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Aida Du Bois

ID : 25642
Ajouté le : 2003-01-27 10:28
Mis à jour le : 2004-06-07 14:03
Refreshed: 2010-02-09 12:23

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Jeffrey Sachs et les défis du développement
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Nouvelles approches en matière d'aide internationale

Conférence présentée par Jeffrey Sachs
Directeur, Centre for International Development, Harvard University
au Centre de recherches pour le développement international le 19 juin 2001 à Ottawa


« Ce soir, je me propose de traiter des défis du développement économique, notamment dans le contexte dans lequel nous vivons - celui de la mondialisation.

J'aimerais envisager la mondialisation dans une perspective un peu moins étroite que celle à laquelle, selon moi, nous sommes habitués. Lorsque je dis « nous », je dois admettre d'emblée que je pense généralement à « nous » aux États-Unis, et notamment à « nous » dans l'administration américaine, qui exerce une telle influence sur la façon dont le monde réagit à la mondialisation et qui détient tant de pouvoir, mais qui, malheureusement, comprend si peu ce qui se passe réellement. Je crois que pour mieux comprendre la vraie nature des grandes missions de l'aide au développement international, les grands défis que doivent relever l'Agence canadienne de développement international (ACDI) ou le CRDI ou, aux États-Unis, USAID ou les autres organismes d'aide, il faut partir d'une analogie médicale: ce qu'il faut, c'est un bon diagnostic, c'est comprendre ce qui ne va pas dans le système. Et, Mesdames et Messieurs, je crois que nous ne sommes pas encore parvenus à une véritable compréhension de la mondialisation, de ce qu'elle signifie, de la manière dont elle affecte différemment les diverses parties de la planète, et donc de la manière d'intervenir le plus efficacement pour poursuivre les buts que nous souhaitons tous poursuivre: la promotion d'un développement économique généralisé et l'allégement de la souffrance dans les pays très pauvres.

Je ne crois pas que nous réussirons si nous n'arrivons pas à mieux comprendre pourquoi certaines régions du monde accomplissent actuellement d'immenses progrès économiques - car certains pays pauvres progressent à pas de géant dans le domaine économique - tandis que d'autres régions importantes du monde ne font pas de progrès sensibles. Ils perdent de plus en plus de terrain par rapport aux autres. Le diagnostic que l'on pose habituellement concernant ces différences de rendement économique est, à mon avis, puéril, simpliste et inspiré en grande partie par un vœu particulier des États-Unis, à savoir que les masses grandissantes de pauvres ne doivent pas importuner le contribuable américain. Et nous avons élaboré une philosophie, une interprétation, une idéologie qui tient en quelques mots: « Eh bien! Il conviendrait de mettre de l'ordre dans vos affaires car, si vous avez un problème, vous ne devez compter que sur vos propres moyens. » Le problème est le suivant : ce diagnostic repose sur une très mauvaise compréhension de ce que la mondialisation et les réformes de marché peuvent accomplir ou ne pas accomplir.

Au cours de ma carrière professionnelle comme macroéconomiste (laquelle, je dois le reconnaître après avoir célébré au cours du dernier week-end ma 25e réunion collégiale, est maintenant bien engagée dans sa troisième décennie), j'ai appris beaucoup grâce à l'expérience et à l'observation; je comprends mieux ce que les outils auxquels j'ai été initié peuvent et ne peuvent accomplir. Si vous m'autorisez à faire une petite digression, je vous dirai que je me suis intéressé à ces questions en tant que spécialiste de la finance et macroéconomiste; et il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre comment on manipule les outils que sont le taux de change, la politique monétaire, la politique budgétaire, la politique des marchés financiers, etc. à des fins de stabilisation macroéconomique. Et, pendant plusieurs années, j'ai participé aux efforts visant à stabiliser la situation de pays aux prises avec une inflation galopante. Et souvent - j'en tire une certaine joie - les résultats obtenus ont été raisonnablement satisfaisants. Mais, ce faisant, j'ai également appris des leçons très importantes. J'ai appris notamment à m'interroger sur les véritables pouvoirs et les véritables limites de ces outils.

Et - permettez-moi de poursuivre encore un peu cette digression - j'ai entrepris de faire du travail concret en tant que macroéconomiste en Bolivie. Je crois que c'est un endroit tellement isolé et dépourvu de tout qu'ils étaient prêts à accepter n'importe qui; et j'ai donc répondu à l'appel, n'ayant aucune idée de l'aventure dans laquelle je me lançais. Et ce n'est que plus tard que je me suis rendu compte combien cette aventure avait transformé ma vie.

Il s'agissait, bien entendu, d'un pays dont la population était appauvrie. Et il s'agit encore aujourd'hui d'un pays dont les habitants vivent très pauvrement. Au cours des cinq années qui ont précédé la stabilisation de 1985, ce pays a enregistré une baisse du revenu par habitant de plus de 30 pour cent. Si vous comptez déjà parmi les pays les plus pauvres, une telle baisse est une véritable catastrophe. Et, lorsque je suis arrivé dans le pays, l'inflation au cours des 12 mois précédents avait atteint un taux cumulatif de 24 000 pour cent. Le pays était donc aux prises avec une maladie grave. C'est pourquoi je dis qu'il était pénible d'observer ce qui s'y passait. Les circonstances étaient très éprouvantes pour les habitants du pays car, selon le calcul que j'ai fait à l'époque, il s'agissait de la septième plus forte hyperinflation dans l'histoire de l'humanité. Malheureusement, elle fut dépassée dans les années qui suivirent, comme plusieurs autres qui sévirent à la fin des années 1980 et au début des années 1990.

Mais la Bolivie a réussi à juguler l'hyperinflation et à rétablir la stabilité. Dans ce contexte, elle a même réussi à consolider un nouveau processus démocratique, ce qui était sans précédent pour un pays qui, au cours des 160 années écoulées depuis son indépendance, avait acquis la réputation d'être la société politique la plus instable au monde. Ce pays a eu environ 140 gouvernements en 160 ans; et il y a même eu une journée - je crois que c'était en 1979 - où on a compté, paraît-il, quatre chefs d'État qui se sont succédé après autant de coups d'état pendant la même journée. Quoi qu'il en soit, ils ont réussi à consolider la démocratie et la stabilité économique en même temps.

Mais, pendant les nombreuses années où j'ai travaillé avec les Boliviens, j'ai appris quelque chose de très important: dans la période qui suivit, ils n'ont pas réussi à faire croître leur économie de façon sensible. Ils ont réussi à mettre fin à une situation à la fois horrible et tragique où leur économie était en chute libre. Ils ont réussi à rétablir une certaine croissance économique; mais cette croissance était de l'ordre de 2 pour cent par année par habitant, ce qui, pour un pays très pauvre, implique une marche très longue pour sortir du sous-développement. Rappelez-vous de la règle de 70: si vous divisez 70 par le taux de croissance annuelle, vous obtenez le nombre d'années qu'il faut pour doubler le revenu par habitant. Si vous étiez dans la situation où était alors la Bolivie - environ 600 dollars par habitant lors de cette stabilisation - il vous faudrait 35 ans pour atteindre 1 200 dollars, puis une autre période de 35 ans pour atteindre 2 400 dollars, et ainsi de suite. L'objectif du développement global ne consiste manifestement pas à dire: « Eh bien! Dans un siècle vous atteindrez peut-être le niveau de développement qu'ont atteint les États-Unis il y a 50 ans ».

