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Aida Du Bois

ID : 25782
Ajouté le : 2003-02-03 14:14
Mis à jour le : 2004-07-21 13:02
Refreshed: 2010-02-09 14:12

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Hauts lieux d'une biodiversité menacée
Préc. Document(s) 6 de 7 Suivant
Jean-Marc Fleury













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Un paysan habitait la montagne, un autre la plaine.
Celui des plaines, bien branché sur le tout moderne,
troqua ses variétés contre une poignée d'améliorées.
L'autre semait toujours ses vieilles graines. Quel arriéré !
Un jour, les champs d'en bas périclitèrent.
Avec le montagnard, le riche de la vallée dut faire affaire.
Les graines de ce rustique recelaient des trésors :
de quoi, de tous les paysans, améliorer le sort.

Une vingtaine de plantes assurent 80 pour cent de l'alimentation humaine. Six d'entre elles, maïs, pomme de terre, orge, sorgho, pommier et tomate, sont originaires des montagnes. Sept autres, blé, haricot, riz, avoine, vigne, oranger et seigle, ont trouvé de nouveaux foyers de diversification dans les hauteurs qu'elles ont peuplées de variétés nouvelles. La diversification se maintient et se poursuit toujours sur les hauts plateaux et les montagnes d'Afrique, d'Amérique latine et de l'Hindou Kouch Himalaya où les paysans cultivent une multitude de variétés rustiques. Heureusement. 

Dans les plaines, les multiples "variétés de pays" qui faisaient la fierté de tel paysan ou de tel hameau ne sont plus que souvenirs. La diminution du nombre de variétés agricoles inquiète. Les agriculteurs y cultivent désormais les quelques mêmes variétés de blé, de riz ou de pomme de terre. Fatalement, chaque fois qu'un virus ou un champignon leur trouve un point faible, c'est l'hécatombe. Constamment, il faut renforcer les variétés modernes avec des gènes de résistance à quelque nouvelle maladie virale ou fongique. Souvent, les variétés rustiques montagnardes fournissent le gène qui confère la résistance à la maladie.

« Il y a 200 ans, la diversité était sans doute la même, dans les plaines et les montagnes, dit Joachim Voss, directeur principal de la recherche au CRDI. Mais il y a probablement toujours eu plus de variabilité dans les montagnes que dans les plaines où les conditions sont beaucoup plus uniformes. Une des raisons pour lesquelles on a une telle diversité dans les montagnes est qu'il y a beaucoup de niches écologiques. » Variations d'altitude, d'exposition au soleil, de pluviométrie et de sol se conjuguent en une multitude de vallées, pentes et plateaux différents.

Dix mille ans après l'invention de l'agriculture, la biodiversité des plantes comestibles a largement disparu des plaines pour se nicher dans les montagnes. Mais combien de temps y résistera-t-elle encore ?

Montagnes de biodiversité

La pomme de terre serait d'abord apparue dans les Andes, au Pérou ; le maïs dans la sierra mexicaine et le café et le sorgho sur les hauts plateaux éthiopiens. Pendant des millénaires, nos ancêtres agriculteurs, aussi bien ceux des plaines que des montagnes, ont cultivé, sélectionné, transporté et échangé des plantes. Ils les ont modelées en fonction de leurs besoins et des environnements qu'ils habitaient. Les plantes les plus utiles ont été propagées sur de nouveaux continents et se sont diversifiées encore.

On estime qu'il suffit de trois à cinq siècles pour que s'établisse un nouveau centre de diversification. Le maïs et la pomme de terre, introduits dans l'Himalaya à peu près en même temps qu'en Europe, y ont trouvé un centre de diversité secondaire; on y recense aujourd'hui des variétés qui n'existent, ni en Europe, ni en Amérique. 
 
 

adaptée de Mountains of the World, p. 18 et 19.

