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Ajouté le : 2002-07-03 12:18
Mis à jour le : 2006-10-27 10:40
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La sempiternelle bataille de la gestion de l'eau dans les Andes


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Les paysans des basses terres irriguent leurs champs à l'aide d'eau contaminée qui leur parvient des hauteurs du bassin fluvial El Angel.
2000-05-19
Par Dominique Trottier


L'eau qui arrive à notre village est complètement contaminée. Et,
durant la saison sèche, nous n'avons pratiquement pas d'eau, a affirmé Salomon Acosta, agriculteur de la petite communauté de Mascarilla, en Équateur, lors de la réunion mensuelle du consortium Carchi, en mars dernier. Acosta décrivait ainsi non seulement le problème auquel doivent faire face les gens de son village, mais aussi celui de milliers d'autres fermiers du bassin fluvial El Angel, près de la frontière nord-est avec la Colombie.

Le réseau d'irrigation, dont dépendent ces paysans, trouve sa source à plus de 4 000 mètres d'altitude. L'eau est amplement utilisée et contaminée par les habitants du haut du bassin avant d'arriver à leurs terres. Heureusement, on commence à s'occuper de ce problème, grâce au consortium. Mais il reste encore beaucoup de chemin à faire, a déclaré Acosta.

Les canaux d'irrigation

Les premiers canaux d'irrigation furent construits dans ce qui est devenu la province de Carchi bien avant l'arrivée des Européens dans la région. Au cours des siècles suivants, le réseau d'irrigation s'est amplifié de façon anarchique autour du bassin fluvial El Angel, qui passe de 4 000 à 1 500 mètres d'altitude sur une distance d'à peine 50 kilomètres. Aujourd'hui, plus de 40 canaux approvisionnent la région en eau potable et d'irrigation.

Vers la fin de 1995, des chercheurs de la région ont créé le consortium Carchi pour offrir aux citoyens, aux organisations non gouvernementales (ONG) du secteur du développement et de la recherche, aux universités nationales et étrangères, aux centres internationaux de recherche et aux organismes gouvernementaux une tribune où gérer conjointement ce labyrinthe de canaux. Certains de ces chercheurs ont lancé ce qui devait devenir le projet MANRECUR (gestion des ressources), sous la supervision de FUNDAGRO ( Fundación para el Desarrollo Agropecuario), ONG basée à Quito.

Un laboratoire idéal

Le bassin d'El Angel nous est apparu comme un laboratoire idéal, explique Susan Poats, anthropologue en charge du projet. Ce territoire restreint compte plusieurs systèmes, sociaux et écologiques. Et les populations sont en conflit à cause de la mauvaise gestion de cet environnement.

Les chercheurs, tant du secteur des sciences naturelles que de celui des sciences sociales, y ont donc trouvé leur compte. Depuis 1996, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) appuie leurs travaux. Lors de la première phase, les chercheurs ont évalué les 100 000 hectares qui forment le bassin hydrographique El Angel et la zone d'utilisation de l'eau de la région qui compte une population d'environ 22 000 personnes. Au cours de la seconde phase, ils ont tenté surtout de mieux comprendre le système local d'adduction d'eau en étudiant les droits d'utilisation de l'eau et la mise en oeuvre d'un mécanisme participatif de surveillance des eaux. Les chercheurs s'emploient présentement à amasser des données sur le volume d'eau disponible dans le bassin et sur l'utilisation qu'en font les habitants, car l'information à ce sujet est inexistante ou périmée.

Des données désuètes

Les données utilisées par le gouvernement [équatorien] pour accorder les droits d'usage de l'eau sont vieilles de plus de 15 ans. Elles indiquent qu'y a un surplus d'eau, alors que les études que nous avons faites depuis 1966 révèlent qu'il y a une grave carence d'eau, affirme Mauricio Proaño, agronome auprès de la FUNDAGRO.

