Accroître la sécurité alimentaire et lutter contre l'influenza aviaire en Asie

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Transport de poulets vers un marché local au Cambodge.

Écosystèmes et santé humaine
Les chercheurs du Partenariat de recherche sur les maladies infectieuses émergentes en Asie (APEIR) ont confirmé l’importance de l’élevage de volaille dans les arrière-cours pour la sécurité alimentaire du Cambodge, de la Chine, de l’Indonésie, de la Thaïlande et du Vietnam. Ils ont aussi constaté que le travail d’organisation à l’échelon du village peut contribuer à prévenir la propagation de l’influenza aviaire.

Financé depuis 2005 par le programme ÉCOSANTÉ du CRDI, l’APEIR a adopté une approche intégrée de la prévention de l’influenza aviaire et de la lutte contre cette maladie. L’un des projets menés avait pour but de comprendre le rôle que peuvent jouer à ce chapitre les petits éleveurs des cinq pays partenaires.

Mieux connaître l’élevage de volaille dans les arrière-cours

Les chercheurs ont pu observer que l’élevage de volaille à petite échelle est une pratique extrêmement courante dans ces cinq pays. La volaille, les collectivités, l’alimentation et les marchés sont étroitement reliés. En Thaïlande, 90 % des agriculteurs élèvent de la volaille; ce sont, en tout, six millions de ménages qui ont des oiseaux dans leur arrière-cour. Au Vietnam, environ la moitié des ménages élèvent quelque 75 % de la volaille du pays. 

L’élevage de volaille dans les arrière-cours se fait en général selon des méthodes traditionnelles. De petites bandes comptant moins de dix poules de races indigènes gravitent autour des maisons. La volaille se mêle souvent à d’autres animaux domestiques comme les chèvres, les moutons ou les bovins. Les enclos sont rares, et il existe un risque élevé que des agents pathogènes se transmettent d’un animal à l’autre, et des animaux aux humains (dans l’ensemble, la biosécurité n’est guère assurée). 

On relève quand même des variantes d’un pays à l’autre, ainsi qu’à l’intérieur d’un même pays. Certains éleveurs réservent tous leurs animaux à leur propre consommation, alors que d’autres en destinent aussi à la vente ou encore à servir de divertissement ou de cadeau. Le type de clôtures et de nourriture varie, tout comme le type d’animaux que l’on garde avec la volaille. Ces différences peuvent dépendre des moyens financiers dont on dispose, des traditions et de la géographie, et il est important de les connaître afin de prévenir les maladies.

Une source importante de nourriture

Les chercheurs ont constaté que, dans la plupart de ces pays, les familles élèvent de la volaille surtout pour leur propre usage. Vu le grand nombre de familles en cause, l’élevage de volaille dans les arrière-cours est une source capitale de nourriture. En outre, au moins une partie des animaux est vendue au Vietnam, au Cambodge, en Indonésie et en certains endroits en Chine. En Thaïlande, la volaille est destinée principalement à la consommation de la famille ou à être offerte en cadeau.

Les agriculteurs peuvent vendre à un prix élevé la volaille d'arrière-cour : les consommateurs préfèrent les variétés locales, et il y a souvent pénurie d’oiseaux élevés selon les méthodes traditionnelles. Les ménages pauvres dépendent davantage de la volaille comme source de revenu, l’importance relative des animaux à ce titre variant d’un endroit à l’autre.

Backyard poultry farming in VietnamRépondre aux besoins des petits éleveurs 

Les équipes des cinq pays se sont employées à améliorer la production par les moyens qui convenaient le mieux à leur collectivité et qui contribuaient le plus à réduire les risques d’influenza aviaire. Grâce à la connaissance approfondie, nouvellement acquise, des réalités vécues par les personnes qui pratiquent l’élevage de volaille dans leur arrière-cour, on a pu déterminer plus facilement les interventions appropriées.

