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Conférence présentée par Bernard Kouchner, fondateur de Médecins Sans Frontières et ancien ministre de la Santé de la France, dans le cadre du Forum international ACDI / CRDI Maladies sans frontières : un combat économique ? à la Conférence de Montréal le 8 mai, 2003. NOTE : Le signe […] signifie que l’orthographe du mot n’est que phonétique. "Thank you very much. Thank you very much. Difficult to conclude. I have been asked to speak French, as a former French minister, and the balance between the English language and the French language imposes me to speak French. Thank you, monsieur. Well, this is not… sorry." « Madame, ce n’est pas facile de conclure, et je ne prétends pas le faire. Il y a au moins deux visions, ou deux sentiments qui m’habitent en ayant écouté les excellentes présentations et les fortes réflexions de ce matin, grâce à la Conférence de Montréal, et j’en félicite les organisateurs. Ce premier sentiment, c’est la satisfaction devant les progrès accomplis, car il y a, presque tous les jours, des progrès qui s’accomplissent dans le domaine de la santé publique dans chacun des pays, à leur mesure, avec des différences énormes, avec des différences insupportables, et aussi, sur la planète, il y a des progrès. Lorsque j’entendais le représentant de Médecins Sans Frontières, je songeais aux quelques-uns qui ont créé cette organisation, avant qu’elle ne devienne une institution, et que l’on traitait de fous dangereux, et auxquels les médecins sérieux, les académiques, ne voulaient pas serrer la main. Quel chemin. Mais, en même temps, avec la dernière comparaison, licite ou illicite, entre le SARS et VIH/SIDA, je me disais que bien des choses restaient à accomplir, et que d’une certaine façon, écoutant madame Abdallah nous parler d’un pays, la Tanzanie, où tout reste à faire, la formation, la prise en charge de l’élémentaire, et bien sûr, aussi, le traitement des malades atteints du SIDA, je me disais : « Quel égoïsme ! » Je me disais « Quel égoïsme ! » parce qu’il y a eu, et c’est beaucoup trop, mais il faut penser à toutes les victimes, autour de 400 morts, de la pneumopathie atypique. Et cela a mobilisé les énergies, l’attention, l’anxiété, la peur, à travers le monde entier. Et on s’est dit : « Oh, la, la, les voyages ! » Oui. C’est normal, et c’est bien, et il nous faut recherche, prise en charge, protection, problèmes de santé publique, problèmes de société, problèmes économiques, s’emparer aussi de ce problème, d’autant plus que ce problème des nouveaux virus ou des virus mutants va se renouveler presque chaque année, et qu’il faut savoir si on doit cesser les voyages, ou si on doit adopter une autre attitude vis-à-vis des problèmes de santé publique. Et en pensant à cela, je me disais que des milliers d’enfants sont morts de méningite, des milliers d’enfants, dans des pays sub-sahariens. Des milliers d’enfants par pays. La méningite est une affection que l’on sait prévenir, puisqu’il y a des vaccins — pas toujours, mais souvent — que l’on sait diagnostiquer, et que l’on sait traiter, qui est sensible aux antibiotiques. Et j’aurais bien voulu que l’on fasse autant de bruit sur ces enfants qui mourraient dans les pays sub-sahariens, que sur le syndrome de pneumopathie atypique. Et je ne me fais pas l’apôtre des vieilles rancunes de lutte des classes, mais je dis c’est la réalité. Nous nous sommes inquiétés de ce qui nous menace, nous, les riches, et nous ne nous sommes pas assez inquiétés de ce qui menace les autres, les pauvres. Et que ceci — merci pour cette comparaison, madame — entre le début de l’épidémie du SIDA, et le début de l’épidémie — enfin, le début, je souhaite que ce soit la fin, mais personne n’en sait rien — de la