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La lutte contre la pauvreté dans le monde : accroître les consultations avec les pauvres1999-12-16
Keane ShoreCe qui pourrait bien être la plus importante évaluation participative de la pauvreté dans le monde permet à la Banque mondiale et aux chercheurs du domaine du développement de voir sous un jour nouveau les effets de la pauvreté sur les populations du Sud. Une chose m'a frappé comme jamais auparavant : les handicaps des pauvres sont non seulement reliés, mais font boule de neige, a déclaré Robert Chambers, professeur émérite à l'Institute of Development Studies de l'Université du Sussex, lors d'un colloque tenu récemment au Centre de recherches pour le développement international (CRDI). Chambers est considéré comme le premier artisan du modèle d'évaluation participative rurale, largement répandu, pour la conception de projets de développement international. Consulter les experts Partant du principe que les pauvres sont les plus grands experts en matière de pauvreté, la Banque mondiale a subventionné une étude, Consultations with the Poor [en cours de rédaction en anglais], en vue de documenter l'édition 2000-2001 du Rapport sur le développement dans le monde qui porte en particulier sur la pauvreté. Des consultations auront lieu avec les pauvres de 23 pays en développement. L'étude prévoyait la participation de 23 000 personnes dans 260 collectivités, souligne Robert Chambers. L'objectif était (et reste) extrêmement ambitieux. Il nous fallait trouver un moyen d'exprimer les notions de base qui se situe entre la prétendue précision des statistiques et le flou qui peut caractériser le langage usuel. Il ne s'agissait pas de s'adresser aux pauvres, mais de faciliter leur propre analyse [de la situation] dont ils nous faisaient part par la suite, précise-t-il. Une saine gestion publique L'étude révèle que les pauvres savent parfaitement que la corruption des fonctionnaires est en partie responsable de leur sort. Malgré cela, ils souhaitent une plus grande présence de l'État, mais ils veulent que le gouvernement assure une gestion publique plus saine, affirme Chambers. En particulier, beaucoup comptent sur les services de santé publique parce qu'ils sont conscients que la maladie peut déposséder leur famille de leurs maigres biens. Ils estiment aussi que les infrastructures urbaines, comme les services d'adduction d'eau et d'égouts, leur sont profitables. Dans l'ensemble, les exigences des gens quant à leur qualité de vie sont modestes, ajoute-t-il. Par exemple, lorsqu'on leur demande leur définition du bien-être, des femmes du Bangladesh disent qu'elles veulent manger à leur faim, du temps pour prier et la possibilité de dormir sur des plates-formes de bambou. À court de temps Selon Chambers, bien des répondants estiment que le lieu où ils vivent les défavorisent davantage. Par exemple, un Jamaïcain qui habite une région rurale et a droit à une pension d'invalidité, doit faire un trajet long et coûteux en autobus pour aller la percevoir. En outre, un nombre croissant de femmes sont à court de temps parce que, pour soutenir la famille, elles doivent travailler à l'extérieur encore plus qu'il y a 10 ans. La pauvreté peut aussi être cause d'épuisement et de faiblesse extrême, et réduire ainsi la capacité des gens de gagner leur vie. Il est encourageant de constater, toutefois, que les gens ont du ressort, affirme Chambers. L'étude montre qu'ils font tout en leur pouvoir pour améliorer leur vie, même s'ils doivent souvent lutter contre des forces supérieures. Les mesures de soutien L'étude a aussi révélé que les pauvres sont plus enclins à obtenir le soutien d'organismes communautaires locaux comme les services funéraires, les assurances-épargne collectives, les groupes d'entraide et les autorités locales traditionnelles. Ils s'adressent moins aux politiciens et à la police, que beaucoup considèrent comme des oppresseurs. Quant aux organisations non gouvernementales qui offrent des programmes d'aide, elles sont souvent jugées insignifiantes. Les résultats préliminaires de l'étude laissent entendre que les organismes de développement devraient consulter davantage les populations locales pour être mieux en mesure de répondre à leurs besoins, fait valoir Chambers. Les économistes en particulier devraient modifier leurs attitudes, conclut-il. Keane J. Shore est un rédacteur-réviseur basé à Ottawa. Renseignements :Robert Chambers, Institute of Development Studies, University of Sussex, Brighton BN1 9RE, Royaume-Uni; tél. : (44-0) 1273-606-261; télec. : (44-0) 1273-621-202; courriel : r.chambers@ids.ac.uk
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