L'Hindou Kouch Himalaya est le centre de diversité secondaire, ou d'origine, d'une cinquantaine d'espèces de légumes et d'une trentaine d'espèces d'épices et de condiments. Diversité agricole et diversité culturelle vont de pair. Chacun des nombreux groupes ethniques y cultive son bouquet de variétés. Dans certains endroits, on continue même à créer de la biodiversité agricole en domestiquant des plantes sauvages. Par exemple, les Lepchas du Sikkim, partagent avec leurs voisins du Népal et du Bhoutan des cardamomes géantes qu'ils sélectionnent parmi les variétés sauvages de leurs montagnes. Ces variétés nouvellement "domestiquées" du populaire condiment n'exigent aucun engrais et se vendent un bon prix.

Les habitants des pays tempérés ont une immense dette à l'endroit des paysans des montagnes des régions tropicales. Les tropiques regorgent de biodiversité, mais ce sont les plantes originaires de leurs montagnes qui se sont le mieux adaptées aux plaines des pays occidentaux tempérés. 

Christophe Colomb en a fait l'expérience. Après son second voyage, il a été le premier à introduire le maïs en Europe. Mais ce maïs périclita ; il provenait des îles Caraïbes. Une vingtaine d'années plus tard, des grains de maïs des hauts plateaux du Mexique et du Guatemala donnèrent les premiers bons rendements dans les pays européens.

Refuges de l'agrobiodiversité

Dans les Andes, les paysans cultivent une cinquantaine de variétés de pomme de terre afin de profiter des subtiles différences de climat et de sol des innombrables mini-écosystèmes montagneux. « Dans les montagnes du Rwanda, du Burundi et du Kivu (province du Congo-Kinshasa), dit Joachim Voss, les paysans cultivent presque toujours les haricots en mélanges de variétés, entre six à 30 variétés sur le même champ.

« La stratégie de cultiver beaucoup de variétés différentes dans les montagnes n'est pas seulement liée à la variabilité des niches écologiques, mais aussi à la variabilité climatique, précise Voss. C'est une bonne façon de diminuer le risque climatique. Les gens se disent: "Il y a toujours au moins quelques variétés qui survivront s'il fait plus sec ou plus humide que la normale." Cela a aussi un effet très important sur la résistance aux pathogènes, ajoute l'anthropologue, qui a travaillé pendant des années parmi les agriculteurs d'Afrique centrale. Les paysans n'utilisent aucun pesticide ou fongicide et on ne voit jamais de champs fortement attaqués par des maladies. »

À travers l'Amérique latine, Miguel Altieri, de l'Université de Californie à Berkely, et Camila Montecinos, du Centro de Educación y Tecnología de Santiago (Chili), ont confirmé que la biodiversité croît avec l'altitude. Dans la vallée de Mantaro, au Pérou, 87 p. 100 des paysans des basses terres plantent les variétés modernes à haut rendement, tandis que dans les parties les plus élevées de la vallée, à peine 2 p. 100 des paysans les utilise. Au Népal, les paysans des villages de haute altitude s'en remettent exclusivement à leurs nombreuses variétés traditionnelles. 

Dans le monde entier, on observe un accroissement de la biodiversité dans les environnements les plus difficiles et les plus marginaux, comme les régions régions montagneuses. En retour, « la diversité est à la base des systèmes agricoles des environnements marginaux, dit Daniel Buckles, administrateur de programme au CRDI. Les gens inventent des systèmes intégrés et robustes de production de nourriture en utilisant cette diversité. »

Les montagnes créent de la biodiversité

Derniers refuges de biodiversité des plantes agricoles, les montagnes continuent aussi à créer de la biodiversité.

Les plantes dont descendent nos variétés modernes de pommes de terre et de maïs existent toujours à l'état sauvage dans les montagnes et les plateaux d'Amérique du Sud. Les  paysans andins tolèrent souvent ces parents sauvages même jusque dans leurs champs. Ils favorisent ainsi la fécondation croisée entre espèces domestiquées et sauvages, ce qui produit de nouvelles variétés et accroît la biodiversité. En Éthiopie, on observe le même phénomène avec les sorghos domestiqués et sauvages. Dans les champs de haricot des montagnes d'Afrique centrale, les multiples variétés présentes dans le même champ ont un taux de croisement d'environ 4 p. 100. « Il y a des graines différentes qui apparaissent. Les paysans les plantent à part », a observé Voss.