Mesdames et Messieurs, permettez que j'attire maintenant votre attention sur une question qui témoigne de l'incroyable capacité d'adaptation des macroéconomistes, encore qu'il s'agisse d'un problème beaucoup plus sérieux. Lorsque je suis arrivé à La Paz, dont l'aéroport est situé à 12 000 pieds au-dessus du niveau de la mer et où la densité de l'air est très faible, j'ai compris que j'étais dans un pays aux caractéristique peu communes. Et j'ai compris qu'une visite du Lac Titicaca, le lac le plus élevé au monde, était une expérience unique, et que les montagnes étaient d'une beauté incomparable, et que l'Altiplano était d'une austérité frappante. Mais, en réalité, je n'avais reçu aucune formation me conduisant à réfléchir aux conséquences qu'ont tous ces facteurs sur le développement économique. Et mes collègues écrivaient des rapports dont la conclusion se résumait à peu près comme suit: « Eh bien! Leur croissance n'est que de 2 pour cent par an parce qu'ils ont fixé leur taux de change comme ceci ou comme cela ». Ils se trouvaient ainsi à ignorer complètement les réalités les plus élémentaires des Andes, où des gens vivent à 12 000 pieds d'altitude; ils ignoraient que, dans de telles circonstances, il est très difficile de convaincre Intel d'installer une usine de semi-conducteurs dans l'Altiplano ou Nike de produire des souliers près du Lac Titicaca, ou d'organiser des activités du même genre qui font partie du processus de création d'emplois et qui permettent de faire croître les exportations et d'augmenter les revenus des pays pauvres.

Le destin de la Bolivie est très intimement lié à sa géographie. Cela va tellement de soi qu'il m'a fallu 15 ans - et j'apprends toujours des choses nouvelles - pour comprendre ce que ça signifie en réalité. Mais je suis parvenu à une compréhension très immédiate lorsque, quelques années plus tard, j'ai travaillé brièvement avec les Vietnamiens. Le Viet Nam enregistrait alors une croissance de 6 pour cent par an. Son administration gouvernementale était lamentable; il y avait beaucoup de corruption et le système de réglementation était horrible. Du point de vue de la gouvernance, la situation était pire qu'elle ne l'avait jamais été en Bolivie. Le pays était moins démocratique et, bien entendu, la participation de la société civile était beaucoup moins importante. Il y avait une vielle garde passablement autoritaire, beaucoup de corruption et une mauvaise gestion des entreprises d'état. Et pourtant le taux de croissance de l'économie dépassait celui de la Bolivie de plusieurs points de pourcentage. Et la raison pour laquelle il en était ainsi était évidente : les Vietnamiens avaient un long et magnifique littoral qui exerçait un attrait puissant sur les entreprises taiwanaises et coréennes, et sur plusieurs autres entreprises voulant fabriquer des appareils de télévision, des sandales, des chaussures, des T-shirts et d'autres articles dont la fabrication crée des emplois et des revenus.

C'est ainsi qu'on en vient à comprendre, sans doute d'une manière beaucoup trop lente, que les effets de la mondialisation ne sont pas les mêmes dans toutes les régions du monde; que la réalité est plus complexe qu'on ne le croit; que les idées à la mode concernant la gouvernance, ces idées selon lesquelles si quelque chose ne va pas, c'est que les peuples pauvres ne savent pas se gouverner, sont peut-être simplistes; que les structures des sociétés sont, à vrai dire, des choses plus complexes et le développement un processus beaucoup plus compliqué que ne le présupposent certaines visions simplettes laissant croire que tous participent à une même course ou participent au même processus de mondialisation.

Plus j'observe la situation des pays pauvres et plus je réfléchis, plus j'en viens à comprendre la nécessité de se concentrer sur les caractéristiques particulières d'une société ou d'un pays si on veut saisir comment la mondialisation affecte cette société ou ce pays et les défis qu'il doit relever. Mesdames et Messieurs, où que l'on regarde, on constate qu'il existe des facteurs géographiques incontournables dont on tient à peine compte dans le discours professionnel des économistes. La preuve la plus manifeste en est que presque tout le monde tropical a été, jusqu'à ce jour, pauvre. La quasi-totalité du monde tempéré est ou riche ou anciennement communiste. Si vous êtes dans la zone tempérée et que n'avez pas été sous le joug communiste, il est difficile d'être pauvre! Il faut alors un gros effort pour l'être! Il y a quelques endroits où il en est ainsi mais ils sont très peu nombreux. Si vous jetez un coup d'oeil sur le milliard de personnes vivant dans ce que la Banque mondiale considère comme la catégorie des pays à revenu élevé, vous constatez que 992 millions d'entre elles vivent dans des pays de zone tempérée. Dans cette catégorie, il n'y a que deux économies avec un climat tropical - deux - : un pays et un district spécial. Il s'agit de Singapour, qui compte 3 millions d'habitants, et de Hong Kong. Parmi les 30 économies les plus développées, il n'y en a aucune autre dans la zone tropicale.

Je vous mets au défi de trouver dans un quelconque ouvrage d'introduction à la macroéconomie une seule phrase concernant cette dimension géographique si déterminante à l'échelle de toute la planète. Vous ne trouverez rien concernant son origine, ou les causes de sa persistance, ou les leçons que nous pouvons en tirer, ou ses conséquences pour le développement. Vous pouvez consulter 500 documents récents sur la croissance économique; vous en trouverez 497 qui ne font même pas allusion, ne serait-ce qu'une fois, à la géographie. J'en connais trois qui traitent de la dimension géographique: je suis l'auteur de deux d'entre eux et un de mes collègues a signé le troisième.

Il y a là quelque chose de très bizarre. Parmi les pays qui, comme la Bolivie, n'ont pas d'accès à la mer, aucun n'est une réussite économique, sauf ceux qui sont enclavés par des pays riches. Il y a donc quelques pays sans accès à la mer, comme la Suisse et le Luxembourg, qui sont riches. Puis, il y a tout un ensemble de pays pauvres sans accès à la mer. En Amérique du Sud, il y a la Bolivie et le Paraguay. Dans la partie subsaharienne de l'Afrique tropicale, on trouve 14 pays très pauvres sans accès à la mer: le Tchad, le Mali, le Niger, la République centrafricaine, le Rwanda, le Burundi, la Zambie, le Malawi et ainsi de suite; aucun de ces pays ne peut prétendre à une quelconque réussite en matière économique. Et il y a les pays enclavés d'Asie centrale - les « stans » (le Turkmenistan, le Kazakhstan, l'Uzbekistan, le Kyrgystan, le Tajikistan), où il n'y a aucune activité économique sérieuse sauf l'extraction du pétrole, le seul produit que l'on peut transporter avantageusement sur une distance de 1 000 milles, en traversant les frontières. Et c'est pourquoi on ne peut que s'apitoyer sur le sort d'un pays comme l'Uzbekistan: c'est le seul pays au monde qui est doublement enclavé. Bref, c'est le seul pays dont tous les voisins sont eux-mêmes dépourvus d'accès à la mer, de sorte qu'il faut franchir deux frontières internationales pour parvenir à la côte. C'est le seul pays au monde dans une telle situation. Et le Laos et les autres pays enclavés... aucun de ces pays ne peut prétendre à une quelconque réussite économique. Il est pénible de ne pas avoir d'accès à la mer: les coûts de transport terrestre sont encore extraordinairement élevés. En général, on n'expédie pas des choses par avion, sauf à un stade très avancé de développement économique. Et si on veut se lancer sur la voie du développement économique sans avoir accès à un port maritime, la tâche sera vraiment très difficile.

