ID : 85037
Ajouté le : 2005-07-18 13:34
Mis à jour le : 2005-07-18 13:35
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| Chapitre 3 - La gestion concertée et durable des filières maraîchères urbaines |

Document(s) 5 de 7
Paule Moustier, Michel Moumbélé, Joël Huat
Dans le chapitre précédent, nous avons vu que, pour pérenniser les activités agricoles en ville, il est indispensable de les prendre en compte dans les politiques de développement urbain. En effet, le maintien de l’agriculture en ville ne s’inscrit pas « naturellement » dans les objectifs prioritaires des gestionnaires de la ville, qui visent plutôt le développement de l’habitat, objectif défavorable au maintien de l’agriculture dans l’espace urbain. C’est en faisant prévaloir les diverses fonctions de l’agriculture urbaine et sa contribution à des objectifs politiques — emploi et création de revenus, alimentation, coupures vertes et gestion des déchets —, que les gestionnaires politiques peuvent être amenés à protéger l’agriculture de la ville de sa substitution par le bâti ou, au moins, à accompagner ses déplacements par des mesures financières et réglementaires. Ainsi, les rapports de l’agriculture à la ville doivent être considérés à la fois en termes de fonctions productives ou matérielles (production d’aliments et de revenus) et dans leurs fonctions non productives, de gestion de l’environnement et du cadre de vie. Dans les chapitres 3 et 4, nous prendrons surtout en compte les fonctions productives des deux sous-secteurs les plus représentés dans l’agriculture urbaine : le maraîchage et l’élevage. Une analyse centrée sur les fonctions productives nous permet de mieux apprécier la contribution de ces secteurs aux objectifs sociaux et économiques précédemment cités (alimentation, emploi) et de proposer des moyens d’amélioration de cette contribution. Par ailleurs, même lorsque les gestionnaires de la ville sont plus intéressés par les fonctions liées à l’environnement que par les fonctions socio-économiques de l’agriculture en ville, l’agriculture pour se maintenir doit faire la preuve de sa viabilité technique et économique, du moins lorsqu’elle est menée à des fins lucratives, comme c’est généralement le cas pour le maraîchage. Or cette viabilité est à la fois favorisée par un champ d’opportunités et menacée par un jeu de contraintes liées à la localisation en milieu urbain. Pourquoi le maraîchage?Dans les études menées en Afrique, le maraîchage apparaît comme la principale activité de l’agriculture urbaine. Cette situation tient à plusieurs facteurs : – la proximité de la ville, qui entraîne une spécialisation des systèmes de production dans les cultures à haute valeur ajoutée ou périssables (voir le chapitre 1) ; – les exigences variables en capital et en expertise de ces productions, qui les rendent accessibles à des populations aux ressources diverses — ces exigences sont faibles pour les légumes-feuilles, qui peuvent être cultivés près des maisons avec des ressources exclusivement locales, elles sont plus élevées pour des systèmes intensifiés à base de variétés importées ; – les cycles courts des cultures maraîchères, moins de trois mois, qui sont adaptés au caractère précaire des activités en milieu urbain et au manque de ressources financières de certaines populations urbaines ; – l’adéquation des légumes à l’alimentation en milieu urbain, où ils permettent de diversifier les régimes alimentaires ; – les faibles exigences en capital de départ du commerce de légumes frais. Ainsi, les cultures maraîchères apparaissent comme typiques du milieu urbain, en termes de production, de commercialisation et de consommation. Elles ont un fort impact sur l’emploi et l’alimentation en ville, en particulier pour les populations aux possibilités d’emploi limitées (femmes peu qualifiées, migrants), comme nous le verrons dans la partie sur les systèmes de production. Quelques chiffres illustrent l’enjeu du développement du maraîchage en zone urbaine (Moustier, 1996). A Lusaka, près de 45 % des 648 ménages interrogés en 1992-1993 cultivaient des jardins (Drescher, 1994). Dans deux quartiers de Harare, les quatre cinquièmes des ménages interrogés tiraient une partie de leur alimentation de leur jardin (Drakakis-Smith, 1991). Dans les études de cas du Cirad, menées entre 1990 et 1995 dans quatre villes d’Afrique, le pourcentage de ménages impliqués dans la production de légumes variait de 10 % à Garoua à 50 % à Antananarivo (Moustier et David, 1997). Pour l’approvisionnement marchand, la part des jardins situés en ville et dans sa périphérie proche dans l’approvisionnement en légumes-feuilles était, pendant la même période, de 80 % pour Brazzaville, de 100 % pour Bangui et de 90 % pour Bissau et Antananarivo. Le reste de l’approvisionnement était assuré par train ou par camion à partir de zones plus éloignées (Moustier et David, 1997). L’importance relative des flux de l’agriculture urbaine et de l’agriculture rurale diffère selon les saisons. C’est un aspect fondamental qui doit être pris en compte pour assurer l’approvisionnement régulier des consommateurs enjouant sur les complémentarités entre ces deux types d’agriculture (Moustier, 1996). A Bangui, comme à Bissau, la part des champs villageois dans l’approvisionnement en tomate passe de 40 % à 50 % entre la saison sèche et la saison des pluies (David, 1992 ; David et Moustier, 1993). L’accès à des terrains non inondables est plus aisé en milieu rural, d’où une possibilité de relais en saison des pluies. Pour Nouakchott, Margiotta (1997) indique également une complémentarité saisonnière entre agriculture urbaine et agriculture rurale, avec des flux en provenance du milieu rural qui restent beaucoup plus importants que ceux de l’agriculture urbaine (20 000 tonnes et 6 000 tonnes respectivement), mais une période d’approvisionnement plus longue pour l’agriculture urbaine que pour l’agriculture rurale (9 mois sur 12 au lieu de 3 mois sur 12). Ces études montrent en outre que les activités de maraîchage permettent d’y nourrir une famille toute l’année (mais seulement 4 mois à Bissau). Pourquoi une approche par filière?Nous commencerons par caractériser la demande en produits maraîchers et les filières de commercialisation. En effet, ces paramètres aval sont déterminants dans les choix des producteurs et dans leurs marges de manœuvre, en termes de produits cultivés, de niveau d’intensification et de motivation pour des pratiques moins polluantes. Les choix des producteurs s’expliquent également par des contraintes liées à l’environnement physique et par la diversité des motivations sociales et économiques des producteurs, qui seront analysées dans un deuxième temps. Historiquement, le maraîchage s’est d’ailleurs développé avec l’évolution des besoins de consommation du milieu urbain, à la fois des populations locales et migrantes. Il est essentiel de comprendre les dynamiques de consommation et de marché pour appréhender les tendances d’avenir du maraîchage urbain, même si d’autres variables doivent être prises en compte (voir le chapitre 1). La capacité à développer les avantages comparatifs liés à la proximité des consommateurs urbains est un facteur décisif de la viabilité des exploitations périurbaines, même dans les pays développés, comme le montrent les expériences de cueillette à la ferme. Inversement, la méfiance des consommateurs vis-à-vis de la qualité sanitaire des productions urbaines peut être un facteur de rejet de l’agriculture loin de la ville (voir le chapitre 2). Même les productions périurbaines, proches des marchés de consommation, font l’objet de critiques quant à leurs systèmes de commercialisation (inorganisés, inefficaces, spéculatifs), qui seraient à l’origine d’une faible rémunération des producteurs, de leur manque de motivation, voire du recours aux importations. Mais ces suppositions sont rarement étayées d’analysesrigoureuses sur la distribution des revenus, les facteurs de compétitivité entre productions locales et importations et les formes d’organisation endogènes. Mis à part le cas des femmes cultivatrices des champs vivriers où sont produits des légumes indigènes comme le gombo ou, à l’autre extrême, celui des entrepreneurs capitalistes pluriactifs, qui combinent tout un portefeuille d’activités agricoles (maraîchage, élevage, pisciculture, arboriculture), le maraîchage commercial est typiquement le fait de citadins peu qualifiés, qui en tirent l’essentiel de leurs revenus, même s’ils peuvent les compléter par d’autres sources (activité du conjoint, petit commerce, etc.). Cette relative spécialisation correspond à la sélection de productions qui offrent des avantages comparatifs par rapport à celles des zones rurales, mais aussi au savoir-faire technique que requiert le maraîchage. La fonction d’approvisionnement des villes ainsi que la relative spécialisation des acteurs justifient une approche par filière, qui devra toutefois prendre en compte des aspects plus transversaux dans la gestion des exploitations et de l’environnement. En effet, le maraîchage peut compléter d’autres spéculations dans l’exploitation ou d’autres activités dans le ménage. La diversification agricole et extra-agricole, par exemple l’association cultures vivrièresmaraîchage, maraîchage-élevage ou maraîchage-arboriculture, peut correspondre à des stratégies antirisque ou à des complémentarités en termes de fertilité (déchets animaux pour les jardins), de calendrier de travail (vivrier et maraîchage) ou de trésorerie (maraîchage en attendant la croissance du verger). De même, pour le marché, la vente de légumes peut être associée à celle d’autres produits alimentaires comme les fruits et les condiments. Les spécificités des filières maraîchères en zone urbaineLe tableau 6 présente les atouts et les contraintes déterminées par le voisinage de la ville aux stades de la production et de la mise en marché. Ces contraintes et ces atouts confèrent aux cultures maraîchères en zone urbaine des caractéristiques qui les différencient de celles des zones éloignées des villes. Les légumes les plus périssables, comme les légumes-feuilles, sont majoritairement fournis par les zones les plus proches des villes, à la différence des légumes secs comme l’oignon ou le haricot. Les systèmes de production urbains ont une forte valeur ajoutée à l’hectare et sont intensifiés (par rapport à l’eau et aux intrants). On y observe une forte différenciation en fonction de la taille des parcelles, du niveau d’intrants, du type de légumes et des sources de revenus extra-agricoles. Les producteurs spécialisés sont motivés par des revenus réguliers et cumulent les fonctions de production et de commerce. Tableau 6. Atouts et contraintes du voisinage urbain, d’après Moustier et David (1997). 
