux fondés sur le maïs comptent parmi les plus durement touchés par les changements climatiques, particulièrement en Afrique australe.

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La recherche : mettre à l’épreuve des méthodes de diversification des cultures
et de fertilisation des sols

Depuis 2001, le programme Écosystèmes et santé humaine du CRDI finance au Malawi des recherches centrées sur les liens entre la fertilité des sols, la sécurité alimentaire, la nutrition et la santé humaine. Un certain nombre d’équipes de recherche agricole ont été créées au fil d’une suite de projets réalisés à Ekwendeni, dans le nord du pays. Ces équipes réunissent des agriculteurs disposant de peu de ressources, qui participent activement à la mise à l’épreuve d’un éventail de démarches agroécologiques telles que la diversification, l’intercalation et la rotation des cultures, l’enfouissement des résidus de récoltes et l’utilisation d’autres matières organiques disponibles, afin d’accroître la fertilité des sols, de stimuler les rendements et d’améliorer l’état nutritionnel des enfants. En 2004, quelque 3000 ménages mettaient à l’essai des techniques de biofertilisation des sols.

Au fil des années et des projets qui se sont succédé, les expériences menées par les agriculteurs ont donné des résultats intéressants. Grâce à la culture intercalaire de légumineuses – des plantes nutritives ayant la propriété de fixer l’azote, comme le pois cajan et le soja –, le rendement du maïs a augmenté la saison suivante. Les légumineuses améliorent la qualité des sols et réduisent la variabilité des rendements, tout en enrichissant l’alimentation des familles par l’apport de protéines et de micronutriments.

Depuis 2009, un partenariat de recherche réunissant l’hôpital d’Ekwendeni, l’Université du Malawi et l’Université Western Ontario, au Canada, fait fond sur ces travaux antérieurs auxquels ont pris part les équipes de recherche agricole. Les membres du partenariat en ont élargi la portée, de manière à tenir compte des difficultés supplémentaires que posent les changements climatiques, et ont étendu la recherche à Kasungu, dans le centre du Malawi. L’équipe examine la façon dont la recherche participative peut guider l’élaboration de stratégies d’adaptation aux changements climatiques, dans un contexte où les agriculteurs locaux ont du mal à subsister et où près d’un adulte sur dix est séropositif.

Les chercheurs se sont donné pour but d’inspirer des politiques visant à accroître la résilience en prenant en compte les sexospécificités; pour y arriver, ils ont recueilli des données sur la façon dont les effets des changements climatiques sont ressentis par les agriculteurs, hommes et femmes, et ont invité ces derniers à tester des stratégies d’adaptation. Afin de comparer l’efficacité des systèmes de culture intercalaire à celle du système basé sur la seule culture du maïs, pour ce qui est de répondre aux besoins nutritionnels des ménages, ils ont appliqué des techniques de modélisation des cultures en utilisant les données historiques sur les précipitations. Ils s’intéressent aussi à la façon dont l’apprentissage entre agriculteurs et le soutien de la collectivité peuvent favoriser la résilience, tout en étant bénéfiques aux personnes atteintes du VIH/sida.

Le résultat : une amélioration des sols, de la santé et de la résilience grâce à la culture intercalaire

Tant la modélisation des cultures que les expériences menées par des agriculteurs portent à croire que les efforts de diversification, de même que l’intercalation de légumineuses, peuvent constituer une importante stratégie de sécurité alimentaire dans le contexte des changements climatiques. Ces pratiques aident les familles à combler une plus grande partie de leurs besoins en protéines et en nutriments et assurent une protection contre les pertes de récoltes attribuables à la sécheresse, aux changements dans le régime pluviométrique et à d’autres effets de la variabilité du climat.

En 2011, ces façons de faire avaient été adoptées par plus de 70 % des agriculteurs des régions à l’étude. En outre, des stratégies de formation pilotées par les collectivités comprenant notamment des journées culinaires, des groupes de discussion et des pièces de théâtre sur des questions sociales, ont contribué à favoriser une meilleure nutrition et à faire connaître des pratiques de puériculture saines. Parallèlement, des échanges entre agriculteurs et des activités d’initiative locale ont aidé à répondre aux besoins des personnes atteintes du VIH/sida et à ceux d’autres groupes marginalisés.

En travaillant ensemble, les agriculteurs et les chercheurs ont acquis des connaissances sur les méthodes agroécologiques et sont devenus plus aptes à s’en servir. À ce jour, quelque 7000 familles ont bénéficié de cet apprentissage. Chez 4000 enfants environ, l’état nutritionnel et la santé se sont nettement améliorés. En moyenne, les enfants des villages participants pèsent un kilo de plus, à leur premier anniversaire, que ceux des autres villages, et cet écart atteint un kilo et demi chez les enfants de trois ans.

En 2013, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation a décrit le projet comme une approche modèle à mettre en oeuvre en vue de répondre aux besoins du Malawi en matière de sécurité alimentaire. Il a affirmé qu’une « révolution brune » s’imposait au Malawi pour réduire la dépendance aux engrais importés et accroître la résilience face à la sécheresse. Tandis que s’achève la dernière phase des travaux, le gouvernement du Canada accorde un soutien financier additionnel pour faire passer les pratiques fructueuses à grande échelle, de sorte que les agriculteurs du Malawi puissent être plus nombreux à en tirer parti.

Résultats obtenus grâce à l’amélioration des sols et de la nutrition

Quelque 7000 familles de petits exploitants agricoles pratiquent la culture intercalaire de légumineuses et d’autres méthodes agroécologiques.

En moyenne, dans les villages participants :

  • les enfants d’un an pèsent un kilo de plus que ceux des autres villages;
  • les enfants de trois ans pèsent un kilo et demi de plus que ceux des autres villages.

Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, a financé le projet Renforcement de la sécurité alimentaire et de la résilience sociale face aux changements climatiques par le truchement de son programme Écosystèmes et santé humaine. Depuis 1996, le CRDI soutient des recherches pluridisciplinaires qui examinent les interactions entre les écosystèmes, les dynamiques sociales et la santé humaine.

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En savoir plus sur les résultats de la démarche de recherche écosanté