pneumopathie atypique, parce que c’est vrai qu’on a tendance à stigmatiser. À chaque fois. Ah ! Ça arrive aux autres et pas à nous. Et bien, ça va nous arriver à tous, mesdames et messieurs. Et j’aimais bien le titre de votre matinée, Maladies sans frontières, un combat économique ?, point d’interrogation. Bien sûr, c’est un combat économique. Mais, vous ici, tous, vous avez eu la pudeur, un peu difficile à comprendre, de ne pas prononcer le mot essentiel. L’économie, les maladies, la santé, ça s’appelle la politique. Tant que vous voudrez croire qu’il y a des ONG gentilles et des politiciens méchants, tant que vous penserez qu’il suffit de la volonté politique pour que les choses changent sur la terre, vous n’aurez rien compris. Rien, rien et rien. La politique, c’est l’affaire des hommes, des femmes, des usagers. Pardon pour le mot « usagers » — the users. Et nous sommes tous des usagers. Et le mot qui a été prononcé par un médecin brésilien responsable de la santé publique dans la province de Goiás est le mot essentiel. Rien ne se fera sans les communautés, rien ne se fera sans les malades. Tant qu’on n’aura pas introduit de la manière la plus souple possible, mais de façon institutionnelle, les malades, dans le choix des économies de santé, on n’aura rien compris. Dans le système français que j’ai eu l’honneur, auquel j’ai eu l’honneur de participer pendant dix ans — dix ans de ministère de la Santé, c’est un record absolu, car c’est un ministère extraordinairement dangereux pour un homme politique, mais moi, je ne prétends pas être un homme politique — dans ce système qui a été catalogué par l’Organisation Mondiale de la Santé comme the first one, at the top level of all the systems, c’est en France le seul ministère qui doit être défendu par la police en permanence. Il y a des barrières métalliques, et ce n’est pas un hasard, parce que c’est le ministère le plus important politiquement, ou ça devient, ou ça deviendra, à travers le monde, la santé, l’essentiel de nos préoccupations, pour nous, pour nos amis, pour notre famille, et caetera. Nous vivons, chers amis, en France, dans ce pays béni qui souvent ne comprends rien à ce qui se passe dans le monde — je n’ai pas le temps d’en parler, mais je serais heureux dans parler, si vous m’interrogez, par exemple — dans ce pays béni des dieux, nous vivons maintenant jusqu’à 83 ans. En Afrique, madame Abdallah nous le dira, nous vivons autour de 40 ans. Est-ce que c’est acceptable ? Non. Est-ce que c’est accepté ? Absolument. Et comment voulez-vous que l’on raconte, tous les politiciens de la terre, qu’on va réduire les dépenses de santé ? Mais c’est idiot, stupide, enfantin. Jamais nous ne réduirons les dépenses de santé. Elles vont toujours augmenter. Si vous comprenez ça aujourd’hui, et que vous le dites dans vos pays où, en tout cas, au Canada, je sais que, il y a beaucoup de difficultés dans le système de santé. Il y a beaucoup de départs des médecins vers les Etats-Unis. Il y a un système hospitalier qui va moins bien qu’avant, et caetera, et caetera, comme en France. Si vous faites comprendre autour de vous qu’on vous raconte des mensonges… Le progrès est coûteux. Les progrès se paient un peu plus cher. On peut réduire les prix, mais un peu plus cher que s’il n’y a pas de progrès. La longévité, la durée de vie entraîne des maladies dégénératives que l’on pourra traiter. Nous sommes heureux d’avoir gagné trois ans, cinq ans, dix ans sur la mort dans les pays riches. Nous gagnons trois mois de vie par an en France. Mais il faut les payer, chers amis. Alors, déjà qu’on ne sait même pas réformer les retraites, comment voulez-vous qu’avec cette longévité qui se prolonge, heureusement, bravo, les maladies dégénératives que nous ne savons pas encore très bien