Le gouvernement m'a accordé un droit d'utilisation de l'eau il y a plus de trois ans, mais c'est de l'eau qui n'existe pas, a déclaré à Explore en ligne Miguel Angel Cuaspud, agriculteur de San Francisco del Angel. Selon Poats, [ces] études, qui donnent une évaluation plus juste de la disponibilité et de l'utilisation de l'eau, peuvent servir d'assises pour prendre des décisions plus éclairées quant à la distribution de l'eau.

La contamination de l'eau

Des études sur la qualité de l'eau du bassin hydrographique confirment que l'eau y est très contaminée, surtout dans la partie la plus basse du bassin. À la source, l'eau est pure. Mais dès qu'elle traverse les premières collectivités, elle est contaminée par les pesticides et les déchets. Fabian Minda, agriculteur dont la terre est située au bas du bassin, est victime de ce type de pollution. Nos cultures [canne à sucre, manioc, patates douces, maïs, haricots, etc.] sont de moins bonne qualité en raison de la contamination de l'eau, constate-t-il, en regardant l'eau brunâtre couler dans le canal d'irrigation dont il dépend.

La meilleure façon de contrôler la qualité et la consommation de l'eau, c'est de sensibiliser les gens, soutient Gustavo Diaz, psychologue spécialiste du développement qui s'est joint au projet MANRECUR. (La deuxième phase du projet vise en particulier à trouver des solutions aux problèmes cernés lors de l'étape précédente.) Nous donnons des cours et des ateliers pour sensibiliser les gens et prévenir les conflits [relatifs à la gestion de l'eau]. Nous utilisons aussi les arts, comme le théâtre et la musique, pour attirer l'attention [sur ce problème].

Une sensibilisation accrue

Cecilia Cabascango, promotora communautaire qui travaille au projet MANRECUR, a assisté à une des séances de formation offertes pour sensibiliser ses concitoyens de La Libertad, localité située à 3 200 mètres d'altitude. Les gens ne font que commencer à se rendre compte des effets négatifs de la pollution pour les habitants du bas. Mais, en général, ils sont ouverts au message que nous leur transmettons, conclut-elle.

[Nota : Les membres du consortium Carchi se réunissent tous les premiers vendredis du mois dans la petite ville d'El Angel, réunion à laquelle participent habituellement environ 50 personnes. Le plan de travail du consortium pour cette année consiste en quatre stratégies : réduire l'usage des pesticides tout en augmentant la production agricole et la productivité grâce à la recherche agricole participative; créer des mécanismes de collaboration et les capacités nécessaires pour gérer les conflits d'ordre social et écologique, notamment ceux qui ont trait à la gestion de l'eau; favoriser la mise en oeuvre des plans directeurs pour la gestion des ressources communautaires; et proposer une démarche en matière d'éducation écologique qui tienne compte des réalités du bassin hydrographique. Le projet MANRECUR appuie chacune de ces initiatives.]

Dominique Trottier est un journaliste-pigiste basé a Lima, au Pérou(Photo : D. Trottier)

[Projet de référence du CRDI # 988754]

Cet article vous inspire des commentaires ? Nous les recevrons avec plaisir à info@idrc.ca . 


Renseignements :

Susan Poats, FUNDAGRO/GRUPO RANDI RANDI, Casilla 17-16-219, Quito, Ecuador; tél. : (+593.2) 220-533/4; télec. : (593-2) 507-422; courriel : spoats@impsat.net.ec

Mauricio Proaño, FUNDAGRO/GRUPO RANDI RANDI, Casilla 17-16-219, Quito, Ecuador; tél. : (+593-2) 220-533/4; télec. : (593-2) 507-422; courriel : maupro@yahoo.com OU manrecu2@impsat.net.ec

Gustavo Diaz, Edif. Municipio de El Angel, El Angel, Ecuador; tél. : (+593-06) 280-355; télec. : (+593-06) 977-149


Des liens à explorer...

De nouvelles sources d'eau dans le plateau de Deccan, par Karen Twitchell.

L'agriculture durable dans le bassin de Tarim en Chine, par Michael Dobie.

La gestion de l'eau au Népal, par Lionel Lumb.

Une solution communautaire aux conflits sur la gestion des ressources au Laos, par Keane Shore.


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