Dans l'Himalaya, poussent souvent côte à côte variétés sauvages et domestiquées de citronniers, d'orangers et de manguiers. Là aussi, les arbres sauvages et domestiqués se fertilisent mutuellement, un brassage de gènes accroissant encore la biodiversité.

Plantes originaires des montagnes

Région/pays

Centre d'origine

Centre de 
diversité centrale

Andes
 
 

 

pommes de terre,
maïs, téosinte,
tomate, amarante,
quinoa, arachide,
cacaoyer, lupin,
haricot, cotonnier

bananier
 
 

 

Afrique centrale

 

haricot, bananier,
patate douce

Éthiopie

 

sorgho, orge, café,
tef, sésame, ricin,
pois chiche, ensette,
guizotia (niger)

orge, blé dur, lin,
lentilles

Hindu Kush-
Himalaya

 

carotte, moutarde,
groseiller, pommier,
poirier, abricotier,
oranger, citronnier,
cardamome

orge, riz, seigle,
blé

 

L'agrobiodiversité des montagnes menacée

À partir du XIXe siècle, on a entrepris de recueillir et conserver les semences du monde entier. Aujourd'hui, ces graines, déshydratées et réfrigérées, offrent une sorte de photographie instantanée de l'agrobiodiversité planétaire entreposée dans des banques de gènes, presque toutes situées dans les plaines. De son côté, la biodiversité agricole des montagnes vit, évolue et se diversifie. « Maintenant, dit Anil Subedi, directeur de LI-BIRD, une ONG népalaise vouée à la conservation de l'agrobiodiversité, la conservation des variétés paysannes est elle aussi menacée par l'agriculture moderne. Tous les efforts vont aux variétés modernes. Même la recherche n'accorde pas suffisamment d'importance à l'utilisation du matériel génétique local. »

Les ressources génétiques indispensables à l'amélioration des variétés modernes se trouvent en grande partie dans des écosystèmes créés par l'humain, plutôt que dans des écosystèmes sauvages. « D'un côté, il y a une sélection continue exercée par le milieu, de l'autre une sélection causée par des facteurs socioculturels et socio-économiques », dit Anil Subedi.

Environnement montagneux par excellence, le Népal compte à lui seul 2000 variétés paysannes de riz, dont plusieurs riz parfumés basmati de grande renommée. «  Sur 75 variétés traditionnelles de riz répertoriées dans la vallée de Pokhara, dit Anil Subedi, il y en a déjà 17 de perdues dont les paysans se souviennent. Il y en a encore 47 dont les surfaces cultivées ont tellement diminué qu'elles sont en voie de disparition. » Or, plusieurs de ces variétés sont exclusives au Népal. Les touristes japonais en connaissent bien la valeur, eux qui les rapportent dans leurs bagages. 

On trouve aussi au Népal une diversité de moutardes, cardamomes, gourdes, citrouilles, concombres, tomates, piments, ails et haricots niébé. Avec l'expansion des réseaux de distribution des semences commerciales, on assiste à une érosion génétique du patrimoine légumier. Dans la région de Pokhara, pourtant une région de très forte tradition agricole, LI-BIRD a noté la disparition de variétés de concombre, de citrouille, de gourde et de piment tandis que des variétés de tomate, de moutarde et de radis sont en voie de disparition. 

Au Mexique et au Guatemala, la zone de distribution du téosinte, un lointain ancêtre du maïs, se superpose aux régions montagneuses dont le maïs est originaire, preuve supplémentaire de leur parenté. On constate une disparition alarmante des variétés paysannes et sauvages de téosinte. En 1991, revenu sur des sites visités 30 ans plus tôt, Garrison Wilkes, de l'Université du Massachusetts (Boston), a constaté la disparition de 75 à 90 p. 100 des grands-parents de notre maïs moderne.

Les gardiennes de la biodiversité

« Dans l'Est de l'Himalaya, je vous le garantis, dit Barun Gurung, un anthropologue membre de Resources Nepal, une ONG de Katmandou, la séparation des tâches la plus catégorique touche la gestion des ressources génétiques. Posez à n'importe quel homme des questions détaillées sur la gestion des ressources génétiques, il vous répondra : "Demandez à ma femme." » Au cours de ses recherches sur les liens entre agrobiodiversité, ethnicité et genre, Barun Gurung a rencontré des paysans qui, même s'ils sont aussi professeurs d'école comme il arrive souvent dans ces régions, ont dû admettre, l'air penaud, que c'était leur épouse qui s'y connaissait en semences. Parmi la plupart des communautés montagnardes, les femmes sont les gardiennes des semences. 