Les caractéristiques du milieu urbain posent de manière prégnante la question de la durabilité économique et écologique des systèmes maraîchers. Pour améliorer cette durabilité, il est nécessaire de s’interroger sur la diffusion de systèmes techniques reproductibles sur le plan économique et écologique (reproduction de la fertilité, gestion de la pression phytosanitaire, limitation des prélèvements en eau). Les formes de coordination et de concertation entre acteurs (producteurs, commerçants, fournisseurs d’intrants et de services, gestionnaires de la ville) peuvent également contribuer à limiter les risques pour la production et le marché. Dans ce chapitre, des méthodes de caractérisation de la consommation et de la commercialisation seront tout d’abord présentées, ainsi que les moyens d’améliorer le fonctionnement des filières. Le diagnostic des contraintes et les voies d’amélioration des systèmes de production feront l’objet d’une dernière partie dans un objectif de meilleur approvisionnement du marché et de plus grande durabilité écologique de l’agriculture urbaine. La caractérisation des filièresNous donnons ici des éléments de diagnostic de l’approvisionnement des consommateurs urbains en produits maraîchers (voir aussi Leplaideur, 1991 ; Moustier, 1995a, 1995b, 1999 ; Ofouémé-Berton, 1996 ; Moustier et al., 1997 ; Moumbélé et Torreilles, 1997 ; Moustier et Seck, 1999). L’efficacité de l’approvisionnement est considérée à partir de la satisfaction des consommateurs en termes de disponibilité, qualité et prix des produits.Ces résultats sont analysés en relation avec les stratégies et organisations identifiées dans les filières. Nous présentons d’abord des éléments méthodologiques sur le diagnostic de la consommation et des systèmes d’approvisionnement puis nous détaillons le fonctionnement et les résultats de l’observatoire économique des filières maraîchères à Brazzaville15. Le diagnostic de la consommationLe diagnostic de la consommation permet de préciser la place des légumes dans les pratiques de consommation et les déterminants des choix des consommateurs. Ces deux volets doivent s’appuyer sur des éléments de typologie des ménages et des produits. Les typologies• La typologie des ménages. D’un ménage à l’autre, la consommation varie selon différents facteurs socio-économiques (Bricas, 1998) : la taille du ménage ; le revenu ; les caractéristiques socioculturelles (le groupe ethnique ou la durée d’installation dans la ville sont parfois des bons indicateurs). Ce sont des indicateurs de différenciation indispensables pour une typologie des ménages. • La typologie des produits. A partir d’une liste de légumes présents sur les marchés, on peut établir une typologie des produits selon les critères suivants : – les légumes les plus importants dans les rations ou ceux pour lesquels les consommateurs souhaitent le plus une amélioration de l’approvision-nement ; – les légumes qui fournissent le plus de revenus aux exploitations maraîchères. La place des légumes dans la consommationLa place des légumes dans la consommation doit être analysée selon plusieurs critères : quantités, valeurs nutritionnelles, fréquences de consommation, dépenses occasionnées, mais aussi statut particulier des légumes dans les repas — des légumes peuvent être employés en faible quantité mais être indispensables aux sauces. L’importance dans la consommation peut d’autre part ne concerner qu’un groupe d’individus dans le ménage, par exemple les enfants. Il est important de hiérarchiser les principaux légumes consommés, en termes de fréquences, de dépenses et de quantités. Généralement, ce classement met en évidence l’importance des légumes-feuilles, de l’oignon et de la tomate. La consommation des légumes de type tempéré, comme la Les déterminants des choix des consommateursLes facteurs clés de choix des citadins en matière d’alimentation sont les suivants (Bricas, 1998) : le prix par rapport au budget alimentaire du ménage ; la disponibilité régulière du produit ; les caractéristiques qualitatives du produit. Les variations de prix et la consommationLes prix des légumes font l’objet de très fortes variations saisonnières. Il est important de connaître les réactions des consommateurs à ces variations. S’ils y sont très sensibles et réduisent fortement les quantités consommées, une action de développement de l’offre en légumes permet un bon écoulement des produits par les producteurs et les commerçants et une amélioration du bien-être du consommateur. Pour analyser la variation de la consommation par rapport aux prix, on peut suivre son évolution pendant deux périodes de l’année, l’une de prix élevés et l’autre de prix bas. Cette étude peut être complétée par le suivi des quantités consommées à chacune des périodes considérées. Le problème qui se pose est que tous les légumes ne sont pas disponibles en même temps, d’où l’intérêt de limiter le suivi à quelques légumes pour l’analyse. Cette étude doit permettre de connaître : – la sensibilité des consommateurs aux variations de prix et donc, les effets escomptés d’actions permettant d’abaisser les prix à certaines saisons, pour certains produits ; – les stratégies de report d’un légume à l’autre selon les disponibilités respectives, qui peuvent conduire à favoriser la diversité des espèces disponibles sur les marchés. L’analyse repose sur un suivi des prix effectué sur des points de vente au détail représentatifs de leur diversité, à une fréquence rapprochée, au moins mensuelle. Il faut rappeler ici les difficultés et les dangers des enquêtes sur les prix : un prix n’a de sens que s’il est bien spécifié dans le temps et dans l’espace (type de marché), pour un produit défini en terme de qualité et une quantité précise. Si l’on dispose de données sur une longue période — par exemple les quantités consommées et les prix, relevés chaque mois pendant trois ans pour un échantillon représentatif de ménages —, on pourra procéder à une analyse économétrique de l’élasticité-prix de la consommation. La disponibilité régulière sur le marchéLa gastronomie africaine intègre surtout des produits que la ménagère est à peu près sûre de trouver à tout moment sur le marché. Les produits disponiblesde manière épisodique — par exemple certains légumes de type européen comme la courgette ou le concombre — ne sont pas encore entrés dans les habitudes de préparation des couches aux revenus faibles ou moyens. On constate ainsi une fidélisation des pratiques de consommation autour des légumes les plus régulièrement disponibles et ce, plus particulièrement dans les ménages à budgets tendus. Le cas extrême de la sécurisation de l’approvisionnement est l’autoproduction : des légumes condimentaires, comme le gombo, peuvent être cultivés à proximité des maisons. En ville, cette option est cependant limitée par la pression foncière. La qualité des produitsLes composantes de la qualité sont multiples. On distingue les caractéristiques intrinsèques du produit — caractéristiques physiques (grosseur, couleur, niveau de maturité, présentation, aptitude à la conservation), organoleptiques, hygiéniques — et les caractéristiques de réputation — une ménagère peut déduire qu’un produit est de qualité (par exemple gustative) s’il est commercialisé par une vendeuse d’une certaine ethnie ou qu’elle connaît depuis longtemps. L’explication des préférences de qualité pose un problème délicat. A partir de quel moment un consommateur distingue-t-il deux produits? Ou encore, jusqu’à quel point un produit peut se substituer à un autre? Ces niveaux de différenciation sont généralement assez poussés. Par exemple, on ne peut pas traiter sur le même plan — en terme de fréquence d’achat, de type de préparation, etc. — une petite tomate locale bien mûre, utilisée cuite pour la sauce, et une grosse tomate de type hollandais, utilisée crue pour la salade. Il est important d’obtenir une liste des légumes présents sur les marchés urbains et d’interroger les consommateurs sur leurs préférences selon un certain nombre de critères préalablement établis pour chaque légume (grosseur, couleur, degré de maturité, etc.). On demandera également au consommateur s’il juge le produit sain pour la santé et s’il y a un lien entre l’origine du produit et sa qualité. Le diagnostic des systèmes d’approvisionnementLe repérage des fluxLe repérage des flux vise à déterminer l’origine des produits approvisionnant les consommateurs finaux (lieux de production locale, origine des produits importés) et à reconstituer les flux entre lieux de production et lieux de consommation. Le repérage doit aboutir à localiser sur une carte des lieux de production et de vente en gros et au détail ainsi que des infrastructures de stockage et de transformation et des voies de communication. On trace lesflux des produits entre ces différents espaces, en distinguant les flux d’origine urbaine, périurbaine, rurale, régionale et internationale. La connaissance des flux marchands permet d’analyser la place particulière de l’agriculture urbaine dans l’approvisionnement de la ville, en complément d’autres sources d’approvisionnement comme l’agriculture rurale et les importations (Moustier, 1999b). Pour estimer le poids relatif des différentes origines dans l’approvisionnement des consommateurs urbains, on utilise un indicateur indirect, le pourcentage de détaillantes commercialisant les produits de différentes origines. En effet, tous les produits commercialisés de l’agriculture urbaine passent par un stade de vente au détail alors que le stade de vente en gros n’est pas systématique. Par ailleurs, les détaillantes connaissent généralement la zone de production des produits commercialisés. Ces données sont obtenues par enquête sur un échantillon représentatif de détaillantes, interrogées à différentes périodes de l’année pour prendre en compte les variations saisonnières. La part de jardins situés dans la ville et dans sa périphérie proche dans l’approvisionnement en légumes feuilles est de 80 % pour Brazzaville, de 100 % pour Bangui et de 90 % pour Bissau et Antananarivo. Le reste de l’approvisionnement est assuré par train ou par camion pour des zones plus éloignées (Moustier et David, 1997). Pour les autres légumes, les zones rurales jouent un rôle important dans l’approvisionnement, même pour un produit périssable comme la tomate. La part des champs villageois, situés à plus de 50 km du centre urbain, dans l’approvisionnement en tomate est de 80 % à Brazzaville, de 60 % à Bangui et de 50 % à Bissau (ces pourcentages concernent à la fois la tomate sauce et la tomate européenne). Mais la part de l’agriculture urbaine augmente en saison sèche du fait d’un recours à l’irrigation, alors que l’agriculture rurale est surtout pluviale. Le graphe des filières permet de repérer les intermédiaires entre la production et la consommation et leurs différentes fonctions : collecte, regroupement, transport, stockage et redistribution (figure 2). 