Il ne s'agit donc pas d'un accident. J'ai récemment eu recours à des données du SIG pour connaître les régions côtières de la zone tempérée qui sont à moins de 100 kilomètres d'une voie navigable ou de l'océan. J'ai constaté que ces étroites bandes de terre sur les côtes orientale et occidentale de l'Amérique du Nord, du Chili, de l'Argentine, du Brésil méridional, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, dans la zone tempérée du Nord-Est de l'Asie, du littoral chinois, du Japon, de la Corée et de l'Europe occidentale représentent environ 8 pour cent des masses continentales habitées du globe. Mais au moins 52 % du PNB mondial provient de ces étroites bandes.

Il y a donc au sein de la planète une incroyable différenciation reposant sur l'écologie et le climat ou, plus précisément, sur la localisation, la proximité des marchés, la proximité des côtes et l'accès au transport maritime : tous ces facteurs ont actuellement une influence déterminante sur le processus de développement économique. Ceci est à peine perçu et très rarement admis dans les discours officiels. S'il en est ainsi, c'est en partie parce qu'il n'est pas politiquement correct de déclarer que tous ne sont pas engagés dans la même course; c'est aussi, en partie, parce que si on parvient un jour à démontrer clairement qu'il ne s'agit pas uniquement d'une question de volonté et de bonne gestion gouvernementale et que les problèmes sont plus complexes et doivent être analysées plus rigoureusement, alors les pays riches devront réagir. Et s'il y a une chose que les États-Unis ne veulent pas faire, c'est bien celle-là: reconnaître que ces problèmes existent.

Si, par conséquent, vous observez ce qui se passe dans le domaine de la mondialisation, vous constaterez que, non seulement dans ces perspectives statiques - c'est-à-dire les écarts de revenu mesurés à un moment particulier - mais dans celles des processus qui sont actuellement en cours, il y a une différenciation inquiétante qui est en train de s'opérer. À vrai dire, une partie importante du monde est laissée à l'abandon, et ce pour des raisons qu'on peut saisir une fois que le diagnostic a été établi; et il est probable que des parties importantes de la planète subissent un tort en raison de la mondialisation, tandis que d'autres régions en tirent d'énormes avantages. À mon avis, il est clair que les pays riches profitent de la mondialisation, non pas parce qu'ils exploitent les pays pauvres - je crois que, dans le domaine économique, il n'y a à peu près aucun enjeu se réduisant à un jeu dont la somme est zéro - mais parce que les pays riches sont en train d'innover; il s'agit d'économies dynamiques qui, comme Adam Smith nous l'a appris il y a 225 ans dans La Richesse des nations, tirent profit de la portée grandissante des marchés. Si vous produisez une technologie pour un marché unifié, plus le marché est grand, plus élevée sera la rentabilité des innovations. L'innovation a une caractéristique fondamentale: vous fabriquez le prototype une fois et vous produisez ensuite au coût marginal, c'est-à-dire à un coût sensiblement inférieur à celui de l'invention ou de la découverte qui sous-tend l'innovation. Plus le marché dans lequel vous pouvez vendre vos produits est grand, plus sera élevée la rentabilité de l'activité innovatrice. Si, donc, vous êtes comme les États-Unis ou le Canada ou l'Europe occidentale, vous profiterez de la mondialisation grâce à la nature plus étendue des marchés, comme Adam Smith l'avait dit.

Il est vrai également que la mondialisation profite à plusieurs autres régions du monde en développement. Permettez-moi de parler sans détour: aucun pays pauvre ne peut se développer sans s'intégrer à l'économie mondiale. Bref, la mondialisation est une condition nécessaire pour le développement des pays pauvres. Mais le point sur lequel je veux insister, c'est que la mondialisation n'en est pas pour autant une condition suffisante. Si vous examinez où en sont les pays pauvres qui profitent de la mondialisation, vous constaterez qu'ils représentent une importante partie de la planète. Les protestataires ont tort de penser que seuls les pays riches s'enrichissent et que les pauvres s'appauvrissent davantage. La situation est beaucoup plus complexe qu'on ne le croit. Certains pays pauvres sont en train de s'enrichir à une vitesse vertigineuse. L'exemple le plus frappant à ce titre est, évidemment, la Chine.

En 1978, la Chine était une région très pauvre du globe. De 1433 à 1978, selon mes calculs, les Chinois ont été poursuivis par la malchance, en plus de poursuivre de mauvaises politiques. Pendant cinq siècles, ils sont passés d'une épreuve à une autre: lorsque ce n'était pas les Mongols, c'était la guerre de l'opium. Ce fut une période très pénible. Après avoir compté parmi les leaders du monde, ils se situent aujourd'hui parmi les plus pauvres. Depuis 1978, toutefois, la Chine a enregistré le taux de croissance le plus élevé au monde; à vrai dire, elle a longtemps été une des seules régions côtières de la zone tempérée du globe où sévissait la pauvreté. Elle avait donc d'importants avantages. Je ne vous ai pas dit pourquoi les régions tropicales sont pauvres ou pourquoi je crois qu'il est vrai qu'elles le sont. Je vais vous le dire dans un instant.

Quoi qu'il en soit, la Chine possédait de bonnes terres qui avaient été très mal exploitées. Rappelez-vous que, sous la dynastie des Ming, au XVe siècle, ils se sont unilatéralement coupés du reste du monde. Lorsqu'il écrivait au sujet de la Chine, Adam Smith disait que c'était un pays très riche, mais fermé et statique. Et c'est ainsi que le monde a, très progressivement, dépassé la Chine. Puis, au XIXe siècle, les choses se sont vraiment gâtées: l'Europe est apparue aux frontières et a voulu imposer les conditions d'un libre-échange dans le domaine des stupéfiants entre 1839 et 1842. C'est comme si le cartel colombien de la drogue décidait de bombarder le port de New York afin d'y faire admettre sans restriction toute la cocaïne dont il dispose. Telle était la politique nationale de l'Empire britannique au XIXe siècle.

Et, permettez-moi d'insister, ce fut un malheur après un autre. Mao en fut en quelque sorte le couronnement. Et il en fut ainsi jusqu'en 1976, l'année de son décès, lequel permit à Dong Chow Ping d'entreprendre des réformes à compter de 1978. Et depuis lors, le pays connaît un essor sans précédent puisque la croissance annuelle par habitant y est de 9 pour cent. Il s'agit là, Mesdames et Messieurs, d'un pur produit de la mondialisation. La Chine n'aurait jamais réussi un tel exploit sans la mondialisation. Si, donc, vous voulez savoir si la mondialisation conduit au développement, tournez-vous vers la Chine. Elle en est la manifestation la plus claire.