Timothy Reeves, directeur général du CIMMYT (Centre international pour l'amélioration du maïs et du blé), au Mexique, raconte que lorsque ses spécialistes demandent aux paysans mexicains de sélectionner les meilleurs maïs, les hommes recherchent les rendements les plus élevés. Les femmes, par contre, utilisent plusieurs critères; le rendement n'étant que l'un parmi d'autres. 

Les hommes comme les femmes connaissent de nombreuses caractéristiques des plantes qu'ils cultivent : quantité de travail requise pour les protéger contre les mauvaises herbes, susceptibilité aux maladies et aux insectes, facilité à récolter, à battre, à entreposer, à moudre et à cuire et goût. Mais comme ce sont les femmes qui sont responsables de la plupart de ces tâches, ce sont elles qui ont le plus à perdre ou à gagner. Elles sont les meilleures protectrices de la biodiversité.

Les paysannes améliorent les variétés

Alors que les experts s'entendent sur l'urgence la conservation d'échantillons de semences en environnement contrôlé, dite conservation ex situ, certains appuient fortement la conservation de la diversité génétique dans son milieu naturel, dite conservation in situ

« Conserver pour conserver n'a pas de sens, dit Anil Subedi. Lorsqu'il s'agit d'agriculture, la communauté qui expérimente dans son environnement avec les plantes depuis des siècles obtient les meilleurs résultats. Notre méthode d'amélioration participative consiste à utiliser une des variétés paysannes comme parent (dans un croisement avec une variété à haut rendement) et à tester (les résultats des croisements) dans les champs des paysans. Nous conservons ainsi les bonnes caractéristiques des variétés paysannes tout en introduisant des caractéristiques génétiques désirables provenant des parents exotiques. »

Au début des années 1990, les premières variétés issues de l'amélioration participative d'un riz paysan croisé avec un riz à haut rendement d'origine japonaise ont commencé à être adoptées par les paysans népalais.  Une de ces variétés porte le nom du plus spectaculaire des sommets visibles de Pokhara, le fameux Machhapuchare (Queue de poisson). La meilleure variété, baptisée Machhapuchare-3, a même été distribuée par le gouvernement, un précédent dans l'histoire de l'amélioration participative.
  Par contre, des paysans des environs de Pokhara ont trouvé que l'épi de M-3 perdait trop facilement ses grains à maturité. En collaboration avec LI-BIRD, ils ont décidé de l'améliorer.

Vox populi

Mme Radhika Paudel, présidente du Srijanshil Mothers' Group, village de Marangache : 

« Nous avons testé les nouvelles variétés (résultats de croisements avec M- 3 ) depuis trois ans. Parmi les nombreuses variétés, il y en a de bonnes et de moins bonnes. Mais nous avons rencontré un problème. L'année dernière, il y a eu de la grêle. Ça a fait tomber les grains. Nous voulons maintenant une variété qui ne s'égraine pas sur pied, avant la récolte. Nous avons donc créé de nouvelles variétés. Mais cette année, il était difficile de séparer les grains des épis. »

« Nous avons conservé quelques-unes des variétés difficiles à battre et nous allons observer de nouveau ce qui va arriver. »

« Ce serait plus facile pour nous de planter seulement les variétés recommandées. Mais même si nous n'avons pas vu le résultat final, nous pensons que nous réussirons. »

Mme Sumitra Tiwari, près de Begnas :

« Jusqu'ici notre expérience est que nos variétés sont bonnes. Même si les nouvelles variétés produisent plus, elles n'ont pas bon goût, elle ne donnent pas une bonne paille. Elles ont besoin d'engrais chimique que nous ne pouvons acheter.