prévenir, pas très bien traiter, qui interviennent plus tard, comment voulez-vous que ça ne coûte pas plus cher ? C’est assez simple, n’est-ce pas ? Bon, et bien, c’est pareil dans le tiers-monde, à ceci près, dans les pays en développement, que c’est encore beaucoup, beaucoup, beaucoup plus coûteux, puisque nous partons de rien. Alors, je ne saurais répondre à toutes ces questions. I just want to play my role in the casting, to be an activist and to provoke you. Donc, vous avez parlé du SIDA et du SARS, oui. J’aime bien la façon dont vous avez mis en parallèle les réactions, parce que, elles devraient nous faire réfléchir. Mais, je ne sais pas si on peut dire des choses définitives à ce propos. Sûrement pas. Ç’a beaucoup frappé, plus hélas que le SIDA peut-être, ces temps-ci, que cette pneumopathie qui se promenait à travers tous les continents. Saisissons cette occasion. Servons-nous, transformons ce malheur en un mouvement positif de la société. Hélas, si nous n’y parvenons pas, nous allons renforcer les égoïsmes. Car vous avez dit, très bien, que la première réaction, c’est la quarantaine. N’allez pas à Toronto, n’allez plus en Chine. Bien sûr qu’il y a des mesures de protection, d’hygiène, de santé publique, d’isolement, qui sont indispensables, et n’importe quel ministre de la Santé devrait les mettre en oeuvre, bien sûr. Mais la réaction doit être mondiale et nous alerter sur ce qui va venir demain. Oui, la recherche est insuffisante. J’ai cherché, à ma petite place, de mettre en place, enfin, d’essayer de lancer une recherche européenne, et une Europe de la santé, de ces pays riches, et qui gâchent leur argent, souvent. Impossible, pour le moment, pour des raisons que vous avez dites. Et ne soyons pas naïfs non plus. C’est trop facile d’attaquer l’industrie pharmaceutique. Ce fut nécessaire, elle a bien réagi. Pas assez encore, mais n’allons pas trop loin. Les directions de recherche publiques sont indispensables. Le soutien même public à la recherche est indispensable. Mais si vous comparez les résultats de la recherche publique et de la recherche privée, faisons attention. Et surtout, à un moment donné, il va falloir soutenir d’une façon ou d’une autre ceux qui sont les investissements les plus productifs dans la recherche privée, c’est-à-dire d’investissements majeurs. On peut leur demander de réduire leurs prix, ils l’ont fait. On peut encore continuer. Mais à un moment donné, il ne faut pas leur offrir des perspectives telles que la recherche soit terminée. Vous aviez cité les exemples des maladies négligées. Bien. Et il faut continuer dans ce sens, et en effet, ça, c’est vrai, l’industrie pharmaceutique n’est pas très disposée à produire des efforts de recherche dans un domaine peu solvable. Alors, il faut solvabiliser, bien sûr, la demande. Mais il y a aussi des maladies orphelines. Personne n’en voulait, parce que faire des recherches pour le traitement des maladies qui comportent dix cas, 100 cas, 500 cas, 1 000 cas, 5 000, ce n’est pas très rentable non plus. Alors, nous avons fait un effort européen à ce propos, qui fut un bon exemple, mais très limité. C’est très difficile, ça ne va pas vite, tout ça, et il faut beaucoup d’argent. Et on en revient au même problème. Pour trouver de l’argent aussi bien pour le traitement des maladies orphelines que pour les maladies négligées, pour que l’on puisse investir dans la thérapeutique des maladies les plus répandues sur la planète, qui font le plus de morts — je mets le SIDA à part, j’y reviendrai peut-être, si vous ne m’arrêtez pas en chemin, parce que je parle trop — si on veut faire ça, alors, encore une fois, on en revient à la politique. Qui fait la politique ? Il y a la société civile, cette fameuse société civile, qui propose, qui donne