Tout cela ne manque pas d'intérêt puisqu'il s'agit de la réussite économique des provinces côtières de la Chine où vivent environ 300 millions d'habitants, depuis Shandong au Nord, en passant par les provinces de Mandchourie, jusqu'à l'île de Hunan. Ces 300 millions de personnes vivent la période d'expansion économique la plus remarquable de l'histoire humaine; les exportations sont passées d'environ 15 milliards de dollars en 1978 à quelque 240 milliards de dollars par an l'année dernière. Une telle croissance est proprement stupéfiante puisque les exportations ont été multipliées par quinze en quelques décennies. Si on jette un coup d'œil sur l'intérieur de la Chine - les provinces centrales ou les provinces occidentales - le taux de croissance diminue systématiquement à mesure que l'on se déplace vers l'ouest. Notre horizon occidental est l'Océan Pacifique - un bel horizon, à vrai dire - tandis que le leur correspond aux Montagnes de l'Himalaya. Il est très difficile de faire du développement en franchissant les Himalayas - il vaut mieux en faire en traversant le Pacifique. C'est pourquoi ils deviennent pauvres à mesure que l'on se déplace vers l'ouest; et les taux de croissance diminuent et ne cessent de diminuer, jusqu'à ce qu'on parvienne aux régions pauvres de très faible croissance et de fortes tensions ethniques dans la partie occidentale de la Chine.

Ce type de facteur se retrouve partout dans notre monde aujourd'hui. J'ai donc fourni quelques détails additionnels pour souligner que la mondialisation peut réussir mais qu'elle ne produit pas les mêmes résultats partout: ses résultats sont différenciés. Si on se tourne vers l'Europe de l'Est (j'ai été appelé à conseiller plusieurs pays en transition et certains ont réussi leur transition), la Russie a vécu une décennie marquée au coin du malheur; pour ce qui est du Kurdistan, il n'y a à peu près rien à dire. Il en va de même pour la Mongolie: elle est dans un état lamentable. Mais tout ça importe assez peu lorsque vous êtes à 1 500 kilomètres d'un port. Vous pouvez ouvrir vos frontières, les fermer, personne n'ira vous voir. Vous n'arriverez jamais à faire en sorte qu'une industrie s'installe dans un endroit pareil.

Alors, qu'est-ce qui a réussi pendant la transition? Le meilleur indice du succès ou de l'échec de la transition amorcée en 1989 par les anciens pays communistes vers l'économie de marché n'est pas le nom de leur conseiller économique. C'est le nombre de milles qui les séparent de Francfort. Il en va ainsi de la Pologne, de la Hongrie, de la République tchèque, de la Slovaquie, dont la capitale, Bratislava, est à trente minutes en voiture de Vienne, de la Slovénie, dont la frontière est tout près de Klagenfurt, en Autriche, de la Croatie, de l'Estonie, à une heure de bateau de la Finlande: voilà les endroits où la mondialisation produit les fruits qu'elle est censée produire. Qu'est-ce qui arrive? Ce qui arrive, c'est que de grandes entreprises manufacturières transfèrent leurs technologies standardisées et à prédominance de main-d'oeuvre vers des usines dans des régions comme la Bohème, dans la partie occidentale de la Pologne. Des entreprises autrichiennes ont entrepris de transférer diverses activités dans des domaines comme l'ébénisterie, l'aciérie, la métallurgie, la fabrication de machines-outils vers la Slovaquie, et ainsi de suite. Voilà comment fonctionne la mondialisation: le capital, la technologie - l'investissement étranger direct est le meilleur véhicule dans ce domaine - franchissent les frontières et s'installent dans les lieux de production des pays à faible salaire. Et, à défaut d'un boom économique, c'est ainsi qu'on provoque une sorte de « croissance convergente », une croissance suffisamment rapide pour réduire les écarts entre les pays réformateurs et l'Union européenne..

Mais si vous allez plus à l'est, vers la Moldavie, l'Ukraine, Moscou - mais Moscou est une ville un peu différente; disons donc: la Russie en général - puis vers les « stans » dont j'ai parlé plus tôt, vous n'y trouverez pas de développement économique. Quelques sociétés y vont pour y investir, parfois en vue d'une production destinée au marché local. Il se peut que Proctor and Gamble décide de fabriquer du savon de lessive pour l'ensemble du marché russe; ou que Coca-Cola fasse de l'embouteillage comme il en fait partout dans le monde; mais vous n'iriez pas là pour installer des systèmes de production mondiale comme vous le feriez en Pologne ou dans les régions côtières de la Chine. C'est pourquoi la mondialisation ne provoque pas partout un grand essor économique.

Voyez ce qui se passe en Afrique. On y observe une séparation très nette entre le Nord et le Sud. Exception faite de la Lybie et de la guerre civile algérienne, l'Afrique du Nord a enregistré de modestes succès, du moins en Tunisie, un peu moins au Maroc, et, chose étonnante, en Égypte. C'est que la côte méditerranéenne est à une courte distance des ports d'Europe occidentale; une fois que les ports d'Afrique du Nord se sont ouverts, il est devenu aisé d'importer des usines de fabrication de tissus, de pièces automobiles, etc. pour tirer profit des bas niveaux de salaire. Plusieurs touristes allemands fréquentent les plages tunisiennes, produisant ainsi une certaine croissance économique. La mondialisation va bon train.

Passons maintenant au sud du Sahara. Nous constatons qu'il n'y a actuellement aucun pays de l'Afrique sub-saharienne ayant une croissance économique soutenue. Pas un. Et la pire chose qui puisse vous arriver dans cette partie du monde, c'est que la Banque mondiale vous déclare réussite économique. Car vous êtes alors presque assurés de subir un échec cuisant l'année suivante. Faisant appel à ces remèdes bizarres qu'ils ont inventés, ils cherchent désespérément quelque chose qui ait l'apparence d'un succès économique. Mais tout est tellement fragile qu'ils qualifient de succès des choses qui ne le sont pas vraiment. L'année suivante, l'affaire s'écroule et on se met alors à la recherche d'une autre prétendue réussite. Mais il n'y a aucun endroit en Afrique sub-saharienne où l'on peut observer un solide développement économique. Et si vous dites: « Qu'en est-il de l'Ouganda? », on devra vous répondre que sa croissance économique est respectable. Mais il faut ajouter que ce pays atteindra dans quelques années le niveau de revenu qu'il avait enregistré en 1971. Il ne fait que se remettre de la destruction à laquelle il s'est livré pendant toute une génération. Certes, au sortir d'une guerre, il n'est pas difficile de produire des données statistiques qui paraissent satisfaisantes. Mais ne considérez pas cela comme un exemple de développement économique vigoureux. Ce n'en est pas. Ce qui arrive, c'est tout simplement que les plantations de coton se sont remises à produire après des années de vache maigre. Ce qui arrive est bien. Mais ce n'est pas un indice de ce que nous cherchons, à savoir un exemple de développement économique soutenu.

