ABRÉGÉ / La santé – une approche écosystémique

Division des communications, CRDI
L'enjeu

L'approche ÉcoSanté, c'est avant tout considérer la place de l'humain dans son environnement. C'est reconnaître qu'il y a des liens inextricables entre les humains et leurs environnements biophysique, social et économique et que ces liens se répercutent sur la santé des individus.

Les méthodes traditionnelles de contrôle ont à bien des égards échoué à améliorer les conditions sanitaires, la santé et le bien-être d'une grande partie de la population des pays du Sud. Ces échecs interpellent les scientifiques, les gouvernements, les organisations internationales et les donateurs. Il faut réviser les programmes et les politiques et aller au-delà des pratiques conventionnelles en santé. Pour commencer, il faut examiner les écosystèmes par-delà leurs caractéristiques biophysiques.

L'économie, l'environnement et les besoins de la communauté agissent tous sur la santé d'un écosystème. Mettre l'accent exclusif sur l'un d'entre eux au détriment des autres compromet sa durabilité. L'approche ÉcoSanté s'inscrit donc dans une démarche de développement durable. Elle favorise des actions positives sur l'environnement qui augmentent le bien-être et améliorent la santé des communautés.

Les sociétés et leurs dirigeants se trouvent devant les enjeux suivant : recourir à des moyens simples, rapides et parfois dispendieux pour faire face à des problèmes complexes mais qui ont conduit bien souvent à des échecs ou investir dans l'efficacité socio-économique à long terme du développement durable.

Les études de cas

  • Les mines à Goa, en Inde

  • L'État de Goa, en Inde, est le lieu d'une exploitation minière intensive depuis plus de 35 ans. L'économie locale se porte donc bien grâce aux emplois créés et aux services disponibles. Il n'en demeure pas moins que des collines ont été aplanies et des forêts rasées. Les populations se plaignent d'un air saturé de poussière, de puits asséchés et de pluies qui drainent les débris miniers dans les cours d'eau et les champs.

    Une évaluation menée auprès des habitants de 57 villages, des compagnies minières et des représentants gouvernementaux a identifié des préoccupations communes : des compensations insuffisantes pour les terres, la dégradation de l'air, de l'eau, des terres, et des forêts; des problèmes de santé comme la diarrhée, la jaunisse, la malaria, la grippe et la toux; la fermeture éventuelle des mines et l'insuffisance des investissements dans les secteurs des loisirs, de l'éducation et de la santé.

    À partir de cette liste de revendications, l'équipe du Tata Energy Research Institute a déterminé des indices de bien-être et de la qualité de vie, validés et acceptés par tous. Avec l'appui du CRDI, on a déterminé les indicateurs de performance environnementale et sociale qui, pour la première fois, mesurent les coûts économiques, environnementaux et sociaux de l'exploitation minière. On a aussi élaboré des critères de revenu optimal pour assurer la viabilité économique à long terme de l'activité minière. On peut déjà affirmer que la contribution des mines sera positive seulement si on consacre une partie des revenus à réduire leurs coûts environnementaux et sociaux pour les générations futures.

  • En Amazonie, on collabore avec les communautés pour trouver des solutions adaptées

  • En Amazonie, une équipe de recherche utilisant l'approche écosystémique a pu identifier la source de la contamination au mercure dont souffrait la population. Contrairement aux hypothèses de départ, ce n'était pas uniquement les procédés de transformation de l'or qui étaient responsables de la présence du mercure dans l'environnement mais en grande partie le déboisement croissant de la forêt amazonienne qui exposait le mercure contenu naturellement dans les sols. Ce mercure ruisselait vers les cours d'eau et contaminait ainsi la principale source d'alimentation des populations : les poissons.

    La communauté a pu identifier des techniques simples de contrôle dont la réduction de la consommation de poissons prédateurs. Encore une fois, c'est par la participation active des principaux intéressés et par des échanges soutenus entre des chercheurs de plusieurs disciplines, de la communauté et des décideurs que des solutions viables ont pu être trouvées. De même, de nouvelles pratiques agricoles plus durables ont été envisagées pour agir à la source du problème, le véritable défi à relever.

Les recommandations

L'utilisation de l'approche Écosanté a donné lieu à une certain nombre d'observations et de recommandations utiles aux décideurs qu'il soient à l'œuvre aux niveaux national, régional ou municipal. En voici quelques-unes...

1. L'approche écosystémique demande patience et persévérance mais ses résultats sont habituellement mis en œuvre de manière plus spontanée et naturelle puisque la définition du problème et l'identification des solutions a engagé directement la communauté, les décideurs et les scientifiques.

2. L'approche écosystémique de la santé humaine offre aux décideurs municipaux, régionaux et nationaux, aux prises avec des situations où l'environnement affecte la santé des populations, une démarche immédiatement applicable qui évolue vers la définition de solutions viables à long terme.

3. Les décideurs ont besoin de solutions pratiques, adéquates, si possible, peu coûteuses et viables. Or, la recherche de telles solutions s'inscrit au cœur même de la méthodologie.

4. Pour les responsables politiques, l'approche écosystémique de la santé humaine représente des avantages intéressants et riches de potentiel. Elle permet, autour d'un noyau scientifique, de faire travailler ensemble différents ministères et des groupes aux intérêts divergents et parfois opposés.

5. Les projets ÉcoSanté démarrent habituellement par une alliance entre scientifiques et membres de la communauté. L'alliance se trouve grandement renforcée lorsque les décideurs acceptent de participer. Aux autorités de comprendre que la participation de leurs fonctionnaires est requise. Elles doivent accepter que leur personnel travaille dans un nouveau cadre, marqué par la transdisciplinarité, la participation et l'équité sociale. En pratique, l'initiative peut venir de n'importe quel partenaire. Des autorités nationales ont déjà démarré des projets, comme au Mexique.

6. Le décideur obtient une solution globale qui tient compte des différents acteurs, aussi bien ceux sur lesquels il a en principe autorité (les fonctionnaires) et ceux sur lesquels il n'en a pas directement (les groupes citoyens).

7. Les décideurs obtiennent donc une palette de solutions pratiques dans le domaine prioritaire des familles et des individus, leur santé. Ces solutions ne tiennent pas uniquement à des changements de comportement. Les investissements éventuels en infrastructure et nouveaux services se feront aussi aux bons endroits là où les gens voient immédiatement des résultats. Le délai relativement court entre le début de la démarche et les premiers résultats visibles facilite la mise en place d'interventions à plus long terme.