des idées que les politiques, d’ailleurs, kidnappent, le plus souvent, pour les faire siennes, ce qui est excellent. Cette osmose est positive. Mais demander de l’argent, à qui ? Vous ne pouvez pas le demander au gouvernement. C’est ridicule. Le gouvernement, c’est vous. C’est ridicule. On perd son temps. Moi aussi, j’ai cru qu’au moment où la gauche venait au pouvoir, en 87, nous allions obtenir ce fameux 1 % — car à l’époque, c’était 1 % — de soutien au développement des autres pays. Ça n’a pas été vrai. Nous en sommes à 0,23 ou 0,27 en France. C’est encore pire, même pas 0,3. Et on veut 0,7. Mais quand vous êtes ministre de la Santé ou n’importe quel ministre d’un gouvernement relativement riche, vous avez des choix qui, s’ils ne sont pas expliqués fortement, s’ils n’impliquent pas les gens dans les choix, ce sont des choix impossibles à faire, impossibles. Si vous dites, et vous avez raison de le dire, et moi, je le dis 100 fois, que l’on doit procurer plus d’argent, essayer — et encore, l’argent n’est pas tout, bien sûr, il faut de l’entraînement, il faut la formation, il faut l’éducation, il faut tout ça — pour les pays qui en ont besoin, pour le traitement précis du SIDA, d’abord, vous vous heurtez à une vraie discussion politique que nous avons passé sous silence parce que, malheureusement, on n’a pas eu le temps de tout dire. Certains nombres de pays, et ça s’est reflété sur la politique de l’Afrique du Sud, étaient en désaccord profond avec le traitement. Pourquoi ? Parce qu’ils ne voulaient pas consacrer, devant l’immensité des sommes évoquées, consacrer de l’argent au traitement. Et ils disaient « prévention, prévention », ce qui condamnait à mort des dizaines de millions de personnes. Or, on l’a appris, nous, dans nos pays, s’il n’y a pas une goutte d’espoir, et bien, il n’y avait même pas de test possible. Il n’y avait même pas de dépistage possible dans notre pays. Donc, il fallait traiter. Mais cet argent, où le trouvez-vous ? Vous avez en même temps, au même moment, chez vous, des gens qui disent que le dépistage du cancer n’est pas assuré. Alors — et c’est vrai, pas assuré assez — et vous avez, en même temps, des gens qui pensent que les régimes ou la diététique des maladies cardio-vasculaires en France entraînent un nombre de morts considérable. Que dis-je du tabac ? 60 000 morts du tabac en France. Et vous avez des lobbies qui vous interdisent d’interdire le tabac. Et vous avez toute une politique qui fait que l’alcool étant une denrée nationale, ici aussi d’ailleurs, mais pas de même provenance, hélas, 50 000 morts. Alors, c’est de la rigolade, si vous ne vous occupez pas des 50 000 morts et des 60 000 morts, ça veut dire 110 000, des morts évitables. Alors, vous ne pouvez pas choisir. Il faut donc expliquer et choisir avec les gens. C’est leur argent, c’est leur argent. J’essaie de faire une comparaison un peu plus sérieuse, un peu plus vivante, peut-être que ce qui a été fait, entre les 15 % du produit intérieur brut, produit national brut dépensé par les États-Unis, pour leur système de santé, et les 10 % dépensés par la France pour un système de santé différent, et sans doute — je dis ça avec précaution à mes amis américains — je crois, plus performant. En tout cas, plus équitable, plus équitable. Pourquoi 10 % d’un côté, 15 % de l’autre ? Il faudrait quand même qu’on le sache un jour. Et bien, si à ceux-là qui se plaignent de ne pas avoir suffisamment d’infirmières à l’hôpital, et ils ont raison, si à ceux-là qui assiègent le ministère que j’occupais, qui sont là en permanence, très violents, d’ailleurs — les manifestations du système de santé français sont extrêmement violentes. Et d’ailleurs, vous vous dites : « Ces types sont tellement violents que je ne leur confierait