Ankur Paliwal

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Journaliste à la pige et cofondateur du projet Land Conflicts Watch, New Delhi, Inde

Depuis quand vous intéressez-vous au journalisme scientifique?

Lorsque j’étais à l’école secondaire, j’aimais lire sur les sciences de la vie et mener des expériences en laboratoire. Cela m’a amené à suivre des études de premier cycle en zoologie. La génétique, l’écologie et la biodiversité me fascinaient tellement que j’ai décidé d’écrire des articles sur ces sujets, et j’ai commencé à travailler pour un journal tout de suite après mes études universitaires à la fin de 2008. J’écrivais des articles sur l’environnement et la santé, mais j’ai rapidement eu l’impression que la plupart des publications, y compris celle pour laquelle je travaillais, s’intéressaient surtout aux aspects de l’histoire touchant à la politique ou aux politiques, mais s’attardaient rarement à expliquer les éléments vraiment scientifiques. De plus, j’ai réalisé qu’il y avait un énorme fossé entre le milieu scientifique et la société en général en Inde, et que la plupart des médias n’arrivaient pas à combler ce fossé. Le problème était aussi attribuable au manque de journalistes scientifiques.

J’ai donc décidé de combler le fossé et de suivre des études en journalisme scientifique à la Graduate School of Journalism de l’Université Columbia, à New York. J’ai passé une année à apprendre les subtilités du journalisme scientifique à cette école, et une autre année à travailler pour une revue scientifique à New York. L’an dernier, je suis retourné en Inde pour aider à positionner le journalisme scientifique dans ce pays.

Lequel de vos articles a eu le plus d’impact?

En 2011, j’ai enquêté sur les pratiques des multinationales pharmaceutiques qui recrutent de façon abusive des personnes analphabètes et pauvres, surtout celles vivant dans des bidonvilles, pour mener des essais cliniques en Inde. Cette histoire a beaucoup retenu l’attention du gouvernement indien, des médias internationaux, des militants pour la santé, et des universitaires. Les militants pour la santé ont utilisé l’histoire en tant que document justificatif dans le cadre d’une requête d’intérêt public qu’ils ont déposée auprès de la Cour suprême de l’Inde, laquelle demandait des règles plus strictes concernant les essais cliniques en Inde. Ces derniers sont maintenant plus réglementés.

Quel est le principal défi du journalisme scientifique?

En Inde, les scientifiques, les institutions scientifiques et les médias travaillent en vase clos. Ils font peu d’efforts pour communiquer entre eux. Bon nombre d’institutions scientifiques n’ont aucune cellule de communication avec les médias. De la même manière, la plupart des entreprises médiatiques n’emploient aucun journaliste scientifique qualifié et spécialisé. En conséquence, le grand public ne connaît pas les découvertes et les créations des scientifiques, et les répercussions qu’elles peuvent avoir sur nos vies. Les journalistes scientifiques doivent éliminer ces vases clos.

Un autre défi lié au journalisme scientifique, en Inde du moins, concerne le fait qu’il joue rarement un rôle de surveillance des institutions scientifiques dans le but de signaler les fraudes scientifiques, la corruption et d’autres pratiques non conformes à l’éthique. Enfin, le plagiat scientifique est un énorme problème en Inde.

Quel est l’avenir du journalisme, et plus particulièrement du journalisme scientifique?

La liberté de presse est menacée et les fausses nouvelles sont devenues un véritable défi dans bon nombre de pays. De plus, les commentaires polarisés et chargés d’émotion inondent les articles sur les médias sociaux. Il devient difficile pour les gens de distinguer la vérité du mensonge. Dans le monde entier, les entreprises médiatiques devront se réinventer pour relever ces défis. Malgré tout, le journalisme doit continuer de tenir les dirigeants responsables de leurs actes. Le journalisme scientifique, en particulier, doit devenir plus pertinent en démontrant les liens clairs entre la science et la société.

Que vous réserve l’avenir?

Je veux jouer un rôle de premier plan dans la définition du journalisme scientifique en Asie du Sud. En outre, je suis impatiente de rédiger des articles scientifiques plus éclairants, plus détaillés et plus convaincants. Je tenterai aussi de participer à des ateliers et à des conférences au cours desquels je pourrai en apprendre davantage sur les plus récentes avancées scientifiques, et discuter avec des journalistes scientifiques d’autres pays. J’aimerais également créer un réseau de journalistes scientifiques en Asie du Sud afin que nous puissions nous entraider.