Accès aux prix sur petit écran en vue de transformer les marchés maraîchers du Sri Lanka

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Angela Pereira
Au plus grand marché maraîcher du Sri Lanka, celui de Dambulla, un écran géant qui domine les 12 acres d’étals débordant de fruits et de légumes frais permet aux vendeurs de se tenir au fait du prix courant des produits agricoles.
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Pour en savoir plus sur la vie et les travaux de recherche de Harsha de Silva, éminent économiste d’Asie du Sud et figure bien connue de la télévision sri-lankaise

LIRNEasia.net

Cette information aide les vendeurs qui tiennent les 144 stands du marché à négocier des prix équitables, explique Harsha de Silva, économiste en chef à LIRNEasia, un organisme sans but lucratif partenaire du CRDI qui a pour objectif de mettre à contribution les technologies de l’information et de la communication (TIC) en vue d’améliorer la vie des populations d’Asie. Cet accès à l’information donne aux vendeurs un plus grand pouvoir de négociation, souligne-t-il. En outre, cette information est essentielle à l’efficacité des marchés maraîchers, car elle permet à ces agriculteurs de réduire leurs coûts.

En règle générale, les études menées dans les pays en développement portent sur les moyens d’aider les agriculteurs à obtenir l’information dont ils ont besoin à la fin du cycle de production – tout comme l’écran affichant les prix au marché de Dambulla, poursuit l’économiste. Toute l’attention est portée à la vente; le prix a évidemment son importance, mais il est d’avis que l’information aux étapes précédant la vente importe elle aussi. Il fait valoir que si davantage d’information parvenait aux agriculteurs avant les semences, ils pourraient décider qu’une culture est plus rentable qu’une autre. Or, si de l’information prévisionnelle sur les prix de ce genre est facilement accessible sur Internet dans les pays développés, elle n’est pas à la portée des agriculteurs des régions rurales des pays en développement, précise-t-il. 

La diffusion de l’information au moyen des TIC
 

Il y a cinq ans, Harsha de Silva a résolu d’explorer l’accessibilité de l’information à toutes les étapes du cycle de production afin de déterminer dans quelle mesure les TIC permettraient de communiquer l’information aux agriculteurs rapidement, efficacement et à peu de frais. Ce projet est devenu est devenu sa marotte et il fait désormais partie du programme de recherche de LIRNEasia – dont le CRDI est un des principaux bailleurs de fonds.

L’étude menée par l’économiste et ses collègues, à laquelle ont participé 314 petits agriculteurs vendant leurs produits au marché de Dambulla, analyse les coûts à chaque étape de la chaîne de valeur : choix des cultures, semences, croissance, récolte et enfin, vente.

Les constatations sont étonnantes, confie le chercheur : 70 % des coûts des agriculteurs sont liés à la collecte d’information. Qui plus est, 25 % de ces coûts de collecte d’information sont engagés au moment du choix des cultures.

Laurent Elder, le chef du programme Pan Asie du CRDI qui appuie ce projet, est d’avis que contrairement aux études antérieures, cette étude est parvenue à fournir des données quantitatives claires sur la manière dont les TIC peuvent effectivement améliorer la vie des agriculteurs de même que la productivité et les marchés en général.

 

Prolongement pratique

 
Même si l’étude révèle que l’information peut réduire les coûts des agriculteurs et que les TIC devraient être mises à contribution tant à l’étape des semences qu’à celle de la vente, une question reste entière : comment faire en sorte que les agriculteurs reçoivent l’information au moment où ils en ont besoin ?

La recherche a été traditionnellement centrée sur les moyens de transmettre de l’information aux agriculteurs par Internet, alors que la téléphonie mobile est beaucoup plus accessible dans les pays en développement, souligne Harsha de Silva. Ainsi, l’économiste se demande si, au Sri Lanka, il n’y aurait pas lieu de se servir des téléphones mobiles pour diffuser l’information, car ces téléphones sont vraisemblablement l’un des seuls biens que possèdent les agriculteurs du pays, qui sont pauvres.

Par contre, la tâche pourrait se révéler difficile, car l’étude révèle aussi que bon nombre d’agriculteurs n’hésitent pas à se déplacer pour trouver de l’information – une décision qui exige temps et argent – même s’ils ont accès à un téléphone. Si M. de Silva trouve cette constatation effarante, il fait observer que cela a à voir avec le fait que les gens ne veulent ou ne peuvent faire confiance à l’information diffusée par téléphone.

Vaincre cette méfiance et améliorer l’accessibilité sont deux aspects fondamentaux de toute stratégie efficace, affirme Harsha de Silva. LIRNEasia est actuellement en pourparlers avec des banques et des compagnies de téléphonie mobile du Sri Lanka en vue d’établir une infrastructure mobile qui permettra de procurer aux agriculteurs de l’information prévisionnelle sur les prix.

 
Des gains accrus pour les agriculteurs
 
D’après Harsha de Silva, les moyens mis en place pour réduire les coûts des agriculteurs auront aussi pour effet d’accroître leurs gains et d’améliorer leur niveau de vie. Selon lui, la triste réalité, c’est que la nourriture est si chère de nos jours qu’il est souvent difficile pour bien des gens de faire trois repas par jour. Le but poursuivi est donc d’augmenter tant le bien-être des consommateurs que celui des producteurs, affirme-t-il.