« Nous sommes inquiètes à l'idée de perdre nos variétés locales. Il est arrivé qu'on en perde. Nous réalisons qu'il nous faut non seulement conserver les graines, mais aussi les aspects sociaux. Même si nous cultivons de nouvelles variétés, nous conservons les anciennes.
  Si nous perdons nos variétés, nous nous en repentirons. Si nous les perdons toutes, nous nous en repentirons encore plus.

« Avant, nos maïs donnaient de très bonnes récoltes, les plants étaient hauts, solides. Nos parents avaient l'habitude d'attacher les animaux à leur tige. Maintenant, les nouvelles variétés ne produisent pas bien. Nous ne savons plus quoi faire. »

Mme Yog Maya Paudel, agricultrice du village de Leknath :

« Je suis responsable du site de la pépinière, de la transplantation, du désherbage, de la récolte, de l'entreposage, du séchage, du choix des semences, de la mouture et de la cuisson. »

Que fait le CRDI ?

Le CRDI appuie de nombreuses initiatives favorisant le maintien de l'exceptionnelle agrobiodiversité des montagnes. Par exemple, il a financé les travaux de LI-BIRD décrits plus haut. De même, le CRDI soutient le Community Biodiversity Development and Conservation Network, mis sur pied en 1994 qui a financé, entre autres, les travaux de Miguel Altieri et de Camila Montecinos. Le CRDI soutient aussi les recherches de Barun Gurung dans la région himalayenne. Il est partenaire du CIMMYT pour mieux connaître les critères que les paysannes et les paysans utilisent pour privilégier une variété plutôt qu'une autre. 

Toutes les recherches financées par le CRDI contribuant à préserver l'agrobiodiversité des montagnes, et dont le texte ci-haut ne présente que quelques exemples, s'inscrivent dans une stratégie de recherche cohérente: comment concilier la recherche de l'amélioration du rendement des cultures des paysans pauvres avec la conservation de la biodiversité?

Le CRDI met l'accent sur les systèmes agricoles complexes des petits paysans des zones marginales: collines, montagnes, hauts plateaux (et zones côtières). Ces zones marginales sont prioritaires pour le Centre. Elles comptent une proportion relativement élevée de populations pauvres et démunies. Elles sont fragiles, mais peuvent être très productives. Elles sont aussi importantes pour la biodiversité. 

De nombreux scientifiques appuyés par le CRDI cherchent les meilleures façons d'aider ces familles paysannes marginales qui conservent encore la biodiversité agricole. Dans ce qui semble une partie perdue d'avance, une approche développée par Salvatore Ceccarelli, du Centre international pour la recherche agricole dans les régions sèches (ICARDA), à Alep (Syrie), semble prometteuse. Au lieu de s'obstiner à voir les milieux marginaux comme des problèmes, l'approche crée une synergie entre un milieu très diversifié et le maintien de la biodiversité. Elle promet de faire des montagnes de véritable usines à biodiversité agricole.

Selon Ceccarelli, si on a une grande variabilité environnementale, il est alors préférable de chercher une série de variétés parmi lesquelles se trouveront les meilleures pour chaque micro-environnement. Au lieu de s'évertuer à trouver LA meilleure variété, le sélectionneur aide les paysans à disposer d'un mélange comprenant plusieurs variétés. Aux paysans de sélectionner les mieux adaptées à chaque niche de leur exploitation agricole. 

« Pour les scientifiques qui veulent répondre aux besoins des paysans dans des conditions marginales, tout en favorisant la biodiversité, c'est une très bonne approche, dit Joachim Voss. Il ajoute : Il y a 90 ans, à la fin du siècle dernier, le Japon a réussi à obtenir des rendements en riz qui sont équivalents à ceux obtenus aujourd'hui en Malaisie avec la Révolution verte. Les Japonais ont utilisé un système qui a encouragé l'expérimentation variétale locale dans tout le pays. Ils ont mis en place un système d'échange de variétés entre petits groupements de cinq familles. Avec cette stratégie, ils ont doublé leurs rendements en 20 ans."

Principaux faits

  • Six de la vingtaine de plantes qui assurent 80 p. 100 de l'alimentation mondiale sont d'abord apparues dans les montagnes.

  • La diversification, dans le sens de création de nouvelles variétés, se poursuit toujours dans les régions montagneuses.