Figure 2. Exemple de la filière des légumes-feuilles à Brazzaville. La description des marchésLes marchés sont les lieux d’échange les plus caractéristiques. Cependant, beaucoup de transactions sont réalisées en dehors des places de marché : directement sur les lieux de production, dans les entrepôts, près des gares, aux points de stationnement des camions. On peut classer les marchés selon la régularité des transactions : les marchés spontanés, les marchés périodiques, les marchés permanents. On peut aussi les classer selon la place qu’ils occupent dans la chaîne d’approvisionnement : – les marchés de détail sont les lieux d’approvisionnement des consommateurs. On distingue les marchés de détail selon la nature de la clientèle (marché populaire ou marché à clientèle aisée) dans la mesure où l’assortiment des produits disponibles, leur qualité et leur prix sont intimement liés au pouvoir d’achat des consommateurs qui s’y approvisionnent ; – les marchés de gros sont les lieux de transactions des producteurs-grossistes et des grossistes-détaillants. On distingue les marchés de production (transactions producteurs-grossistes dominantes), les carreaux (transactions producteurs-détaillants), les marchés de redistribution (transactions grossistes collecteurs-grossistes-distributeurs ou grossistes-détaillants). Les stratégies des commerçantsLe bon fonctionnement des filières repose sur la souplesse des échanges. Les acteurs « commerçants » y jouent un rôle clé. C’est pourquoi le diagnostic des systèmes d’approvisionnement doit s’intéresser aux stratégies des commerçants, notamment aux stratégies d’approvisionnement (choix des réseaux en amont) et aux stratégies de vente (choix des réseaux en aval). Ces stratégies concernent les choix des commerçants dans l’exercice de leurs activités, c’est-à-dire principalement le choix des produits, le choix des quantités commercialisées, les prix d’achat et de revente, les lieux d’achat et de revente, la nature des fournisseurs. Il est important de connaître les critères de choix des fournisseurs par les commerçants, tout particulièrement lorsqu’ils s’adressent à des fournisseurs de produits importés pour savoir comment augmenter la part de marché des productions locales. Ces critères peuvent être les suivants : – le lien de parenté ou la connaissance de longue date, qui établit une relation de confiance et garantit la régularité de l’approvisionnement et la qualité des produits ; – les prix avantageux par rapport à d’autres sources ; – une qualité supérieure, par exemple une durée de conservation plus longue ; – la possibilité d’acheter les quantités nécessaires ; – des conditions de paiement avantageuses (paiement différé, crédit) ; – la possibilité d’acheter d’autres produits que les légumes.Il est fréquent que les commerçants, faute d’autres sources de revenus que la vente des légumes, adoptent des stratégies antirisque, par exemple : – la diversification des produits commercialisés ; – le choix des produits dont l’approvisionnement et l’écoulement sont les plus sûrs ; – la limitation du fonds de roulement et du capital investi ; – le stockage ou la transformation des produits. Les stratégies des commerçants visent à satisfaire leurs intérêts. Ces intérêts offrent à la fois des points de convergence et des points de divergence avec ceux des autres acteurs de la filière, comme les producteurs, en particulier du fait des tensions qui existent autour de la formation des prix. La formation des prix et des revenusLa formation des prix des légumes entraîne celle des revenus dans les filières. Elle dépend étroitement des pouvoirs de négociation entre vendeurs et acheteurs, c’est-à-dire de la capacité relative des différents acteurs à obtenir des conditions avantageuses au cours d’une transaction commerciale. Ces conditions peuvent avoir trait au prix, aux quantités, à la qualité, au délai de paiement, au lieu et au moment de la transaction. D’une manière générale, plus les pouvoirs de négociation sont concentrés entre les mains de certains acteurs, plus les rémunérations sont inégalement réparties et moins les ajustements entre l’offre et la demande sont fluides. Aussi, lorsqu’un changement dans la consommation se produit, il est possible qu’il soit mal répercuté sur la production. Dans les théories économiques dites néoclassiques, les pouvoirs de négociation sont équilibrés en situation de concurrence pure et parfaite. La réponse de la production à la demande est alors la plus rapide et la moins coûteuse. Cette situation suppose que soient réunies un certain nombre de conditions : – l’atomicité du marché : aucun agent pris individuellement n’a de poids sur la formation des prix ; – l’homogénéité du produit : tous les produits vendus ont les mêmes caractéristiques ; – le libre accès au marché : tout agent nouveau peut vendre sans barrière à l’entrée ; – la transparence du marché : une information parfaite existe pour tous les participants sur l’état de l’offre et de la demande et sur les prix. Cependant, ces conditions idéales ne sont jamais réunies et sont difficiles à mettre en œuvre. Il est en particulier impossible d’obtenir une information juste sur l’état futur de la production et de la consommation. Les marchés africains sont tous en situation de concurrence imparfaite.Il est difficile de mesurer directement les pouvoirs de négociation mais il existe des indicateurs indirects : – la distribution des moyens, par exemple, le commerçant ou le producteur peut exploiter le besoin de trésorerie de son partenaire. Celui-ci sera obligé de vendre ou d’acheter dans des conditions de marché défavorables alors qu’il aurait pu attendre un prix plus élevé si sa situation monétaire n’était pas tendue ; – dans les filières des légumes, la distribution du capital « stockage » et « transport » est déterminante pour comprendre les pouvoirs de négociation ; – dans les filières des produits stabilisés (oignon, pomme de terre et concentré de tomate), ce capital est typiquement concentré entre les mains des grossistes, qui sont les points clés de fixation des prix et volumes ; – dans les filières de produits frais, c’est le maillon du transport qui est le plus déterminant. Dans l’agriculture périurbaine, où les légumes peuvent être distribués à pied, en bus et en taxi, les pouvoirs de capital « transport » et ceux de négociation sont assez équilibrés. En revanche, dans les zones rurales, un grossiste collecteur peut représenter un point de blocage des volumes et de la fixation des prix s’il contrôle le maillon du transport. Les variations de prix dans le temps et dans l’espace reflètent l’état de l’offre et de la demande ainsi que la qualité de l’information des différents acheteurs et vendeurs sur cet état. Par exemple, un commerçant peut demander à un producteur de vendre ses produits à un prix plus bas que d’ordinaire en arguant du fait que les consommateurs réduisent leurs achats en raison de problèmes budgétaires. Pour conserver son revenu ou ne pas trop le voir baisser, le commerçant doit bénéficier d’un prix à l’achat minimal. Cependant, le producteur est parfois incapable de vérifier l’information sur la consommation que lui transmet le commerçant, à cause de difficultés de liaisons avec la ville ou de manque de temps. Le producteur n’ayant pu vérifier l’information, le commerçant peut alors exploiter ce défaut d’information en achetant des denrées à un prix minimal. Les analyses économiques de la formation des prix et des revenus dans les filières doivent s’appuyer sur le suivi des comptes de résultats (charges-produits) des différents acteurs, à intervalle régulier pour tenir compte des variations saisonnières (Duruflé et al., 1995). Les formes d’organisation dans les filièresDes formes d’organisation peuvent exister au sein d’un groupe professionnel : organisations de producteurs, de commerçants, de transporteurs. Elles peuvent aussi relier des acteurs de différentes professions, de manière plus ou moins large. On peut ainsi observer des contrats reliant un producteur à un commerçant ou des contrats à l’intérieur des comités de concertationinterprofessionnels regroupant l’ensemble des professionnels de la filière. Ces organisations sont des structures de coordination des décisions des agents. Cette coordination vise notamment à renforcer les pouvoirs de négociation vis-à-vis des partenaires (acheteurs, vendeurs, administrations), à mettre en commun les infrastructures pour réaliser des économies d’échelle et à échanger des informations. On trouve généralement deux formes d’organisation dans les filières maraîchères : les contrats d’achat et de vente et les structures de concertation entre producteurs. Les contrats d’achat et de venteLes acheteurs et les vendeurs sont souvent liés par des relations de longue durée, qui ont permis d’instaurer la confiance et d’établir des engagements réciproques. Ces engagements prennent différentes formes : – la garantie de priorité d’achat ou de vente entre les partenaires du contrat, qui permet d’écouler plus rapidement un produit et limite les risques de mévente ; – la fourniture d’intrants par le commerçant au producteur (cas du Sénégal) ou l’octroi par le producteur d’un délai de paiement au commerçant (cas de Brazzaville) ; – la fourniture d’intrants par le commerçant au producteur dans le cas où le producteur serait limité en terme de trésorerie avant la campagne (cas du Sénégal). Les structures de concertation entre producteursIl peut également exister des organisations de production et de mise en marché collectives. Mais ces expériences sont rares dans le secteur des légumes. Les conditions de production et de commercialisation étant très variables d’un producteur à l’autre et d’une période à l’autre, la gestion des approvisionnements et l’entente sur un prix d’achat commun sont particulièrement délicates pour une structure