pas volontiers mes malades, en tout cas, ma cousine, ou ma sœur. » Bien, ils sont violents — et donc, si à ceux-là, vous dites : « Mais, je ne peux pas vous fournir les infirmières dont vous avez besoin, sans doute, parce qu’il y a d’autres urgences qui sont des urgences qui viennent de Tanzanie ou qui viennent du Brésil ou qui viennent d’ailleurs, et j’ai besoin de cet argent », et bien, essayez, vous verrez. Ce n’est pas les politiques. Les politiques, ce n’est pas qu’ils soient si malins, mais ils ne sont sensibles qu’à une seule chose, l’opinion publique dans leur constitution. Si vous voulez que les politiques prennent des attitudes offensives et fassent des choix budgétaires essentiels et nécessaires par rapport à ce qui va nous menacer dans le monde, c’est-à-dire les maladies contagieuses, les nouveaux virus, et surtout, un système de santé mondial, il faut faire comprendre à l’opinion publique chez nous que c’est essentiel, et même un peu démagogique, en leur disant que c’est essentiel pour eux. Pour eux. Parce que les dangers sont sans frontières, comme les virus sont sans frontières, comme les médecins furent sans frontières, et comme demain, les malades doivent être sans frontières. C’est ça qu’il faut faire. C’est de la politique pure. Si les ONG, comme c’est leur habitude, avec leur pudeur excessive, ne veulent pas s’engager en politique, ça n’avancera pas, ou ça avancera lentement. La politique, c’est de convaincre les gens qui votent qu’il y a d’autres idéaux, d’autres mouvements possibles avec leur soutien. En ce moment, mon successeur, que je ne voudrais pas accabler, a dit qu’il n’allait pas augmenter les cotisations en France. Et donc, il n’y aura pas plus d’argent. Bon, bien, il y aura des dettes. On ne peut pas dépenser plus et gagner moins. a, c’est difficile en termes d’économie élémentaire. Et si, en plus, on veut ce qui est nécessaire, équilibrer ou rééquilibrer les budgets de recherche dans le tiers-monde, les budgets d’accès au traitement, la façon dont, en effet, avec nos amis, dans les communautés, nous pourrions peut-être améliorer cet accès, c’est-à-dire prendre de l’argent des systèmes riches, des systèmes sociaux riches pour les donner ailleurs, il faut convaincre les populations. C’est essentiel, et ça s’appelle la politique. Nous dépensons chacun 2 000 $, environ, ou 2 000 €. L’euro n’est pas mauvais en ce moment. Donc, nous avons plus d’argent avec 2 000 €, 2 000 $ par habitant et par an, en France ou dans les pays riches. Là, l’étude de Jeffrey Sachs qu’on nous a montrée tout à l’heure demande que l’on fasse un effort de 34,00 $ par habitant et par an, dans les pays en développement. Il y avait une autre étude de la Banque mondiale, en 97, qui disait 10,00 $. Vous savez, les économistes, faites attention à ce qu’ils disent, hein. D’abord, ils sont toujours en contradiction, l’un avec l’autre, et de toute façon, on ne peut pas raisonner économiquement, sinon, on ne fait jamais rien. Sinon, on ne fait jamais rien, parce que ça coûte toujours trop cher. Mais là, ils disent 34,00 $. Il y aura bientôt un autre rapport de la Banque mondiale qui dira 50,00 $. Enfin, bref, pour le moment, alors que nous dépensons 2 000 $, dans le monde en développement, on dépense, par tête et par an, 3,00 $ à 5,00 $. C’est-à-dire que les 34,00 $, c’est quand même dix fois plus, déjà. Qui va les trouver ? Est-ce que, par exemple, en allant — je l’ai fait pour le SIDA — voir tous les systèmes de protection sociale européens ? Nous étions 15 à ce moment. C’est très difficile de refuser de donner 34,00 $ de plus, si on en donne 2 000. C’est très difficile, et donc, l’assentiment, vous est acquis. En général, on dit oui, mais en réalité, on ne le fait pas. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas cette volonté politique qui vient, non pas des hommes politiques qui le feraient volontiers, mais du public qui n’est pas concerné. C’est donc un immense besoin d’explication et d’engagement, surtout, de la jeunesse de nos pays, vers ce qui peut constituer la seule face positive de la globalisation. Et j’en conclus, de ce petit… *** INTERRUPTION DE L’ENREGISTREMENT *** CHANGEMENT DE CASSETTE *** … mais c’est quelque chose qui vient à point pour contrebattre, ou au moins, positiver, ou en tout cas, offrir à ce qu’on appelle la globalisation, et aux non-globalists, ceux qui manifestent à travers tout le monde entier contre la globalisation libérale, contre le fait que les systèmes publics n’interviennent pas assez, et qui manifestent justement, d’ailleurs, contre un certain nombre de mesures qui ne comprennent pas suffisamment de prise en charge par l’État, des services publics, et caetera, et caetera. Ceux-là ne proposent pas grand chose. La taxe [Tobin], et enfin, bon, donner plus d’argent. Moi, je pense qu’il faut leur proposer, avec la jeunesse de tous les pays, de s’engager dans cette idée farfelue d’une assurance universelle, assurance de santé mondiale, World Health Security, que cette proposition pourrait être — ça prendra des années, c’est très long, c’est très difficile, c’est très ambitieux, c’est sans doute trop ambitieux — ça pourrait être la face positive de cette globalisation. Mais, de le faire à travers les communautés, de le faire à la disposition et avec les communautés. De le faire sous forme de micro-crédit de la santé, par les communautés. Bien sûr, avec un plan de santé public. Bien sûr, avec une planification rigoureuse. Bien sûr, avec un nombre de démarches de prévention, de vaccination, et caetera, mais aussi du soin, un peu de soin, à la mesure des débuts d’une telle entreprise. Et ce ne sera pas pareil dans tous les pays. Les pays ne se ressemblent pas, même si la demande ressemble à une autre demande. Même si les besoins de santé publique sont grands, ils doivent, ces besoins, et donc, la satisfaction de ces besoins, s’adapter à ce qui, localement, peut exister de structure de santé, d’ONG, de dispositions hospitalières. Et bien sûr, ils doivent également être soutenus par les présidents et les ministres de la Santé. Un dernier mot à ce propos. J’ai souffert beaucoup, personnellement, mais enfin, ce n’était qu’une frustration permanente, du fait que les ministres de la Santé n’ont jamais assez [voix] au chapitre, lorsqu’il ne s’agit pas de leur pays, mais de la nécessaire solidarité avec les pays, par exemple, pour le VIH/SIDA, par exemple, pour tuberculose et malaria, par exemple, pour le Global Fund. Les ministres de la Santé sont des gens tenus à l’écart, et ce sont les ministres du Développement qui parlent toujours. C’est une erreur profonde. C’est une bêtise manifeste. Ce fut un retard exceptionnellement meurtrier, en ce qui concerne le traitement nécessaire du SIDA dans le tiers-monde. Parce qu’on disait, comme d’habitude, « Oh, la, la, mais c’est impossible. Ça va coûter tellement cher. » Et comme on n’a pas l’argent… Mais si on ne commence pas avant d’avoir l’argent, on ne fait rien, en politique. Et donc, les ministres de la Santé étaient écartés. Et je me souviens de discussions terribles, très violentes, avec la dame qui a représenté, et je crois, représente encore, l’Afrique du Sud, au moment où monsieur [Taboumbeki] a dit qu’il ne fallait pas traiter. Alors, j’avais un médecin qui disait : « Il ne faut pas traiter. » Alors, qu’est-ce que vous voulez lui dire ? Je ne peux pas la tuer, et encore… Alors, Mandela, heureusement, est intervenu pour dire qu’il n’était pas d’accord avec Taboumbeki. Ç’a changé, mais ç’a mis des années à changer. Et ce débat