  • Les plantes alimentaires originaires des régions montagneuses des tropiques ont mieux réussi à s'adapter aux conditions des plantes des pays tempérés que les plantes des basses teres tropicales.

  • Dans les montagnes d'Afrique centrale, les paysans cultivent entre six et 30 variétés différentes de haricot sur la même parcelle.

  • Les environnements marginaux, comme les zones semi-arides et les montagnes, favorisent une plus grande biodiversité.

  • Dans de nombreuses régions montagneuses, de nouvelles plantes apparaissent à la suite de croisements qui s'effectuent entre variétés domestiquées et sauvages.

  • Les paysans du Népal cultivent environ 2000 différentes variétés de riz, mais dans la vallée de Pokhara, sur les 75 variétés connues des paysans, déjà 17 n'existent plus et 47 sont menacées de disparition.

  • Dans plusieurs régions montagneuses, les femmes ont la responsabilité des semences.

  • Les environnements marginaux exigent une plus grande biodiversité, mais peuvent aussi contribuer à l'augmenter.

  • Les agriculteurs les plus pauvres de la planète sont ironiquement ceux qui possèdent les plus grandes richesses en biodiversité agricole.

Ressources

Inventory of Indigenous Rainfed and Aromatic Rice Landraces in Seti River Valley, Pokhara, Nepal par D. K. Rijal, K. B. Kadayat, K. D. Joshi et B. R. Sthapit, LI-BIRD, Pokhara, 1999

On-farm Conservation of Indigenous Vegetables by Strengthening Community- based Seed Banking in Seti River Valley, Pokhara, Nepal, par R. B. Rana, K. D. Joshi et B. R. Sthapit, LI-BIRD, Pokhara, 1998

Managing Agrobiodiversity, Farmers' Changing Perspectives and Institutional Responses in the Hindu Kush-Himalaya Region, sous la direction de Tej Partap et B. Sthapit, ICIMOD/IPGRI, Kathmandu, 1998,  439 pages

La conservation des plantes sauvages apparentées aux plantes cultivées, Erich Hoyt, IPGRI, Rome, 1992, 52 pages

La biodiversité, enjeu planétaire, par Michel Chauvet et Louis Olivier, Sang de la terre, Paris, 1993, 413 pages

Perspectives on Biodiversity : Case Studies of Genetic Ressource Conservation and Development, sous la direction de Christopher Potter, Joel Cohen et Dianne Janczewski, AAAS Press, Washington, 1993, 245 pages. 

Biodiversity, E. O. Wilson Editor, National Academy Press, Washington, 1988, 521 pages.

Genes, Crops and the Environment, par John Holden, James Peacock et Trevor Williams, Cambridge University Press, Cambridge, 1993, 162 pages. 

Mountains of the World, Challenges for the 21st Century, Mountain Agenda, Institut de géographie, Université de Berne, 1997, 36 pages.

Geneflow, périodique de vulgarisation publié par l'Institut international des ressources phytogénétiques (IPGRI),  FAO, Rome

Genes in the Field, Conserving Crop diversity on Farm, edited by Stephen B. Brush, publié par le CRDI et l'IPGRI, Ottawa, 1999.

CRDI (Biodiversité)
http://www.idrc.ca/institution/f1_susbio.html

LI-BIRD (Local Initiatives for Biodiversity, Research and Development)
http://www.panasia.org.sg/nepalnet/libird/libirdprofile.htm

ICIMOD (Centre international de mise en valeur intégrée des montagnes)
  http://www.south-asia.com/icimod.htm

CIMMYT (Centre international d'amélioration du maïs et du blé)
http://www.cimmyt.cgiar.org/

Réserve de la biosphère de Manantlán, Mexique
http://192.100.189.39/research/nrg/GDcuzvally.htm

ICARDA (Centre international pour la recherche agricole dans les régions sèches)
http://www.cgiar.org/icarda/

IPGRI (International Plant Genetic Resources Institute)
http://www.cgiar.org/ipgri/

Convention sur la biodiversité biologique
http://www.biodiv.org/

L'Éthiopie, un laboratoire vivant de biodiversité
http://archive.idrc.ca/books/reports/f233-12.html 
 

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