collective d’achat. Les voies d’amélioration : l’observatoire économique et les organisations professionnelles de BrazzavilleL’observatoire économique permanent de la filière des légumes à destination de Brazzaville vise principalement à réguler l’offre en produits maraîchers au cours de l’année. Le programme Filmar, qui a réalisé un diagnostic appliqué aux filières maraîchères de Brazzaville, a en effet mis en évidence les points suivants : – la consommation en légumes est dominée par les légumes-feuilles ; – les importations sont limitées à l’oignon et à la pomme de terre pour tous les types de marché, aux légumes d’introduction récente (chou, carotte, tomate couteau, etc.) pour les supermarchés et le marché du Plateau ; – l’approvisionnement en légumes est assez régulier grâce aux jardins périurbains. Des reports de consommation sont possibles entre les légumes-feuilles abondants en saison des pluies, comme les feuilles de manioc, et les légumes-feuilles abondants en saison sèche, comme l’endive locale et l’amarante ; – les filières des légumes-fruits locaux en provenance des villages se caractérisent par une forte fluctuation des prix, à l’échelle de la semaine. Cette situation est due aux calendriers de travail des agriculteurs villageois et aux problèmes d’information et de transport des producteurs situés dans les zones enclavées ; – pour la filière des légumes de type européen, aucun groupe d’opérateurs locaux n’est jusqu’à présent parvenu à répondre à l’exigence de régularité et de qualité des supermarchés et du marché du Plateau. D’où la difficulté d’établir des contrats d’approvisionnement et le recours aux importations, ce qui renforce le caractère aléatoire des débouchés pour les producteurs locaux. Les contraintes d’approvisionnement sont donc surtout liées à l’irrégularité de l’offre. L’objectif de l’observatoire économique est de repérer précisément les périodes de baisse de l’offre pour en informer les producteurs et de focaliser l’appui aux producteurs pendant ces périodes. La collecte et la diffusion des informationsLa collecte des informations est centrée sur un certain nombre d’indicateurs : – les indicateurs d’offre des produits sur Brazzaville : les variations au cours de l’année des prix de gros et de détail peuvent être considérées comme des indicateurs de la variation de l’offre, le commerce des légumes à Brazzaville étant assez concurrentiel, de même que le nombre de détaillants vendant les différents légumes retenus ; – les indicateurs d’origine des produits : pourcentage de détaillants vendant les légumes des différentes origines ; – les indicateurs sur la consommation des ménages : les dépenses et les quantités consommées pour différents types de légume et leurs variations au cours de l’année ; – les indicateurs sur les revenus des producteurs et des commerçants. Les résultats de l’observatoire sont diffusés à deux types d’opérateurs : Agricongo et, d’une manière générale, les organismes pouvant intervenir dans le domaine du développement maraîcher pour mieux connaître les périodes de baisse de l’offre et ses facteurs explicatifs et apporter les solutions ; les professionnels de la filière, essentiellement les producteurs de légumes et les commerçants.Ces destinataires n’ont pas les mêmes exigences de rapidité de l’information, ce qui implique des modes de diffusion différents. L’information pour le premier type d’opérateur est transmise, tous les deux mois, grâce à un bulletin de quelques pages, qui fournit les informations de base sur l’état des filières sous forme de tableaux ou de graphiques et les commente (tendances des prix, quantité par origine, compte des agents de la filière, tendances de consommation) ; deux fois par an, par des rapports qui détaillent les informations sur la saison passée et, une fois par an, par un document de synthèse. L’information pour le deuxième type d’opérateur est diffusée lors d’une journée d’information, qui a lieu deux fois par an, au début de chaque saison, et qui permet aux producteurs et aux commerçants de se concerter pour approvisionner plus régulièrement le marché. La concertation entre acteurs : les journées d’informationLes journées d’information réunissent des représentants des maraîchers de Brazzaville et des producteurs du bassin vivrier qui approvisionne Brazzaville, des commerçants, des consommateurs, des agents des services techniques et des organisations non gouvernementales. Un travail préliminaire avec les acteurs de la filière est réalisé par les responsables de l’observatoire économique afin de recenser les thèmes importants qui seront développés au cours de la journée. En dehors de ces thèmes sont aussi présentés le bilan de la saison écoulée et la préparation de la saison à venir. Lors des journées d’information, des discussions en groupe sont organisées en associant producteurs, commerçants, consommateurs et techniciens afin de favoriser les échanges d’expériences entre professionnels. A cette occasion, les commerçants expriment leur demande (disposer de tels légumes à une période donnée) et les producteurs signalent leurs contraintes. Avec l’appui des techniciens, ils proposent ensemble des solutions pour produire les légumes qui sont demandés sur le marché. La synthèse de chaque journée est reprise dans une fiche conseil, qui est rédigée par les responsables de l’observatoire économique et diffusée dans les zones de production et sur les principaux marchés de Brazzaville. Elle fait l’objet d’émissions à la radio rurale ou nationale. L’optimisation des journées d’information se situe essentiellement sur trois plans : – la représentativité des acteurs invités. Ils doivent avoir une légitimité vis-à-vis du groupe qu’ils représentent et une bonne connaissance de leur secteur d’activité ; – la diffusion de l’information. Le faible nombre d’invités (une vingtaine de personnes par catégorie d’acteurs) et la diffusion restreinte par les médias(presse écrite, radio) ne permettent pas actuellement à l’information d’être disponible pour tous ; – la création d’une interprofession. La quasi-inexistence de structures interprofessionnelles tant pour les producteurs que pour les commerçants ne leur donnent pas une forte représentativité vis-à-vis de leurs interlocuteurs institutionnels. De telles organisations amélioreraient la diffusion de l’information, renforceraient les pouvoirs de négociation dans les différents secteurs d’activité et permettraient de cofinancer les activités de l’observatoire économique. Les systèmes de production dans les filières maraîchères urbainesL’agriculture urbaine sera considérée comme l’agriculture localisée dans la ville et sa périphérie, dont les produits sont destinés à la ville et pour laquelle il existe une alternative entre usage agricole et usage urbain non agricole des ressources. Cette alternative suscite des concurrences, mais également des complémentarités entre ces usages (Moustier, 1999). L’analyse des systèmes de production se limitera aux systèmes urbains au sens large (intra et périurbain) pour des raisons de simplification. En effet, il n’est pas toujours facile de distinguer, sur la base de la localisation, le pôle urbain et le pôle périurbain. Les principales contraintes de productionS’agissant des cultures maraîchères, les techniques et les résultats d’exploitation sont variables. Ils sont tributaires notamment des disponibilités en ressources naturelles (terres, eau), de la maîtrise de l’intensification des productions (accès aux intrants, au crédit) et des conditions de commercialisation. L’accès au foncierLes agriculteurs urbains cultivent pour la plupart des terrains sur lesquels ils n’ont pas de maîtrise foncière. L’accès au foncier est la contrainte majeure dans de nombreux pays (Congo, Cameroun, Guinée-Bissau. . .) et l’une des sources de différenciation des systèmes de production et des revenus. La culture choisie est généralement d’autant plus risquée que la surface foncière est élevée (légumes de type européen, légumes-feuilles traditionnels). En ville, la pression de l’urbanisation tend à limiter les surfaces. A Brazzaville, plusieurs enquêtes montrent que 80 % des maraîchers urbainscultivent une surface inférieure à 700 m2 (Torreilles, 1989 ; Moustier, 1995c). A Bangui, la surface moyenne est estimée à 1 500 m2 (David, 1992). A Bissau, la surface moyenne par productrice est de 760 à 900 m2 (David et Moustier, 1993). A Madagascar, la moyenne de surface potentiellement cultivée (bas-fonds et tanety) de 3 000 exploitations maraîchères est de 700 m2 (Rakatoarisoa et al., 1994). A Dar es Salam, 10 000 producteurs exploitent chacun une surface moyenne de 500 m2 dans la ville (Jacobi et al., 2000). A Abidjan, la taille moyenne des parcelles est de 600 m2 (Yappi Affou, 1999). A Bhaktapur dans la vallée du Katmandou, la surface cultivée en légumes varie entre 3 000 et 5 000 m2 (Jansen et al., 1994). A Dakar, les maraîchers des Niayes exploitent une superficie comprise entre 1 000 m2 et 1 ha (De Bon et al., 1997 ; Mbaye et Moustier, 2000). Autour des principales villes burkinabés, Bobo-Dioulasso, Kadiogo, Koudougou, Bam et Yatenga, le maraîchage périurbain est pratiqué sur des petites surfaces de 200 à 1 000 m2 (Dupeloux et Ouatara, 1993). La protection de zones urbaines à vocation agricole constitue donc un enjeu important. Le climatUne différenciation climatique peut être établie selon la zone géographique : Afrique tropicalo-équatoriale (longue saison humide) et Afrique soudanosahélienne (longue saison sèche). La contrainte climatique majeure est la concentration et l’intensité des pluies pendant quatre à six mois de l’année. Ces pluies occasionnent des dégâts physiques (inondations, érosions, destruction des pépinières) et parasitaires (maladies fongiques et bactériennes particulièrement) importants (Moustier et Essang, 1996). Par ailleurs, en