Et si vous regardez du côté des Amériques, vous constaterez que la géographie y intervient de la même manière. Qu'est-ce qui réussit le mieux dans les pays en développement de l'hémisphère des Amériques? Le Nord du Mexique. L'ALÉNA est vraiment quelque chose de très utile pour le développement économique. Il favorisera la croissance économique et la démocratisation du Mexique. Et il aidera le Canada et les États-Unis. Je n'en doute aucunement. Je crois que nous avons là un bon exemple d'échanges mutuellement avantageux. Mais ses effets se font sentir à peu près jusqu'à la ville de Mexico. Ils n'atteignent pas le Sud du Mexique. Il ne faut pas en imputer la responsabilité à l'ALÉNA. Nous sommes confrontés à une contrainte géographique. Le Mexique est actuellement étiré de part et d'autre. Les États du Nord enregistrent une croissance de 3 à 4 points de pourcentage supérieure à celle des États du Sud. Et - phénomène intéressant - les émigrants, ceux qui entrent illégalement aux États-Unis, et sans doute au Canada, proviennent, non pas du Nord, mais du Sud du Mexique. Ils traversent tout le pays du sud au nord. Il y a donc beaucoup de gens de Chiapas qui sont entrés aux États-Unis au cours des dernières années.

En général, une partie de ces effets se répercute sur l'Amérique centrale. Le Costa Rica est un exemple de réussite relative. Il en va de même du Honduras. Bien entendu, toute l'Amérique centrale profite de la fin des guerres qui ont dévasté la région pendant des décennies. Il paraît donc évident que les choses vont mieux qu'auparavant. Au Nicaragua, les effets bénéfiques sont moins perceptibles: les ports sont du mauvais coté et la pauvreté se maintient. Mais si on se dirige vers l'Amérique du Sud, on n'observe pas actuellement de développement économique. L'avantage que procure le lien établi entre les Amériques et le puissant moteur américain se fait donc sentir à peu près partout en Amérique centrale, surtout par le truchement du Nord et du centre du Mexique, mais pas dans les régions plus au sud.

Mais la région des Andes, laquelle compte 130 millions de personnes, est dans un état tout à fait lamentable. Il n'y a aucun progrès économique actuellement au Venezuela, en Colombie, en Équateur, au Pérou, en Bolivie. La Bolivie est en meilleure posture que les autres. Mais, croyez-moi, sa situation n'en est pas moins fragile. Il s'agit de régions qui sont désavantagées par l'Altiplano, par des frais de transport insoutenables et par le fait que leur unique avantage compétitif consiste à produire de la cocaïne pour le marché américain. Et plutôt que d'y décerner des Prix du meilleur entrepreneur de l'année, nous y allons pour tuer les entrepreneurs. Il y a donc là un véritable problème.

Lutter contre les marchés n'est jamais facile. Et lorsque vous tentez de supprimer le secteur le plus dynamique de l'économie, les effets sont terribles. Il en résulte une corruption massive et une déstabilisation complète de la société civile. À vrai dire, cela provoque un bouleversement dans toute la région à cause de la demande provenant principalement du marché américain. Personne n'a proposé une bonne solution à ce problème. Mais la solution américaine, qui est de nature essentiellement militaire, ne résoudra rien et ne fait que détruire la région. Aucun homme politique aux États-Unis ne veut s'attaquer sérieusement à cette question.

Même le Cône Sud, qui est la partie tempérée la plus riche de l'Amérique latine, est dans un état plutôt lamentable. L'Argentine est constamment en état de crise et le ministre des Finances, Domingo Cavallo - un de mes confrères de classe lors de ma première année d'étude en macroéconomie, il y a 28 ans - a procédé hier à ce qui, à mon avis, est une dévaluation très peu opportune, dévaluation qu'il s'était d'ailleurs engagé à ne jamais faire. Ce n'est, à vrai dire, qu'un signe de la gravité de la situation dans un pays qui, bien entendu, était généralement le pays riche de cette région. Le Chili est une réussite en matière de gestion des affaires publiques et de démocratie; mais il ne faut pas surévaluer ce qui s'y passe car, malgré sa croissance économique satisfaisante, le pays continue de dépendre du cuivre et des fruits exportés vers le marché américain. Ce n'est pas une base très solide pour du développement économique à long terme. Et le Brésil? Il serait trop compliqué d'en parler. C'est un pays d'avenir, et il en sera toujours ainsi. Il y aurait beaucoup à dire à son sujet. Mais cela risquerait de m'écarter de mon propos.

Que se passe t-il dans le monde? Ce qui se passe, c'est que la mondialisation exerce une influence très profonde sur la structure de l'économie mondiale; mais cette influence n'est pas quelque chose de facile qui profite à tous; les choses sont plus compliquées qu'on ne veut bien le croire. Certaines régions désavantagées découvrent qu'elles sont en train de perdre le peu de capital physique et humain dont elles disposent. Les déplacements sont plus faciles et il y a des endroits qui se vident. Ainsi, l'Afrique exporte présentement bon nombre de médecins vers le Canada et celui-ci recrute de nombreux médecins. Du point de vue de la répartition mondiale des ressources, ceci ne paraît guère souhaitable. Il n'y a à peu près aucun médecin en Afrique.

Qu'est-ce qui ne va pas dans les pays tropicaux? Ce qui s'y passe ne manque pas d'être fascinant. Et je serai heureux d'échanger des documents avec les personnes qui s'intéressent à cette question. Vous en trouverez quelques-uns sur le site Internet de notre Institut; on y aborde les problèmes de ces pays et on propose des hypothèses concernant leur avenir. Mais le problème fondamental, c'est qu'il fait chaud dans les tropiques et les températures élevées engendrent des processus biologiques qui facilitent la transmission de maladies infectieuses et qui nuisent à la productivité alimentaire. Toute cette croissance luxuriante dans la dense forêt équatoriale - nous le savons maintenant - n'est pas comparable à la production d'aliments dans l'Amazonie. Il est presque impossible de gérer une ferme dans l'Amazonie. C'est que les ressources du sol en éléments nutritifs s'épuisent très rapidement, sauf dans certaines régions des tropiques, comme les hautes terres où le taux d'épuisement du sol est beaucoup moins élevé, les régions alluviales où les rivières déposent des boues contenant des éléments nutritifs ou les sols volcaniques. Mais, dans la plupart des régions tropicales, on observe des températures élevées et une minéralisation rapide des matières organiques dans le sol. Ceci déclenche des processus qui, au dire des agronomes et des écologistes, affaiblissent considérablement la productivité alimentaire. Et en Afrique, où les problèmes de contrôle de l'eau sont énormes et les possibilités d'irrigation presque nulles, sauf pour de très petits systèmes de micro-irrigation, la présence simultanée de températures élevées, de problèmes liés de contrôle de l'eau et des problèmes d'épuisement du sol ont des conséquences très profondes sur la productivité alimentaire.