était alimenté par des gens qui, dans les pays anglo-saxons, comme on dit pudiquement, politically correctly, que je ne nommerai pas, étaient, les ministres du Développement, en désaccord profond avec leurs ministres de la Santé. Et vous avez parlé de la Hollande, monsieur. Et bien, en Hollande particulièrement, je me souviens de ma collègue hollandaise qui voulait traiter. Mais le ministre du Développement, pourtant un type bien, qui s’appelle [Prang], que j’ai connu partout, et sous la terre et au ciel, lui, il ne voulait pas. Mais en quoi ça les regarde ? On a inventé Médecins Sans Frontières il y a un certain nombre d’années, parce que justement, les maladies ne s’arrêtent pas à la frontière, parce que la souffrance des autres appartient à tout le monde. Et eux disaient : « Ah ! Bien, non. C’est au-delà de la frontière, donc c’est nous, les ministres des Affaires étrangères. » Et ce fut une catastrophe. Parce que, on a besoin, bien sûr, de l’argent partout, qu’on peut saupoudrer sur d’autres projets. Ce n’était pas le problème. Il fallait que les ministres de la Santé — qu’on a voulu faire pour l’Afghanistan, ça n’a pas marché non plus — puissent, de façon décisive, avec un peu d’argent, un peu plus que d’habitude, entamer des projets communs avec nos homologues. C’est pour ça que nous avons réussi les jumelages hospitaliers, car on commence toujours à l’hôpital, même s’il y a des traitements dans les communautés, et c’est 40 jumelages qui ont été réussis à partir des équipements hospitaliers français envers l’Afrique en particulier, mais pas seulement. Marchent bien, mais seulement, ils sont trop lents. Quand vous avez dit oui, madame… d’accord, bon. Seulement, ils sont trop lents, et je rougis de dire que les deux ou trois institutions que j’ai mises en place, en particulier le Fond de solidarité thérapeutique international, avec l’argent du ministère de la Santé, pour réduire la transmission, et même la supprimer, entre la femme enceinte et le fœtus, avec, à l’époque, l’AZT, et puis, ce Fonds de solidarité hospitalier, [ESTER], thérapeutique et solidarité hospitalière, en cinq ans, a à peine avancé. Il y a deux, trois, quatre projets. Quant au Global Fund dont parlait notre ami le représentant spécial du secrétaire général, je les ai rencontrés il y a deux ou trois jours. C’est une pitié le nombre des projets qui réellement, avancent. Non seulement il a eu raison sur l’argent qu’il manque, mais également sur la mise en place des projets. Donc, il y a des inerties bureaucratiques. Alors, ma conclusion, je n’en ai pas, comme je n’ai d’ailleurs pas eu de plan, et, pas eu autre chose que des petits cris à pousser. Ma conclusion, c’est que rien ne se fera sans les malades. Rien ne se fera sans les familles de malades. Rien ne se fera de significatif sans la participation nécessaire des gens qui sont concernés. Ce ne sont pas… ce n’est pas le colloque singulier, c’est la participation, c’est la [baisse] de fusion, le dialogue nécessaire, la prise de décision nécessairement en commun entre les malades, les gens de santé publique et, évidemment, les calculateurs économiques. Alors, je rêve que l’on mette sur pied, avec difficulté sans doute, avec patience, cette idée d’une World Health Security que j’essaie de vendre avec plus ou moins de bonheur, d’ailleurs, mais plutôt plus de bonheur que pas, à la Banque mondiale, qui commencerait très petitement, et qui démontrerait qu’avec une somme d’argent qui, au début, ne sera pas suffisante, à travers les communautés, avec leurs choix, sous forme de micro-crédits, nous pourrions peut-être ne pas apparaître aussi égoïstes en dépensant 2 000 $, et en les laissant avec 3,00 ou 5,00 $ par an chez eux. Merci. » |
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