fin de saison sèche, les cultures et les pépinières souffrent du manque d’eau. Ces contraintes, qui empêchent une mise en valeur permanente des parcelles, peuvent être levées, d’une part, en ayant recours à l’irrigation, d’autre part, en utilisant des abris et un paillage en saison des pluies ou encore en choisissant, quand cela est possible, des terrains non inondables. Ces terrains sont plus disponibles en zone périurbaine qu’en ville. En saison sèche, seuls les cultivateurs de plein champ disposant de terrains près de cours d’eau ont recours à l’arrosage compte tenu de la force de travail qu’il requiert (rareté des équipements d’irrigation). Ces contraintes naturelles expliquent en grande partie la saisonnalité de l’approvisionnement urbain et la nature des légumes urbains. L’Afrique tropicale se caractérise par une forte production de légumes-feuilles en plein champ pendant la saison des pluies, tandis que les jardins maraîchers de saison sèche avec une production de légumes tempérés (carottes, tomates, aubergines) sont caractéristiques de l’Afrique sahélienne. L’accès aux intrantsDans la quasi-totalité des pays étudiés, il n’existe pas de systèmes performants d’approvisionnement en intrants et en équipements maraîchers (semences améliorées, engrais, pesticides, petit matériel agricole). Nombreux sont les producteurs qui se plaignent de la cherté des intrants. L’approvisionnement est assuré principalement par l’intermédiaire de projets ou par des boutiques de vente d’autres produits (notamment les supermarchés) et ce, de manière discontinue (Jansen et al., 1994 ; Moustier et David, 1997 ; Kintomo et al., 1999). A Dakar, ce problème est fortement atténué par l’existence de sociétés spécialisées dans la production de semences et d’intrants et par un réseau de revendeurs spécialisés dans la fourniture de produits et de matériels agricoles. La matière organique utilisée par le maraîchage urbain provient de divers types de déchets urbains (ordures ménagères, drêches de brasserie, déchets d’abattoirs, déchets halieutiques, coques d’arachide), du fumier des élevages périurbains (fientes de volailles, fèces des petits ruminants), des terreaux et des composts divers. Les activités de production, de collecte et de distribution de déchets organiques font vivre un grand nombre d’artisans. Outre les problèmes liés à la valorisation des ordures ménagères et des déchets industriels (triage, risques pour l’environnement et la santé humaine), les maraîchers sont confrontés à des problèmes de disponibilité (quantité, régularité) et de coût (transport) et à un manque d’information sur les doses et les mélanges nécessaires à un bon équilibre de la matière organique utilisée. La maîtrise de l’approvisionnement en intrants constitue l’un des facteurs clés de l’intensification. La pression parasitaireLa pression parasitaire est une contrainte importante pour les maraîchers périurbains, particulièrement pendant la saison des pluies (Jansen et al., 1994 ; Moustier, 1995a ; Moustier, 1995b ; Moustier et Essang, 1996 ; Gockowski, 1999). Les maladies prédominent pendant la saison des pluies, alors qu’en saison sèche ce sont les insectes phytophages qui deviennent préoccupants. Certains parasites tendent à devenir endémiques (nématodes, teignes, viroses, cochenilles). L’intensité des dégâts occasionnés dépend largement de la capacité des maraîchers à maîtriser les techniques de lutte : les connaissances sur les méthodes de lutte, les ravageurs et les maladies sont généralement limitées. La caractérisation des systèmes de cultureLes systèmes de cultures peuvent être caractérisés par les variables classiques que sont le calendrier cultural, les rotations culturales et l’itinéraire tech-nique, mais aussi et surtout par leur mode de gestion de la fertilité (jachère, crue, fumure organique, engrais minéral). Le calendrier culturalL’analyse du calendrier cultural, couplé au calendrier de trésorerie des producteurs, permet d’expliquer en partie les phénomènes de pénurie, tantôt en saison sèche (pour les légumes locaux), tantôt en saison humide (pour les légumes tempérés). Certaines adaptations du calendrier cultural répondent à la pression foncière par la répétition de cycles culturaux. On peut se reporter aux calendriers culturaux observés à Brazzaville, Bissau et Bangui. A Bangui, sur les terrains de polyculture vivrière situés autour de la ville, pour des raisons avant tout alimentaires, le producteur combine sur son champ vivrier plusieurs cycles de manioc décalés dans le temps (David, 1992). Le cycle agricole commence en janvier, en saison sèche, par la défriche d’un hectare environ. Les terrains sont emblavés en légumes et maïs après les pluies de mars. Le bouturage du manioc a lieu en juillet-août. Le producteur associe trois variétés de manioc — une de six mois, une de dix mois et une d’un an — afin d’étaler les récoltes. Les feuilles des trois variétés sont vendues sur les marchés. La principale période de récolte des légumes va de mai à août. Les agriculteurs bénéficiant d’un terrain situé le long d’un cours d’eau cultivent des légumes en saison sèche, cette fois en monoculture. Aucun intrant n’est apporté aux cultures. En ville, les jardins urbains combinent toute une gamme de légumes selon la longueur de leur cycle, leur degré de risque à la production et à la vente. Les jardins sont toutefois dominés par la tomate et les légumes de type tempéré, qui représentent le tiers des planches. Les semences des légumes tempérés sont achetées alors que celles des légumes locaux sont produites par les maraîchers. Plus de 80 % d’entre eux utilisent des engrais, du fumier et des pesticides et arrosent systématiquement leurs planches, ce qui permet une culture de saison sèche. En saison des pluies, les cultures sont fortement exposées aux dégâts physiques et phytosanitaires liés aux précipitations. A Bissau, la grande saison maraîchère se situe pendant la saison sèche (David et Moustier, 1993). Les maraîchères travaillent à leur jardin, aménagé aux marges de bas-fonds, d’octobre-novembre à avril-mai, soit six à sept mois. La surface moyenne cultivée est de 500 m2. Les premiers légumes cultivés sont le plus souvent des légumes locaux, du fait de leurs besoins en eau plus élevés et de leurs cycles plus courts — oseille de Guinée, gombo, aubergine amère, piment. Les légumes tempérés ne viennent qu’ensuite : tomate, oignon vert, laitue, chou pommé. Ces produits assurent une rentrée d’argent rapide, qui peut être employée pour acheter de nouvelles semences (tomate, poivron, chou, carotte, navet, aubergine) et pour payer la main-d’œuvre qui préparera une nouvelle parcelle. A partir d’avril et mai, les cultures cessent par manque d’eau. Les maraîchères se livrent alors àd’autres activités : récolte de la noix de cajou, commerce. A partir de juin, les femmes reviennent au maraîchage en cherchant un autre terrain non inondable, le plus souvent éloigné de la ville. Elles cultivent généralement des légumes locaux car ils sont moins chers à produire, plus faciles à cultiver et moins sujets au vol : oseille de Guinée, piment, gombo, aubergine amère. Le coefficient d’intensification cultural est de 1,5 pour une année. Cette intensification est une réponse à la pression foncière et à la réduction des surfaces disponibles. A Brazzaville, on compte environ un millier de producteurs maraîchers, en majorité des femmes (80 à 90 %), qui exploitent en moyenne chacune 700 m2 (Torreilles, 1989 ; Moustier, 1994). Le foncier est le premier facteur de différenciation des maraîchers en terme de revenus et de choix culturaux. Les légumes-feuilles, peu risqués, prédominent dans les parcelles inférieures à 400 m2, avec un ralentissement en saison des pluies. D’une manière générale, les légumes locaux sont prépondérants sur deux tiers des planches. Les légumes tempérés se limitent aux périmètres moins sujets à la menace urbaine, qui bénéficient pour la plupart d’un appui du projet Agricongo. L’analyse du calendrier cultural montre que les légumes proviennent à la fois de systèmes villageois, où ils sont cultivés avec peu d’intrants en complément d’autres cultures vivrières, et de systèmes urbains spécialisés, qui offrent un certain niveau d’intensification (utilisation de semences sélectionnées, recours aux engrais minéraux et aux pesticides, culture sur planches, arrosage). Ces deux systèmes de culture sont complémentaires pour les saisons de production et pour les légumes produits : avantage des zones périurbaines pour les légumes périssables et pour les légumes de type tempéré pour lesquels l’accès aux intrants et à l’appui technique est plus facile en milieu urbain ; avantage des zones éloignées des centres urbains pour les produits à faible marge, dont la qualité ne pâtit pas des longs trajets et pour lesquels la production en extensif intéresse plus les ruraux que la production en intensif n’intéresse les citadins (Moustier et Pagès, 1997). Les rotations culturalesNous renvoyons le lecteur aux études de Torreilles (1989) à Brazzaville, David (1992) à Bangui, David et Moustier (1993) à Bissau, De Bon et al. (1997) à Dakar pour la présentation de quelques rotations culturales ainsi qu’au paragraphe précédent sur le calendrier cultural. Avec la pression foncière, la durée de la jachère se réduit : à Bangui, par exemple, elle est passée de 8-10 ans à 3-4 ans en une dizaine d’années (Moustier, 1994). Cela risque de poser des problèmes de maintien et de gestion de la fertilité, particulièrement dans les systèmes vivriers où les engrais minéraux et organiques ne sont pas utilisés. L’itinéraire techniqueNous ne décrivons pas ici en détail les itinéraires techniques rencontrés en maraîchage périurbain. Le lecteur pourra se reporter aux études disponibles dont celles de Torreilles (1989), David (1992), Moustier et David (1997), Jansen et al. (1994), Moustier (1995c), Gockowski (1999), Mbaye et Moustier (2000). Les variables observées dans l’itinéraire technique sont les suivantes : – le type de semence, sélectionnée (importée) ou produite par les maraîchers ; – le type de légume cultivé ; – la densité de plantation ; – le mode de plantation, en planche, sur billons ou dans les sillons ; – les associations culturales ; – la quantité d’engrais minéral apportée ; – le type et la quantité de matière organique utilisée ; – le nombre de traitements phytosanitaires ; – le type et la fréquence d’arrosage ; – la force de travail. Le niveau d’intensification par apports d’intrants et recours à la main-d’œuvre peut être un discriminant des itinéraires techniques maraîchers. La durabilité des systèmes de culture peut être évaluée par le suivi d’indicateurs d’impact sur certains paramètres environnementaux. Le choix des indicateurs dépend du niveau de durabilité auquel on s’intéresse : durabilité de la parcelle cultivée ou durabilité de l’activité maraîchère. Le milieu biologique est caractérisé par les données suivantes : – le taux de matière organique du sol ; – le potentiel microbien du sol ; – le niveau d’infestation et la biodiversité des adventices ; – le niveau d’infestation et la biodiversité du parasitisme tellurique (nématodes, champignons) ; – la biodiversité animale, en particulier des insectes, avec l’usage mal géré des pesticides ; – l’inventaire et la dynamique des ravageurs et des maladies ; – la biodiversité végétale (avec pour hypothèse, son maintien dans les jardins de case et son érosion dans les systèmes plus intensifs et commerciaux, souvent fondés sur des espèces allogènes hybrides). Le milieu physique (sol, eau) est défini par les variables suivantes : – le taux de nitrates dans les eaux ; – le taux de métaux lourds dans le sol (lié aux boues d’épuration) ; – les résidus de pesticides en sortie de parcelle ; – le pH, la capacité d’échange cationique (CEC), la conductivité du sol ; – la compacité.La santé humaine est liée aux données suivantes : – les résidus de pesticides dans les légumes (protection du consommateur) ; – le taux de nitrates dans les légumes ; – l’état sanitaire des légumes vendus (lié à la qualité des eaux d’arrosage). Les motivations et les stratégies de productionL’analyse des stratégies de production des producteurs maraîchers permet de comprendre ce que représente le maraîchage dans l’exploitation agricole et de savoir avec quels objectifs les producteurs travaillent et quels types d’action il est possible d’engager avec eux. Les motivations qui guident le choix du maraîchage sont nombreuses : une faible exigence foncière, un entretien aisé, un gain rapide, un investissement de base réduit, un écoule-ment facile des produits. Plusieurs stratégies de production se dessinent en fonction de ces motivations : stratégie d’autosubsistance, stratégie commerciale, stratégie sociale. L’autosubsistance alimentaireDes enquêtes menées à la fin des années 1980 à Bamako, Nairobi, Dar es Salam, Bangkok et La Paz montrent que les ménages urbains pauvres consacrent entre 60 et 90 % de leurs revenus à l’alimentation (Mougeot, 1993). En 1990, les ménages de la plupart des grandes villes des pays en développement dépensaient plus de la moitié de leur revenu moyen en nourriture. Selon Hussain (1990), la proportion de la population urbaine vivant au-dessous du seuil de pauvreté devrait atteindre 57 % en l’an 2000, alors qu’elle était d’un tiers en 1988. Les légumes apparaissent comme les principaux éléments constitutifs de la sauce protéique qui accompagne la base calorifique de l’alimentation des Africains (manioc, riz, mil). Les légumes les plus fréquemment cités comme éléments constitutifs des sauces dans les études de consommation réalisées en Afrique sont les morelles, les amarantes, les oseilles et les feuilles de manioc, dans certaines zones (Moustier, 1991). La consommation de légumes-feuilles concerne surtout l’Afrique tropicale et équatoriale. En Afrique sahélienne, le gombo, la courge et le chou sont davantage autoproduits et autoconsommés que sous l’équateur. En tant que condiments, les légumes les plus courants sont la tomate et l’oignon, qui font l’objet d’échanges transnationaux en Afrique. Dans les zones tropicales humides, où les racines et les tubercules sont les aliments énergétiques dominants, les légumes sont la principale source de protéines à moindre coût. Dans les zones de savane sèche, le manque de légumes est l’une des causes du déficit en vitamine A et en carotène (Okigbo, 1990). C’est ainsi qu’en Afrique centrale les feuilles de manioc sont riches enprotéines contrairement au pain ou à la boule de manioc qui les accompa-gnent. Les légumes ont une forte teneur en vitamines A et C et en éléments minéraux comme le calcium, ce qui convient tout à fait aux enfants. Le gombo, la tomate et le poivron, par exemple, sont d’excellentes sources de vitamine C. Les jardins maraîchers permettent ainsi aux ménages les plus défavorisés de s’alimenter en légumes frais et d’améliorer la valeur des repas en protéines et en vitamines, tout en réalisant des économies (Jacobi et al., 2000 ; Mougeot, 2000). La commercialisation de la productionPour les maraîchers en général, urbains ou ruraux, produire répond à un objectif commercial : fournir des revenus. A Brazzaville, Ofouémé-Berton (1996) montre que les légumes représentent 15 % des dépenses des ménages, avec des quantités consommées qui restent largement en dessous des recommandations de la Fao. Le maraîchage urbain est souvent une activité à quasiment plein temps, spécialisée, pratiquée par des citadins qui en tirent l’essentiel de leurs revenus (tableau 7). En Côte d’Ivoire (Yappi Affou, 1999), la persistance du maraîchage périurbain s’explique par le fait que c’est une activité de survie pour de nom- Tableau 7. Estimation des revenus des producteurs urbains, d’après Torreilles (1989) pour Brazzaville, David (1992) pour Bangui, David et Moustier (1993) pour Bissau, Jacobi et al. (2000) pour Dar es Salam, Kintomo et al. (1999) pour Ibadan. 
breux citadins. Des enquêtes montrent que les producteurs n’ont pas suivi de formation professionnelle, sont largement analphabètes (84 % à Abidjan, 80 % à Bouaké) et n’ont pu accéder aux emplois formels. Le maraîchage apparaît comme leur seule chance d’obtenir rapidement, et à faible coût, un revenu monétaire. Ainsi, dans l’agglomération d’Abidjan, pour 85 % des producteurs interrogés, le maraîchage intra-urbain est la seule activité qui leur procure un revenu. Plusieurs types de légumes sont cultivés. Ils se classent en différentes catégories selon la longueur de leur cycle, leurs exigences en intrants et le degré de risque lié à leur production (sensibilité aux maladies et aux ravageurs) et à leur commercialisation (délai de stockage et de transport, demande du marché). Les légumes-feuilles de cycle court (moins d’un mois), comme l’amarante, le chou chinois et l’oseille locale, sont peu sensibles aux parasites et ne demandent que peu d’intrants. Ils s’adressent à une large clientèle, qui les consomme régulièrement, et assurent ainsi une rentrée d’argent quasi quotidienne au producteur. Leurs marges par hectare sont les plus faibles. Les légumes-feuilles de cycle long (un à deux mois), dont la production et la commercialisation présentent peu de risques, comme les morelles, les choux, la ciboule et les épinards, permettent de disposer de fortes recettes périodiques, qui peuvent répondre à des besoins financiers importants : problème de santé, épargne pour la construction d’une maison. Les légumes tropicaux et les légumes d’origine tempérée à cycle court (moins de deux mois), dont la production et à la commercialisation présentent peu de risques, comme la salade et le persil, peuvent servir de tête de rotation pour financer le reste de la campagne maraîchère comme c’est le cas à Bissau. Les légumes d’origine tempérée à cycle long (plus de deux mois), comme les tomates, les carottes, les aubergines violettes et les concombres, présentent des risques à la production et à la commercialisation. Leurs marges par hectare sont cependant les plus élevées. Il est donc possible de relier l’importance des différents types de légumes dans les systèmes de culture aux objectifs de trésorerie des exploitations et à leurs capacités financières. Le recours à l’achat d’intrants et le niveau de technicité des exploitations suit la même différenciation. Ainsi à Brazzaville, les légumes-feuilles de cycle court (moins d’un mois), comme les amarantes, l’endive locale, la baselle et l’oseille de Guinée, dominent dans les exploitations tenues par les femmes qui n’ont pas d’autres sources de revenu dans le ménage, qui ont de lourdes charges familiales, sont installées sur de faibles surfaces (moins de 700 m2) et ont besoin de rentrées d’argent régulières et stables. Les légumes de cycle long (deux à trois mois) peu risqués, la ciboule, la morelle amère, le gombo et le piment, par exemple, dominent pour les niveaux de surface et de capital intermédiaires (700 à 1 000 m2, accès au foncier et à l’outillage par un emploi préalable, héritage ou installation par les autori-tés). L’activité maraîchère est alors la source principale de revenus dans le ménage. Les légumes de cycle long (tomates, courgettes, aubergines violettes), dont la production et la commercialisation sont risquées, dominent pour les niveaux de surface et de capital importants (plus de 1 000 m2). Une activité préalable salariée (anciens fonctionnaires) a permis d’acquérir le foncier et l’outillage par voie monétaire. A Abidjan, la plante la plus cultivée est la laitue : plus de 72 % des producteurs en font. Elle est suivie de l’oignon-feuille (38 % de l’effectif), des légumes-feuilles (18 %), puis du haricot vert, du chou et du concombre. Le type de plante cultivée traduit l’objectif