  • Dans le cadre d’un concours de rédaction organisé dans les écoles, les chercheurs thaïlandais ont encouragé des élèves à se servir de l’art pour montrer leur connaissance de l’influenza aviaire.
  • Au Vietnam, des séances de formation, des assemblées de village et des activités scolaires ont permis d’établir le contact avec des gens qui participaient pour la première fois à des programmes de prévention de l’influenza aviaire. 
  • Les chercheurs chinois ont créé des mécanismes de surveillance et d’intervention à l’échelon communautaire. Ils ont stimulé la collaboration entre les éleveurs de volaille, le personnel chargé de la prévention des pandémies dans les villages, la fédération des femmes et les autorités provinciales. 
  • En Indonésie, la recherche a favorisé les communications entre les chefs des villages et les agents de la santé animale. Vingt-cinq de ces agents, en provenance de dix villages, ont participé à un atelier de formation des formateurs en écosanté.
  • Au Cambodge, villageois, agriculteurs et commerçants peuvent maintenant faire l’achat et la vente de volaille à des endroits désignés, avec l’aide d’un agent de la santé animale du village. Les commerçants vont habituellement de maison en maison, transportant les oiseaux sur leur moto. En créant des points de vente, on a réduit les déplacements, tant à l’intérieur des villages que d’un village à l’autre, de motos et de poulets susceptibles d’être infectés. Les agriculteurs ont constaté en outre que le fait de disposer d’un point de vente désigné augmentait leur pouvoir de négociation, parce qu’ils avaient ainsi plus d’information sur le marché.
Les chercheurs des cinq pays ont observé que les hommes et les femmes n’ont pas la même connaissance de l’influenza aviaire et qu’ils élèvent la volaille différemment. Ce sont d’ordinaire les femmes qui élèvent la volaille dans les arrière-cours, mais ces dernières sont souvent tenues à l’écart des séances de formation, peut-être en raison de leur bas niveau d'instruction, du manque de temps ou du fait que les vétérinaires et les fonctionnaires sont surtout des hommes, voire de tous ces facteurs à la fois. Pour remédier à cela, les différentes équipes se sont efforcées de réunir les femmes pour leur enseigner des techniques de production hygiéniques.

Les petits éleveurs peuvent réduire les risques d’influenza aviaire

Dans la foulée des travaux de recherche, la plupart des petits éleveurs participant au projet ont construit un enclos pour leurs oiseaux de basse-cour à l’écart des aires d’habitation. L’hygiène s’est améliorée, une plus grande partie de la volaille a été vaccinée, et il s’est vendu moins d’animaux malades. Les résultats ont confirmé que le travail d’organisation effectué à l’échelon du village pour venir en aide aux éleveurs de volaille est d’une importance cruciale afin d’assurer à long terme la prévention de l’influenza aviaire. En soutenant les éleveurs, on préserve aussi les sources de nourriture et les moyens de subsistance locaux. Néanmoins

, l’exiguïté des arrière-cours, le manque d’argent et la nécessité de protéger les animaux empêchent bon nombre d’entre eux d’améliorer leurs pratiques en matière d’élevage de volaille. En travaillant de concert, les agriculteurs et les autorités locales peuvent choisir les méthodes de prévention de l’influenza aviaire les plus appropriées, les plus faciles d’application et, au bout du compte, les plus acceptables pour leur collectivité.

Des équipes diversifiées

Ce projet multinational et interdisciplinaire a réuni des vétérinaires, des spécialistes de la santé publique, des agronomes et des spécialistes des sciences sociales possédant une expertise du développement rural et de la participation communautaire. Ont pris part au projet

  • l’Université d’Ubon Ratchathani et le Sirindhorn College of Public Health, en Thaïlande,
  • le Centre for Livestock and Agriculture Development (CelAgrid), au Cambodge,
  • l’Institut national des sciences animales, au Vietnam,
  • la Nanjing Agricultural University, en Chine,
  • l’Indonesian Research Institute for Veterinary Science.
Prendre connaissance des nouvelles les plus récentes sur le site Web de l'APEIR ou écouter une brève présentation audio que l’équipe de la Thaïlande a produite

Photo de droite : Cuong et coll.
Il y a amélioration de la biosécurité au Vietnam lorsque les travailleurs portent un masque protecteur et que les poulets sont séparés.