Si on s'arrête un moment sur les problèmes des tropiques, on constate que les maladies endémiques, comme la malaria, ne peuvent être transmises à tout moment de l'année que dans un milieu tropical (à ne pas confondre, par conséquent, avec les variantes légères de ces maladies que l'on observait autrefois dans la zone tempérée - la malaria pouvait sévir pendant seulement quelques mois de l'année, et encore, avec des taux de transmission très faibles). La malaria holo-endémique, qui peut frapper à tout moment de l'année et qui est essentiellement un phénomène lié au climat et à l'écologie des pays tropicaux, a des conséquences terribles sur le développement économique. Selon des estimations faites par les chercheurs de notre institut, en longue période, les environnements où sévit la malaria voient probablement leur taux de croissance réduit de 1 pour cent par an par rapport aux environnements où cette maladie n'existe pas. Il s'agit d'un paramètre très systématique. Et, bien entendu, l'Afrique est la région du monde où sévit le paludisme à « falciparum » - c'est la variante mortelle de la malaria. Le nombre de décès attribuables à cette maladie varie sans doute encore entre 1,5 et 2,5 millions par année.

Le temps passe et je voudrais parler des conséquences de tout cela. Ma conférence ne porte pas sur le désespoir du monde ou sur une vision fataliste du développement économique médiocre observé dans plusieurs régions du monde. Tout ceci n'est qu'un prologue destiné à faire valoir que si nous voulons aborder sérieusement les questions de développement économique, il nous faudra apprendre à diagnostiquer les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Et je ne crois pas que les diagnostics que nous faisons dans la communauté internationale soient sérieux. S'ils l'étaient, nous admettrions que les problèmes sont plus difficiles, plus profonds, plus complexes et qu'il en coûtera plus pour les traiter que les montants dont il est généralement question. Dans le contexte actuel, nous pensons que ces problèmes peuvent être réglés en confiant à une autre mission du FMI la tâche de convaincre les autorités de réduire leurs droits de douane ou en leur proposant d'adopter une autre loi visant à réformer les marchés financiers et à attirer des investisseurs étrangers dans un marché émergent. Voici ce que nous prétendons: nous prétendons que le développement ne coûte rien, que l'absence de développement dans ces pays est essentiellement attribuable à des erreurs commises par nul autres qu'eux-mêmes, que tous les pays tropicaux sont mal gouvernés et que tous les pays de la zone tempérée sont bien gouvernés, que tous les pays enclavés sont mal gouvernés et tous les pays riverains mieux gouvernés, et que tous les autres liens doivent être tenus pour acquis ou ignorés.

À mon avis, le développement économique exige une démarche sérieuse dans trois domaines. Premièrement, il faut une démarche sérieuse en matière de développement social, mais elle doit être respectueuse du contexte. J'emploie l'expression « développement social » pour désigner la capacité d'une société d'offrir à ses enfants la possibilité d'être en santé et de recevoir une éducation. Il y a actuellement de vastes régions du monde où cela n'est pas possible. Ces régions sont confrontées à des maladies dont le fardeau social est tellement lourd et elles sont tellement démunies de ressources qu'elles sont incapables d'échapper à la spirale pauvreté/maladie. C'est pourquoi la première étape du développement est le développement social. Si vous n'avez pas des enfants et des bambins en santé, vous n'aurez pas d'écoliers pour occuper les bancs d'école. Si vous n'avez pas des enfants en santé, vous n'aurez pas de diplômés. Si vous n'avez pas des adultes en santé qui ne sont pas en train de mourir du SIDA (ceux qui en meurent se comptent par millions), vous n'aurez pas une population active en santé. Et, dans plusieurs régions du monde, ces conditions de base ne peuvent être actuellement remplies.

Je préside une commission de l'Organisation mondiale de la santé qu'on a baptisée Commission sur la macroéconomie et la santé. Elle essaie de déterminer combien il en coûterait de s'attaquer sérieusement à ces problèmes de santé dans les pays les plus pauvres et d'évaluer en toute honnêteté la capacité d'un pays avec un revenu par habitant de 300 dollars de le faire en faisant appel à ses propres ressources. Lorsque j'ai commencé à travailler pour cette commission, j'ai fait la connaissance des autres membres provenant du FMI, de la Banque mondiale et d'autres organismes. Et je leur ai posé le problème suivant: « Imaginez que vous êtes un pays magnifiquement gouverné dont le revenu par habitant est de 300 dollars. Combien pouvez-vous consacrer à la santé? » Et ce qu'ils ont admis, c'est que vous pouvez peut-être affecter 4 pour cent du budget à la santé, mais guère plus, car la capacité de prélever des impôts dans une économie informelle est très inférieure à celle des pays industrialisés. On admet aussi que l'on parviendrait peut-être à miser sur un autre 4 pour cent provenant de l'argent affecté à des besoins immédiats.

Si on parvenait à une telle situation, ce serait extraordinaire. En matière de santé, aucun pays pauvre n'arrive à un niveau qui soit même proche de 8 pour cent du PNB. Aucun pays pauvre. Mais imaginons qu'un pays y arrive. Il n'aurait pas d'armée, pas de guerre, pas de dette (car nous avons cessé de prétendre que nous faisions quelque chose à ce titre et nous avons véritablement effacé les dettes). Que se passerait-il? Vous auriez 24 dollars par personne par année. Essayez donc, avec un tel montant, de maîtriser l'épidémie du SIDA, la malaria qui est endémique, la tuberculose qui est très répandue, la diarrhée qui est aussi très répandue et les infections pulmonaires aiguës, sans parler des programmes d'immunisation, des soins aux femmes enceintes, de la santé des mères et des enfants et des suppléments alimentaires. Je vous mets au défi d'y arriver. C'est impossible. Tout simplement impossible. Et c'est précisément ce message que les États-Unis refusent totalement d'entendre.

J'insiste sur les États-Unis car il s'agit du plus important donateur au monde. Un donateur qui est complètement coupé de la réalité et qui vit confortablement derrière sa forteresse océanique. Si les États-Unis ne font rien pour les pays pauvres, nous n'aurons pas de développement. Nous n'en aurons pas. Il y a une chose que ce merveilleux pays pourrait faire dans l'immédiat: demander aux États-Unis de faire preuve de sérieux. Faites-le gentiment. Personne ne veut faire la leçon aux États-Unis; mais, compte tenu de leur capacité, les États-Unis ne font rien. C'est la chose la plus honteuse qui soit dans notre monde actuel.

Nous venons d'accorder 200 millions de dollars au Fonds mondial de la santé, qui est une initiative magnifique. 200 millions de dollars provenant des États-Unis: cela représente 72 cents par Américain pour la lutte contre l'épidémie mondiale du SIDA. La situation actuelle est comparable à celle de la peste noire. Des dizaines de millions de personnes mourront en raison de cette épidémie qui est vraisemblablement la plus destructrice dans l'histoire de l'humanité. Et les États-Unis ont jugé opportun de donner 72 cents par habitant.