de gains monétaires des producteurs. Le rôle socialLe rôle social du maraîchage revêt plusieurs aspects : contribution à la sécurité alimentaire, lutte contre le chômage, émancipation des femmes et des jeunes (accès aux revenus). Selon Yappi Affou (1999), les maraîchers sont majoritairement en âge d’assumer des responsabilités familiales. Ainsi, les maraîchers de Bouaké et d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, sont mariés pour la plupart (70 % des cas) et ont en moyenne 6 enfants à charge à Bouaké et 3 à Abidjan. Cette situation les pousse à exercer une activité rémunératrice comme le maraîchage. A Dakar, où est concentrée plus de la moitié de la population urbaine pauvre, le maraîchage permet d’améliorer les conditions de vie des gens et surtout de créer des emplois rémunérés, principalement dans les quartiers proches des zones dunaires et des bas-fonds (Mbaye et Moustier, 2000). Kintomo et al. (1999) à Ibadan, au Nigeria, évaluent le temps de travail entre 3 000 et 10 000 heures par hectare pour un cycle de culture de huit mois comprenant la préparation du terrain, la construction des canaux de drainage, la préparation des planches et la conduite de la culture. A Katmandou au Népal, en zone tropicale humide, Jansen et al. (1994) estiment que l’exploitation d’un hectare de cultures légumières demande 600 jours par an de main-d’œuvre familiale, contre 300 jours pour un hectare en système rizicole intensif (main-d’œuvre essentiellement salariée). Les producteurs maraîchers sont largement de sexe masculin en Côte d’Ivoire : 99 % de l’effectif à Abidjan, 56 % à Bouaké. Les femmes constituent cependant la quasi-totalité des revendeurs et des détaillants sur les marchés. A Dar es Salam, tout comme à Brazzaville, la production maraîchère, essentiellement de légumes-feuilles, est surtout l’affaire des femmes. A Bissau, ces dernières sont largement impliquées dans la commercialisation de la production. La recherche et la reconnaissance d’un statut social et la volonté d’organisation affichée par la plupart des producteurs en groupements d’intérêt écono-mique (Gie), coopératives ou fédérations pour mieux défendre leurs intérêts sont également perceptibles. Les typologies d’exploitationsLes variables observées dans les systèmes de production sont les suivantes : – la taille et le statut du foncier ; – l’âge et le sexe de l’exploitant ; – la taille de la famille ; – la nature de la main-d’œuvre ; – le niveau du capital ; – le mode de commercialisation ; – le recours à l’achat d’intrants : semences, engrais, pesticides ; – le type d’arrosage : manuel à partir de puits et céanes, gravitaire à partir de pompage et tuyaux ; – le type de matière organique utilisé : fumier d’élevage, drêches de brasserie, ordures ménagères, composts ; – le type de légume cultivé : légumes-feuilles de cycle court (moins d’un mois), légumes-feuilles de cycle long ; légumes africains ; légumes tempérés ; – la disponibilité de l’appui technique. Les systèmes de production et de commercialisation à Brazzaville ont fait l’objet d’une analyse qui a pris en compte l’approvisionnement de la ville (Moustier et Pagès, 1997). Quatre types d’exploitations ont été mis en évidence : les exploitations très limitées par le foncier, de moins de 400 m2 de surface utile (type 1) ; les exploitations aux contraintes foncières modérées, entre 400 et 700 m2 de surface utile (type 2) ; les exploitations sans contrainte foncière avec le maraîchage comme activité principale, de plus de 700 m2 de surface utile (type 3) ; les exploitations sans contrainte foncière, en polyactivité, de plus de 1 000 m2 de surface utile (type 4). D’autres auteurs ont proposé des typologies similaires en utilisant la taille des parcelles comme premier facteur de différenciation des systèmes de culture et des revenus des exploitants : Torreilles (1989) à Brazzaville, David (1992) à Bangui, David et Moustier (1993) à Bissau, Jansen et al. (1994) à Katmandou, Mbaye et Moustier (2000) à Dakar, Bakker et al. (2000) à Dar es Salam. Plus les parcelles sont importantes, plus les maraîchers sont prêts à utiliser de nouvelles variétés, des intrants agricoles et des équipements appropriés. Une autre typologie peut être proposée en fonction de la durabilité, économique et écologique, présumée des exploitations. Elle distingue quatre types d’exploitation. • Le jardin de case, que sa faible dimension met plus ou moins à l’abri d’une opération immobilière, où la production est très variée et fait appel à des techniques le plus souvent traditionnelles. Ce type d’exploitationpermet d’assurer une certaine subsistance pour les ménages les plus défavorisés. Villien (1987) signale que 99 % des ménages de Bangui subviennent en partie à leurs besoins en légumes et en condiments grâce à leurs jardins de case. La production s’insère plutôt dans un circuit de troc ou de marché local que de grand commerce. Ces jardins ont aussi l’avantage de maintenir un savoir-faire, un lien avec les racines rurales, et de préserver la biodiversité végétale. • La parcelle de taille plus importante, à la limite du bâti ou dans les interstices, dont l’avenir immédiat est compromis par l’immobilier. Deux situations s’y rencontrent. Soit le producteur est engagé dans une course à la productivité sans aucun souci de durabilité écologique, donc dans une logique d’intensification (rotation rapide, diversification des espèces et des variétés, utilisation d’intrants). Soit le producteur, ou plutôt le propriétaire, est dans une position d’attente spéculative et réduit au maximum ses coûts de production. Dans les deux cas, la durabilité, tout au moins celle de la parcelle, est compromise par l’urbanisation, mais aussi par les stratégies d’intensification de l’un, de laisser-aller de l’autre. • La parcelle la plus éloignée, sur laquelle la menace est plus lointaine, qui est mieux gérée dans une perspective de durabilité à moyen terme. Elle se trouve en zone périurbaine à la limite de la zone rurale. L’innovation étant plus audacieuse dans les jardins maraîchers hautement intensifs, il serait opportun de mettre davantage en contact les maraîchers des villes qui travaillent sur des parcelles compromises par l’urbanisation avec ceux qui sont sur des terres plus éloignées et moins menacées. C’est dans cet environnement que l’expérimentation et l’introduction de nouvelles techniques seraient les plus utiles. • Enfin, l’agriculture qui participe d’un plan d’urbanisme et dont l’avenir est planifié. Elle devrait être davantage prise en compte par les autorités administratives. Cette agriculture permet de maintenir une activité agricole qui peut alors avoir d’autres rôles que celui de nourrir la ville : lutter contre la pauvreté, fournir des emplois, organiser le paysage. Le maraîchage peut représenter une activité de repli dans un contexte d’emploi précaire : il requiert peu de capital de départ, mais exige une force de travail et une préparation de l’installation. Citons le projet de ceinture verte autour de Bangui (Deshayes, 1992) et le programme de ceinture maraîchère de Brazzaville (Belantsi et Torreilles, 1999). Une telle approche doit être complétée par l’évaluation des groupes d’exploitations selon leurs poids respectifs sur le marché, en terme d’effectif, de valeur et de diversité. Bien que plusieurs typologies d’exploitants soient connues, très peu de travaux sur la caractérisation des performances technico-économiques des exploitations agricoles à vocation maraîchère ont été réalisés.L’un des enjeux pour la recherche est d’identifier les conditions de durabilité des systèmes de production à base de maraîchage dans un environnement urbain en constante évolution afin de proposer des systèmes reproductibles, viables et durables. Les voies d’améliorationFaciliter l’accès à un terrain non inondableL’accès au foncier est le premier facteur de différenciation des revenus. C’est aussi le facteur qui détermine la capacité à prendre des risques, en particulier pour produire en saison des pluies. Pour faciliter l’accès à un terrain non inondable, l’appui aux producteurs peut prendre la forme d’une aide juridique ou d’un accompagnement de la recherche de terrains adaptés au maraîchage. Améliorer l’accès aux semencesL’amélioration de l’accès aux semences passe par les réseaux existants. Pour les maraîchers qui produisent une partie de leurs semences, un appui à la sélection des semences est préconisé. Un catalogue de variétés recommandées peut être diffusé auprès des vendeurs d’intrants et des producteurs (D’Arondel de Hayes et Moustier, 1994). Ainsi, au Sénégal, un catalogue des variétés recommandées a été rédigé par le Cdh (Centre de développement de l’horticulture) de l’Isra avec le concours de la Fao (Cdh, 1996). Il mérite d’être largement diffusé. Les échanges variétaux entre zones agroécologiques similaires doivent être facilités. Afin de protéger ce potentiel d’échange, une conservation des espèces indigènes s’avère indispensable. Une collaboration avec les institutions internationales de recherche telles que l’Avrdc (Asian Vegetable Research and Development Center) est à explorer dans le cadre d’échanges de semences maraîchères (légumes-fruits, légumes-feuilles). La création de l’Afsta (Association africaine du commerce des semences), en mars 2000, devrait contribuer à promouvoir l’utilisation de variétés améliorées et de semences de qualité en Afrique (http://www.wordseed.org/afsta.htm/). Il convient de signaler l’expérience très intéressante de production de plants-mottes à partir des déchets organiques de l’abattoir de Thiès, au Sénégal, qui assurent une meilleure résistance de la plante aux dégâts physiques et phytosanitaires de saison des pluies (Farinet et Copin, 1994). Exploiter le patrimoine génétiqueLe nombre d’espèces maraîchères sélectionnées par la recherche ou expérimentées par le développement