Aborder les politiques de santé en Inde dans une perspective sexospécifique

10 juin 2016
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In rural Karnataka, a mother and newborn child are confined to a dark and poorly ventilated room. Research and advocacy efforts are helping to support new mothers while building awareness on maternal rights and safety

INDIAN INSTITUTE OF MANAGEMENT BANGALORE

Dans un village rural du Karnataka, une mère et son nouveau-né sont isolés dans une pièce sombre et mal aérée. Les activités de recherche et de plaidoyer contribuent à soutenir les nouvelles mères tout en sensibilisant la population aux droits.

Dans l’État du Karnataka, en Inde, filles et femmes se heurtent à de nombreux obstacles du fait de leur statut social peu élevé; la pauvreté et l’appartenance à une basse caste accentuent ces obstacles. Des chercheurs de l’Indian Institute of Management Bangalore s’intéressent à l’incidence que les rapports de pouvoir au sein des ménages et des collectivités ont sur la santé des femmes. Selon Gita Sen, directrice de recherche, l’étude des normes sociales doit nécessairement s’inscrire dans un cadre sexospécifique.

« Pourquoi une femme souffrant d’une infection pelvienne chronique ou de graves douleurs au dos ne consulte-t-elle jamais un médecin ? Parce qu’on l’a amenée à croire que c’est la norme ? Ou parce que lorsqu’elle décide enfin de le faire, son médecin la traite si mal qu’elle ne retourne plus jamais le voir ? L’analyse sexospécifique permet de lever le voile sur ces dynamiques. » [traduction]

Le projet fait fond sur différentes études des causes de la morbidité maternelle et de la mortalité maternelle, dont font partie les privations et abus répétés, souvent tenus secrets. Par exemple, une vérification d’autopsies verbales – entretiens réalisés après un décès – laisse supposer que les oublis volontaires et la partialité dissimulent peut-être les causes véritables des décès des femmes. Bien qu’au Karnataka, près des deux tiers des femmes enceintes souffrent d’anémie en raison de la malnutrition, ce trouble de santé, qui est pourtant susceptible d’accroître les risques liés à la grossesse, n’est pas inscrit au dossier des patientes. Et puisqu’en règle générale, les autopsies verbales sont réalisées par un seul médecin – celui de la patiente décédée, habituellement – les erreurs commises par les travailleurs de la santé et l’omission d’intervenir en présence de situations urgentes sont rarement déclarées.

Dans ces conditions, l’équipe de recherche doit remonter aux données sur les décès des mères pour déterminer la prévalence de la violence et ses répercussions. De plus, compte tenu des taux importants de sous-alimentation, de grossesse chez les adolescentes, d’anémie et de violence conjugale enregistrés dans la région, ils mènent des travaux de recherche-action dans 15 villages afin de mettre à l’essai des interventions conçues pour aider les travailleurs de la santé à s’attaquer plus promptement à ces facteurs de risque potentiels.

Pour s’assurer que les données probantes qu’ils recueillent éclairent les politiques et pratiques en matière de santé, les chercheurs collaborent avec des représentants de l’État à l’amélioration des services de santé maternelle. Ils mettent sur pied des groupes de soutien dans les villages et des activités de plaidoyer pour une maternité sans risques dans les districts, et contribuent à sensibiliser la population aux droits et à la sécurité des mères. Les enseignements tirés de ces interventions sont communiqués à l’échelle des collectivités, de l’État, du pays et même à l’échelle mondiale par l’entremise de plateformes existantes, dont le Fostering Knowledge-Implementation Links Project. Créée à la demande du gouvernement de l’État du Karnataka, celle-ci vise à renforcer l’assise de données probantes en santé publique.

En savoir plus au sujet des travaux de recherche que le CRDI subventionne en ce qui concerne la santé maternelle

Pourquoi une femme souffrant d’une infection pelvienne chronique ou de graves douleurs au dos ne consulte-t-elle jamais un médecin ? Parce qu’on l’a amenée à croire que c’est la norme ? [traduction]

– Gita Sen, professeure de politiques publiques, Indian Institute of Management Bangalore

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