Ce n'est pas avec une approche comme celle-là que nous allons amorcer un virage en matière de développement dans les pays pauvres de la zone tropicale. Je n'ai que faire du nombre de missions du FMI au Tchad: elles n'empêcheront même pas un seul maringouin de piquer. Ils sont sur la mauvaise voie. Ils ne comprennent pas. Ce n'est pas leur affaire. Ils n'ont rien à voir avec le Tchad. Permettre au FMI de gérer les programmes de lutte contre la pauvreté correspond à une immense erreur du système mondial. C'est grotesque. Pourquoi ne demandons-nous pas à l'OMS de gérer les programmes de lutte contre la pauvreté au Tchad, comme nous devrions le faire? Pourquoi? Parce que le FMI est à quelques pas de la Maison Blanche. Voilà la raison. Et l'OMS est à 3 000 milles de distance. Il n'y a pas d'autre raison. Si le monde avait été plus futé et avait installé l'OMS sur 19th Street à Washington et le FMI en Suisse, nous aurions depuis longtemps un système de santé sous contrôle public car les présidents américains auraient compris que cela est avantageux pour leur politique étrangère. Mais, dans le contexte actuel, ils ne comprennent pas ce qui se passe. Ils misent sur le FMI, ce qui conduit le FMI à tenir ces ridicules séminaires sur la malaria. Il est difficile d'imaginer un pire exemple de mauvaise répartition des ressources.

Ainsi donc, la première chose qu'il nous faut, c'est une politique sociale. Mais une politique sociale coûte très cher. Pour faire en sorte que les enfants aillent à l'école, que des soins soient offerts aux malades, que le système de santé publique soit développé, il faudrait de 25 à 30 milliards de dollars de plus par année au titre de l'aide étrangère. Et cet argent devrait être entièrement affecté aux pays à faible revenu. Il ne devrait pas être offert au Brésil, ni au Mexique. Les pays à revenu intermédiaire ne devraient pas y avoir droit car, tout en admettant qu'ils puissent en avoir besoin, il reste qu'ils n'en ont pas besoin d'une manière aussi pressante que le Tchad, le Mali, le Niger, le Burkina Faso, la République centrafricaine, la Tanzanie ou le Malawi. Une somme de 25 à 30 milliards de dollars par an pourrait avoir un véritable effet. Elle représente un dixième de 1 pour cent du PNB des pays donateurs. L'aide étrangère des États-Unis aux pays les moins développés représente actuellement 0,01 de 1 pour cent du PNB : un centième de 1 pour cent pour les pays les moins développés. Mesdames et Messieurs, cela représente un cent pour chaque tranche de 100 dollars de revenu aux États-Unis. Nous avons les moyens de donner davantage. Les pays riches comptent 1 milliard d'habitants: une somme de 25 milliards de dollars représente 25 dollars par habitant. C'est là un prix peu élevé pour vivre dans un monde civilisé et plus humain. Mais, dans mon pays, on se refuse à envisager une telle démarche dans le contexte actuel. Et nous aurons toute sorte de manifestations, et des protestations de tout genre, et des malheurs grandissants et des millions de morts tant que nous ne commencerons pas à comprendre que nous sommes très riches et que ces pays sont très pauvres, et que ce n'est pas en leur donnant des leçons de bonne gouvernance que nous améliorerons leur sort. On ne peut pas gérer un système de santé avec 5 dollars par habitant, ni avec 10 dollars par habitant, ni même avec 24 dollars par habitant. Vous ne pouvez pas embaucher des gestionnaires, vous ne pouvez pas conserver vos médecins - ils s'envoleront vers le Canada. C'est impossible.

Et nous en voyons les résultats. Les pandémies se répandent à folle allure. Il est probablement vrai, Mesdames et Messieurs - je vais faire une déclaration fracassante, mais elle est sans doute vraie, quoique indémontrable - que la pandémie de SIDA ne s'est pas encore écartée de son cours naturel en raison d'une intervention humaine puisque nous n'avons même pas essayé de faire quelque chose. Et même « la » grande réussite dont on parle, l'Ouganda, pourrait fort bien n'être que le résultat de la fin des hostilités et des viols, ceux-ci ayant été le principal facteur de transmission du VIH dans la seconde moitié des années 1980. Bref, il se peut que ce soit simplement la fin naturelle d'une vague de la pandémie où la société parvient à un point intermédiaire inférieur.

Il est difficile de trouver des données empiriques permettant de conclure que nos actions ont eu un quelconque effet jusqu'à maintenant. Et voyez les efforts que nous avons déployés! Nous avons laissé cette épidémie se répandre librement pendant 20 ans. Savez-vous quelle est la somme totale que la Banque mondiale a fournie pour la lutte contre le SIDA entre 1996 et 2000 dans les pays de l'Afrique sub-saharienne? Cinq années cumulatives, 49 pays et 10 000 discours: et combien ont-ils donné...ou prêté? Pas un sou. Combien ont-ils prêté? Au total, 31 millions de dollars, 31 millions sur 5 ans. Donc, 6 millions de dollars par année.

Par conséquent, le système ne fonctionne pas. Et, à mon avis, la responsabilité en incombe surtout aux États-Unis car c'est ce pays qui dirige ces organismes et il ne veut pas faire face à la vérité. La vérité, c'est que les États-Unis - et tous les autres pays, mais les États-Unis en particulier - devraient se montrer plus généreux mais ils ne sont pas disposés à l'admettre. Il y a donc une deuxième dimension, celle de la réforme économique et il ne s'agit pas d'une dimension qui vient s'ajouter à la politique sociale. Il s'agit de la réforme économique, qui est un impératif auquel on ne peut échapper. Et je tiens à dire que tout ce que fait le FMI n'est pas mauvais. Le problème, c'est que le FMI croit que tout ce qu'il fait correspond à tout ce qu'il faut faire. Voilà le grand problème du FMI: il croit définir le développement alors que, en réalité, il ne définit qu'une petite portion du développement. C'est la leçon que j'ai apprise: ajuster ces mécanismes est nécessaire, mais ce n'est qu'une petite partie du processus général de développement. Je n'en dirai pas davantage au sujet du rendement économique sinon que j'y crois. Ce qui est étonnant, c'est que nous estimons que tous ces programmes d'ajustement structurel élaborés par le FMI et la Banque mondiale correspondent à une stratégie de développement et qu'il n'en faut pas davantage pour qu'il y ait du développement. Voilà le problème.

Le troisième aspect qu'il faut mentionner, c'est ce qu'on appelle parfois les politiques industrielles ou le développement sectoriel. Quant à moi, je préfère l'expression « développement commercial ». C'est la confusion que le FMI, et la Banque mondiale, et les États-Unis ont entretenue - confusion qui est peut-être délibérée, peut-être pas - et qui consiste à dire que l'ouverture de votre économie et la libéralisation des marchés et d'autres mécanismes produisent les mêmes résultats qu'une stratégie de développement sectoriel, que c'est ainsi que l'on parvient à développer son agriculture ou à mettre en valeur son industrie, et ainsi de suite. Cela est vrai pour le Canada, ce l'est pour les États-Unis. Une politique industrielle de libre marché qui fonctionne bien, ça n'existe pas. Les marchés sont très importants. Je crois que, partout, le vrai moteur de la croissance est le secteur privé. Mais, au Canada et aux États-Unis, nous savons que le gouvernement doit jouer un rôle important pour promouvoir l'enseignement supérieur, encourager le développement scientifique et favoriser certains secteurs industriels. Les États-Unis poursuivent une politique industrielle très active visant la promotion des technologies reposant sur Internet. Nous dépensons actuellement 90 milliards de dollars par année pour les sciences fondamentales - 90 milliards. Nous encourageons activement le développement d'une industrie américaine privée de la biotechnologie. Nous soutenons la mise en valeur des nano-technologies. Nous favorisons par divers moyens les technologies de communication de l'information. Nous avons une politique industrielle très sophistiquée.

