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Ce rapport porte sur la question du « droit dintervention humanitaire » : des États ont-ils jamais le droit de prendre des mesures coercitives et particulièrement militaires contre un autre État pour protéger des populations menacées dans ce dernier, et si oui, dans quelles circonstances? Jusquà ce que les événements bouleversants du 11 septembre 2001 propulsent la lutte contre le terrorisme au premier plan des préoccupations internationales, la question de lintervention à des fins de protection humaine était considérée comme lune des plus délicates et des plus controversées dans le domaine des relations internationales. Le problème sest posé de manière plus forte que jamais depuis la fin de la guerre froide. Les appels à lintervention se multiplient; certains trouvent réponse et dautres restent lettre morte. Les avis restent partagés quant à lexistence de ce droit, et même ceux qui le reconnaissent ne sentendent pas sur les modalités selon lesquelles il doit sexercer, cest-à-dire de quelle manière, à quel moment et sous lautorité de quelles instances. Le défi pour les gouvernementsLes puissances capables dintervenir militairement ont été critiquées aussi bien lorsquelles ont agi pour protéger des populations en danger comme en Somalie, en Bosnie et au Kosovo que lorsquelles se sont abstenues dagir, comme au Rwanda. Selon certains, la multiplication des interventions témoigne dune prise de conscience à une échelle authentiquement internationale, dont lavènement na que trop tardé. Dautres salarment en revanche à la perspective de voir ce phénomène battre en brèche un ordre international fondé sur la souveraineté des États et linviolabilité de leur territoire. Même parmi les partisans de lintervention, certains cherchent en priorité à réunir les conditions qui permettront dentreprendre des opérations coercitives ayant de bonnes chances de réussite, tandis que dautres sintéressent avant tout à la légalité de ces actions, et se préoccupent des procédures à respecter et du risque de créer des précédents nuisibles. Jusquici, cest lintervention de lOTAN au Kosovo, en 1999, qui a suscité le débat le plus intense. Les membres du Conseil de sécurité étant divisés, cette intervention avait été engagée sans lautorisation expresse de ce dernier. La justification légale de cette opération était ainsi sujette à caution (puisque nayant pas fait lobjet dun débat sur le fond), tandis que sa justification morale ou humanitaire, en principe beaucoup plus convaincante, était aussi remise en question par ceux qui lui attribuaient des pertes beaucoup plus lourdes que celles quelle avait permis déviter. Enfin, la conduite même de lopération par les alliés de lOTAN avait suscité de nombreuses critiques. Le Secrétaire général de lONU, M. Kofi Annan, a lancé à lAssemblée générale des Nations Unies, en 1999 puis en 2000, des appels éloquents invitant la communauté internationale à parvenir une fois pour toutes à un consensus sur ces problèmes, et à forger une nouvelle unité sur les questions fondamentales de principe et de procédure. Le Secrétaire général a posé directement la question incontournable en ces termes : si lintervention humanitaire constitue effectivement une atteinte inadmissible à la souveraineté, comment devons-nous réagir face à des situations comme celles dont nous avons été témoins au Rwanda ou à Srebrenica, devant des violations flagrantes, massives et systématiques des droits de lhomme, qui vont à lencontre de tous les principes sur lesquels est fondée notre condition dêtres humains? En réponse à cet appel, le gouvernement du Canada et un groupe de grandes fondations, annonçaient à lAssemblée générale en septembre 2000 la création dune Commission internationale de lintervention et de la souveraineté des États (CIISE). Notre Commission a été invitée à aborder lensemble des questions juridiques, morales, opérationnelles et politiques qui se posent dans ce domaine, à recueillir un éventail aussi vaste que possible davis dans le monde entier, et à déposer un rapport qui aiderait le Secrétaire général et tous les autres intervenants à trouver un nouveau terrain dentente. Le rapport de la CommissionLe rapport que nous présentons a été approuvé à lunanimité par les 12 membres de la Commission. Il a pour thème central « La responsabilité de protéger ». Les États souverains ont la responsabilité de protéger leurs propres citoyens contre les catastrophes quil est possible de prévenir meurtres à grande échelle, viols systématiques, famine. Sils ne sont pas disposés à le faire ou nen sont pas capables, cette responsabilité doit être assumée par lensemble de la communauté des États. Dans les pages qui suivent, nous analysons la nature et la portée de cette responsabilité et nous proposons des réponses aux questions quelle soulève : qui doit lexercer, de quel droit, quand, où et comment. Nous espérons que notre rapport ouvrira des perspectives nouvelles et contribuera à susciter sur cette question un nouveau consensus international dont le monde a un besoin urgent. Par-dessus tout, les coprésidents tiennent à remercier tous les membres de la Commission qui ont donné sans compter de leurs connaissances, de leur expérience et de leur jugement au fil de la rédaction de ce rapport, qui sest étendue sur une année entière de travail intensif ponctuée de réunions. Chaque membre de la Commission a défendu ses points de vue personnels, et le texte sur lequel nous nous sommes entendus ne reflète pas intégralement les idées privilégiées par chacun dentre nous. En particulier, certains auraient préféré des critères dintervention militaire plus souples que ceux que nous proposons, tandis que dautres auraient souhaité quils soient encore plus stricts. De même, certains membres auraient élargi les possibilités dintervention militaire en labsence dune autorisation du Conseil de sécurité, alors que dautres les auraient limitées davantage. Néanmoins, notre rapport reflète le point de vue commun de tous les membres de la Commission quant aux objectifs quil est politiquement envisageable de réaliser dans la conjoncture actuelle. Nous voulons quil ny ait plus jamais dautre Rwanda, et nous estimons que ladoption des propositions que nous formulons constitue le meilleur moyen de nous en assurer. Nous croyons quil est essentiel de continuer à progresser vers un consensus international. Puisse le terrain dentente que nous avons trouvé représenter une étape de plus dans cette progression. Nous espérons que les conclusions que nous avons formulées trouveront un écho dans lensemble de la communauté internationale. Le rapport de la Commission et les événements du |
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