a augmenté continuellement depuis trente ans dans tous les pays d’Afrique (De Bon et Pagès, 1996). Les principalesespèces sont la tomate, l’oignon, le chou pommé, le haricot vert, le melon, la patate douce et la pomme de terre. Malgré des efforts considérables pour produire des variétés africaines, la gamme est encore largement couverte par du matériel végétal du Nord. Quelques variétés créées ou sélectionnées en Afrique De 1978 à 1985, le Cdh de Cambérène, au Sénégal, a introduit et testé plus de 3 000 variétés légumières. Il a réalisé des travaux sur le calendrier cultural, en vue d’étaler la production, notamment au cours des périodes de culture les moins favorables (saison des pluies, saison sèche et chaude). Plus de 23 espèces maraîchères ont ainsi été vulgarisées auprès des producteurs, des référentiels techniques et économiques ont été diffusés et des listes variétales ont été établies. Les recherches en sélection variétale ont porté sur l’adaptation aux conditions de culture et sur la résistance aux maladies et aux ravageurs, principalement sur les solanacées (tomate, piment, jaxatu), les racines et tubercules (manioc, pomme de terre, patate douce), l’oignon et les malvacées (gombo, oseille de Guinée). L’inventaire et l’étude des principaux ravageurs et maladies ont permis de développer des méthodes de lutte intégrée, pour la plupart appliquées par les producteurs. Les légumes-feuilles indigènes, très importants pour les citadins, ont fait l’objet de peu de recherches. La précieuse diversité génétique des espèces locales mérite une attention particulière : tomate et gombo ouest-africain (Abelmoschus cailliei), aubergine amère (Solanum aethiopicum), amarante (Amaranthus spp.), morelle (Solanum nigrum, S. scabrum, S. macrocarpum) et Corchorus spp. Cette biodiversité végétale se maintient surtout dans les jardins maraîchers. Faciliter l’accès aux petits abrisLe matériel doit là aussi épouser la diversité des capacités financières des producteurs. Les abris de plastique mis au point par le projet Agricongo (11,6 x 3,5 m), d’une valeur de 90 000 FCfa en 1990, sont plutôt adaptés aux capacités financières des fonctionnaires urbains. Les techniques d’abris traditionnels en palmes et bambou aménagés par les maraîchers congolais et centrafricains pourraient être proposées aux maraîchers de Bissau et d’autres pays qui ne les connaissent pas. Faciliter l’accès à l’eau et optimiser la ressourceA la fin de la saison sèche, la production de légumes, notamment celle des légumes-feuilles, souffre du manque d’eau. Plusieurs types d’intervention sont possibles : – l’aménagement de bassins-versants et l’installation de systèmes de distribution gravitaire au tuyau — dans le cadre du projet Agricongo, l’installation de la motopompe est subventionnée et des cotisations permettent de l’entretenir ; – l’amélioration des techniques traditionnelles de puisage, comme c’est le cas du projet nord-est Bénoué, au nord du Cameroun, et le pompage de l’eau par motopompe ; – la mise au point de techniques de production économes en eau. Une méthode de culture hors sol sur substrat solide et sur solution nutritive, adaptée aux microjardins, a été testée par la direction de l’horticulture, au Sénégal (Ba, 1999). Elle doit permettre de produire des légumes sains à moindre coût toute l’année. De nombreux légumes de types feuilles, fruits et bulbes ont déjà été expérimentés avec succès. Cette méthode doit cependant faire l’objet d’une analyse technico-économique et sociologique pour évaluer les réactions et les comportements des groupements choisis pour les opérations de démonstration et de diffusion de la technique. Un guide pratique illustré est en cours de préparation ; – l’irrigation au goutte-à-goutte. Cette innovation s’est très peu développée, vraisemblablement parce qu’elle n’a pas encore fait ses preuves sur le plan de la rentabilité des investissements et qu’elle requiert un capital de départ et une formation technique qui ne sont pas à la portée de nombreux producteurs. Promouvoir la qualité sanitaire des aliments à l’échelle de la filièreLe développement des activités maraîchères urbaines pose des problèmes d’hygiène alimentaire. C’est le cas à Abidjan, où des eaux sales sont utilisées pour arroser les légumes généralement consommés crus, tels que la laitue, la tomate et le concombre (Yappi Affou, 1999). C’est aussi le cas à Yaoundé, où l’eau d’arrosage est puisée dans des zones d’accumulation d’eau de pluie et d’eaux usées (De Bon et al., 1999). Il est nécessaire d’étudier des systèmes de filtrage et de prélèvement de l’eau d’irrigation (voir le chapitre 5), mais aussi de sensibiliser les autorités administratives et les producteurs aux risques que ces pratiques font courir pour la santé publique. Créer ou maintenir un service d’appui et de conseilLa demande des producteurs en appui et en conseils est forte compte tenu de leur faible niveau de formation professionnelle. Une marge de progrès en intensification est encore possible en aidant les producteurs à maîtriser lesdifférents points de l’itinéraire technique. C’est ce que fait Agricongo en accompagnant les dynamiques d’installation des exploitations maraîchères dans trois secteurs complémentaires : la formation, les recherches d’accompagnement, l’observatoire économique de la filière (Belantsi et Torreilles, 1999). Les systèmes pour être durables doivent aussi s’appuyer sur un environnement institutionnel favorable : garantie foncière (qui favorise les investissements), accès au crédit, reconnaissance du rôle de l’agriculture urbaine par les autorités administratives. Les limites actuelles et les nouvelles orientationsMalgré les tendances à la dégradation des ressources physiques, il est encore possible d’améliorer, de diversifier et d’intensifier la production urbaine, compte tenu de la croissance de la population et de l’environnement socio-professionnel et économique associé au développement de l’urbanisme. La disponibilité en terre et en eau, de plus en plus limitée, oblige nécessairement à redéfinir les stratégies de production en fonction des valeurs ajoutées et des avantages comparatifs des spéculations et des sites de production. Un système maraîcher intensif sur une parcelle permanente et de taille réduite entraîne des contraintes pour la fertilité du milieu (physique, chimique et microbiologique), pour l’environnement (pollution des eaux par les nitrates, résidus de pesticides dans les légumes, pollution des légumes par les eaux sales, pollution des sols en métaux lourds) et pour la gestion du parasitisme. Les innovations techniques qui permettent d’augmenter les revenus des producteurs par unité de surface (traitements phytosanitaires, gestion des engrais minéraux et organiques, amélioration variétale, densité de peuplement) ne peuvent plus être considérées indépendamment des autres préoccupations des exploitants et de celles des autres acteurs de l’agriculture urbaine. On observe, par exemple, des exploitations qui essayent d’associer des activités d’élevage (embouche, petit élevage, production laitière) aux productions horticoles (floriculture, arboriculture fruitière). La recherche doit donc définir de nouveaux systèmes technico-économiques d’intensification des productions végétales et des outils d’aide à la décision permettant de valoriser et de préserver les ressources naturelles (terre et eau), fondés non seulement sur l’application d’itinéraires techniques, mais aussi sur des analyses sociologiques, économiques, politiques et juridiques. Cette approche requiert des équipes pluridisciplinaires associant agronomes, économistes, géographes et sociologues. En conclusion, nous citons quelques axes de recherche pour des travaux en agronomie sur les conditions de durabilité des systèmes de culture : – recherche sur les programmes de fertilisation à moindre coût prenant en compte les résidus de fertilisation des cultures précédentes, particulièrement en systèmes intensifs ; – recherche sur les rotations culturales appropriées en vue de maintenir le rendement légumier ; – exploitation de la biodiversité variétale des légumes africains, notamment des légumes-feuilles ; – mise au point de méthodes de lutte intégrée compatibles avec le niveau de formation des producteurs et leurs capacités financières ; – prévention de la résistance des insectes aux insecticides ; – recherche sur les causes de la baisse de fertilité du milieu et mise au point d’indicateurs de suivi ; – lutte contre l’érosion des sols, notamment en terrains accidentés ; – mise au point d’indicateurs pour l’évaluation de la pollution des milieux physiques (eau et milieu aérien) et des produits vendus ; – inscription du maraîchage dans les plans d’occupation et d’affectation des sols (Poas) ou les plans locaux de développement (Pld) ou les schémas directeurs d’urbanisme. Etant donné le manque de ressources dont disposent les institutions publiques de recherche, les efforts devraient porter sur le partage des compétences et des connaissances par l’intermédiaire d’organisations régionales comme le Coraf, qui met en relation les services nationaux de recherche agricole d’Afrique du Centre et de l’Ouest. Références bibliographiquesBa N., 1999. Démarrage d’un projet d’introduction de nouvelles technologies pour microjardins en milieux urbains et périurbains. Bulletin de liaison Fao, 16 : 28-29. Bakker N., Dubbeling M., Gündel S., Sabel-Koschella U., De Zeeuw H., 2000. Growing cities, growing food: urban agriculture on the policy agenda, a reader on urban agriculture. Feldafing, Allemagne, Des-Etc, 531 p. Belantsi R., Torreilles J.C., 1999. Appui au développement agricole périurbain au Congo. In : Moustier P. et al. (éd.), Agriculture périurbaine en Afrique subsaharienne. Montpellier, France, Cirad, Colloques. Bricas N., 1998. 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