Si je dis cela, c'est que nous disons aux autres pays: « Ne vous dotez pas d'une politique industrielle. Ce n'est qu'une autre forme de planification. Quant à ce que nous faisons chez nous, n'essayez pas de comprendre. » Voilà donc la troisième pièce qui manque. J'ai visité plusieurs pays où la Banque mondiale déclare aux autorités gouvernementales: « Évitez surtout de donner des congés fiscaux. Évitez de créer des zones industrielles ou des zones de transformation des exportations ou des parcs scientifiques consacrés à une discipline particulière. Tout ça est mauvais. Ne sélectionnez pas de gagnants. Et, en fin de compte, évitez d'avoir des gagnants. » Et j'ai compris ce qui se passait quand on livrait ce message. J'ai été très bouleversé quand j'ai compris comment le FMI détruit pour plusieurs années les possibilités que les pays pauvres ont d'attirer des investissements étrangers en proposant ce genre de politique commerciale fondée sur l'ignorance. Car, il faut bien le dire, le FMI ne s'y connaît nullement en matière commerciale. Leur mission porte sur les taux de change et les budgets. Dans ce domaine, ils excellent. Mais je n'arrive pas à comprendre comment ils osent faire des recommandations en matière de politique industrielle.

Un jour, alors que je tenais de tels propos, un économiste du FMI, très sympathique par ailleurs, quelqu'un que j'aime bien, se leva et me dit: « Tu sais, Jeff, ce que tu dis n'a aucun sens. » Et il ajouta: « Tu dois savoir que si tous les gouvernements se mettent à donner des congés fiscaux, le résultat net n'est nul autre qu'une perte de recettes fiscales. Cela n'aide personne car c'est un jeu dont la somme est zéro ou négative. Si tous les gouvernements adoptent des mesures d'incitation, personne n'y trouve son compte. » Et je lui ai répondu: « Vos propos sont fort intéressants. Sauf qu'ils sont erronés. Et l'erreur, c'est que le FMI dirige la moitié du monde. L'autre moitié donne des congés fiscaux. Le FMI s'assure d'une chose: que les pays qui sont sous son contrôle n'obtiennent pas d'investissement étranger. Voilà ce qui se produit. » Si nous avions un vrai régime mondial, il en irait autrement. Mais ce n'est pas ce que nous avons. Ce que nous avons, c'est un arrangement insensé où Washington essaie de gérer l'environnement commercial des pays. Et, depuis 20 ans, cet arrangement n'a été qu'un échec lamentable.

Ainsi donc, le dernier point au sujet de l'Afrique qui me paraît digne d'intérêt, c'est qu'après 20 ans de crédits consentis au titre d'ajustements structurels, la seule chose que l'on sait avec certitude au sujet de l'Afrique, c'est qu'elle n'a fait l'objet d'aucun ajustement structurel. En 1980, les produits de base représentaient 95 pour cent des exportations. Au cours de l'année 2000, les produits de base représentaient 95 pour cent des exportations. Et les produits n'ont pas changé. Il s'agit toujours de produits comme le café, le thé, le sisal, le caoutchouc naturel, le minerai de fer de la Mauritanie, le cuivre de la Zambie, les diamants, les hydrocarbures de l'Afrique occidentale, et quelques autres minéraux. Où est le grand centre des exportations de textiles africains? Où est l'industrie du vêtement à Dar es Salaam? Ça n'existe pas. Où est l'industrie d'assemblage de pièces électroniques comme celles qu'on trouve en Asie ou à San Pedro Sula, au Honduras? Où sont les travailleurs industriels, comme le million de travailleurs dans le secteur Maquila, au Mexique, qui ont donné un élan tellement puissant aux premières étapes de l'industrialisation pendant les années 1980 et 1990? Vous ne les trouverez pas car ils n'existent pas. La politique d'ajustement structurel a été une erreur à 100 pour cent. Elle n'a pas créé une assise pour de nouvelles industries.

Comme vous pouvez le constater, j'ai plusieurs griefs. Pour l'essentiel, je terminerai là où j'ai commencé. Il nous faut une véritable stratégie. Il faut une stratégie où on admet que la mondialisation n'est pas une panacée. Ce n'est pas une malédiction. C'est une réalité. Une réalité qui apportera d'innombrables bienfaits à d'importantes parties du monde. Elle apportera le développement économique à des centaines de millions de personnes, peut-être à quelques milliards d'entre elles. Le commerce international est un bon outil à cette fin. L'investissement direct étranger est un outil très puissant à cette fin, si vous pouvez en avoir. Mais ces outils ne résoudront pas les crises de l'Afrique sub-saharienne, ils ne résoudront pas les problèmes dans les Andes, ils ne résoudront pas les difficultés auxquelles doit faire face une partie importante de la masse continentale eurasiatique. Pour s'attaquer à ces problèmes, il nous faudra réfléchir de façon beaucoup plus approfondie. Il nous faudra procéder à d'importants investissements dans la santé, ce qui coûtera des dizaines de milliards de dollars aux pays riches, les pays pauvres étant incapables d'acquitter une telle facture. Il nous faudra investir massivement dans les sciences pour lutter contre les problèmes de faible productivité agricole dans les tropiques, et ce en reconnaissant que le budget annuel total des 18 centres spécialisés du groupe consultatif pour la recherche agricole internationale - le réseau GCRAI des centres de recherche sur l'agriculture tropicale - est inférieur à la moitié du budget de R et D de Monsanto. Il nous faudra donc procéder à des réformes profondes en ce qui concerne les investissements dans les sciences et la technologie si nous voulons traiter les problèmes particuliers auxquels sont confrontées les régions tropicales.

Vous serez peut-être étonnés si je vous dis que je suis foncièrement un optimiste. Je le suis vraiment...C'est ce qui explique ma présence ici. Nous sommes plus riches, plus choyés par la technologie, plus avancés au plan matériel que ce que nous étions en droit d'espérer il y a 100 ans. Et je crois que si nous avions une vision quelque peu humaine de notre monde, les riches et les pauvres pourraient ensemble résoudre ces problèmes. J'avoue que je suis aussi très optimiste en ce qui a trait aux progrès de la technologie.

J'ai vraiment confiance en tout cela. Je crois que les progrès technologiques ont été le fondement de l'invraisemblable qualité de bien-être matériel dont nous jouissons dans les pays riches. Et je crois que des investissements semblables dans les sciences et la technologie pourraient avoir des résultats semblables dans les pays pauvres si leurs problèmes sont traités adéquatement.

Je crois qu'un organisme comme le CRDI nous permet de nous rapprocher de cet objectif car il se consacre à créer les connaissances nécessaires au développement, ce qui correspond au cœur de tout ce processus. Combien j'aimerais avoir un organisme semblable au sud de la frontière! Je suis jaloux. J'espère que votre organisme, qui est très puissant et très apprécié partout dans le monde, sera perçu comme un modèle et incitera votre voisin au sud à assumer une plus grande part de responsabilité. Car si nous parvenons à une certaine unité d'action et mettons l'épaule à la roue, nous pourrons vraiment améliorer l'ordre des choses.

Je vous remercie de votre attention. »







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