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Communication de Mme Connie Freeman Conférence nationale de la recherche sur les politiques 2002 Merci, monsieur le Président. Vous me permettrez tout dabord dadresser mes remerciements aux responsables du Projet de recherche sur les politiques. Cest pour moi un honneur et un plaisir de me joindre à vous aujourdhuicar je suis persuadée que lavenir de lAfrique et celui du Canada nont jamais été aussi liés. Il nest pas doccasion plus propice pour les Canadiens daborder le sujet de lAfrique. Cette année, comme vous le savez tous, le Premier ministre Chrétien a engagé le Canada dans une coopération de grande ampleur en faveur du développement africain. En assurant la présidence à Kananaskis, le Premier ministre a négocié avec succès le « Plan daction pour lAfrique » du G8, une preuve éclatante de la volonté des gouvernements les plus riches de la planète daider les pays en développement. Et en sa qualité de chef du gouvernement canadien, M. Chrétien a annoncé un train imposant de mesures stratégiques qui associeront divers organismes canadiensallant de lACDI, du CRDI et du MAECI aux ministères de la Santé, de lAgriculture, de lIndustrie, de la Défense nationale et des Finances. Lengagement pris par le Premier ministre suite à la proposition du Nepad a une portée considérable. Sil concerne laide et les échanges commerciaux, il est lié plus fondamentalement encore aux façons dont les Africains envisagent de se gouverner eux-mêmeset de décider de leur avenir. Jaborderai donc le thème de cette conférence en tentant de répondre à deux questions : quels risques implique cette initiative ambitieuse? Quelles sont ses chances de succès? Je dirai quelques mots tout dabord sur les éléments clés du Nouveau Partenariat pour le développement de lAfrique le Nepad --adopté lannée dernière par les dirigeants africains et entériné par le G8 en juin 2002. Javancerai ensuite quelques observations sur deux des sous-thèmes de cette conférence : gouvernance et pouvoir de transformation de la science et de la technologie. Premier constat : le Nepad constitue une déclaration audacieuse et sans précédent de la responsabilité africaine face à lavenir de ce continent. Cette affirmation du leadership africain indique un changement de discours radical qui permet de laisser de côté les justifications et les blâmes habituels.Aujourdhui, les Africains assument de plus en plus la maîtrise de leur propre destinée, en reconnaissant finalement que personne dautre ne construira leur avenir à leur place. Soyons clairs : les Africains ont réellement souffert de limpérialisme, de lesclavage, du colonialisme et de lexploitation engendrée par les relents de la guerre froide. Ils ont eu à subir également les effets de la condescendance libéralede cette présomption affichée par de riches étrangers, sûrs deux-mêmes et de la supériorité de leur savoir. À une époque, on qualifiait cette attitude de « culture de la suprématie ». Mais les Africains ont également souffert des blessures infligées par lirresponsabilité de leur propre gouvernance ayant caractérisé les comportements de leurs dirigeants, bien que lAfrique en soit restée, plus souvent quautrement, à la politique du blâme dautrui. Le Nepad vient infléchir cette dynamique. Il fait valoir lobligation des Africains de définir les voies de leur propre développement. Il reconnaît explicitement le cumul dune « carence de leadership alliée à la corruption et à la mauvaise gouvernance dans beaucoup de pays ». Il précise enfin les réformes concrètes qui simposent. Cette déclaration de la responsabilité et du leadership africains représentent un progrès décisif. Deux autres éléments méritent lattention de pays partenaires comme le Canada. Le premier concerne la clause du Nepad prévoyant un examen de la performance de gouvernements africains et de leurs dirigeants par leurs collègues dautres pays dAfriquece qui implique daccepter que cette performance puisse être soumise de façon appropriée à lévaluation et à la critique dautres gouvernements africains. Lexamen par les pairs témoigne dune évolution normative majeure sur un continent où la non-intervention et les droits de la souveraineté ont été défendus avec zèle. Il signifie aussi que les gouvernements africains se responsabiliseront face au respect et à lapplication de normes rigoureuses de gouvernance démocratique. Jaimerais signaler limportance dun troisième élément : laccent que met le Nepad sur la mobilisation des ressources de lAfrique. Un élément qui renforce le discours sur lautonomie. Il est vrai que le Nepad prône une aide extérieure plus importante. Le document est en soi un témoignage de la nécessité dun partenariat authentique avec des pays donateurs en commençant par ceux du G8. Mais le Nepad met également laccent sur la réduction de la dette, la promotion de linvestissement privé (aussi bien africain quétranger) et la promesse dune libéralisation des échanges touchant les exportations des produits africains. Plus important encore, il considère les ressources africaines comme une source majeure du capital de développement. Cet élément du Nepad revêt une grande importance car il tient compte de la réalité de la vie économique africaine trop souvent négligéeà savoir limmensité et la diversité dun continent qui recèle dimmenses richesses tout en étant affligé dune pauvreté endémique. À vrai dire, plus de la moitié de léconomie africaine nest pas comptabilisée et donc, littéralement, na jamais été mesurée. Pratiquement toutes les statistiques économiques dont nous disposons sur lAfrique subsaharienne sont au mieux partielles et généralement peu fiables. La vérité est que les composantes les plus diffuses et les plus dynamiques de lactivité économique africaine se situent dans un cadre informel de troc et dopérations non publiées. Quant au capital, la Banque mondiale estime que près de 40 pour cent des capitaux africains sont détenus par des Africains expatriéscontribuant plus au développement des pays du Nord que de ceux du Sud. Le rapatriement dune fraction à peine de ces capitaux africains dépasserait la totalité des flux actuels de laide acheminée vers lAfrique. Il mapparaît inutile dénoncer les risques implicites que comporte cet état de choses. Il y a, premièrement, tous les risques inhérents à un affaissement de la volonté politique. Un petit noyau de dirigeants africains étaient censés sexprimer au nom dun continent formé de 53 pays. Seront-ils capables de rallier lopinion de leurs collègues? Il se peut également que les dirigeants africains se trouvent eux-mêmes dans lincapacité de tenir leurs promesseset quil leur soit impossible dêtre à la hauteur des engagements assumés par le Nepad. Sur ce point, je suis optimiste. Les jours des autocrates africains sont comptés. Les populations africaines réclament de vraies élections, un débat public plus libre et un gouvernement plus responsable et respectueux des lois. Mais la durabilité de la volonté politique demeure une question en suspenspartiellement à cause du fait que le Nepad a été adopté dans les pays africains sans presque aucune consultation populaire préalable ou débat parlementaire. Jai le sentiment que lun des principaux risques menaçant le Nepad réside dans la capacité limitée de mettre en uvre promptement et efficacement un programme de développement réel. Voici, pour les Canadiens et dautres intervenants, loccasion dapporter des contributions durables au développement de lAfrique, en aidant à consolider la capacité indigène au sein des gouvernements africains et en appuyant les activités du secteur privé. Les faiblesses de nombreux gouvernements et de leurs institutions régionales sont multiples : dans ladministration publique, les régimes juridiques et réglementaires, la prestation de soins et de services de santé essentiels, laccès à léducation, les fondements des procédures aboutissant à une gouvernance transparente. Quelles que soient les vertus dun tel plan, tant et aussi longtemps que les programmes ne seront pas solidement ancrés dans la réalité africaine, la probabilité dun changement de cap conduisant à des résultats moins que durables persiste. Le défi consiste à responsabiliser les Africains en les amenant à adapter lexpertise du Nord à leur propre réalité. Le Projet de recherche sur les politiques a placé à juste titre la gouvernance parmi les sous-thèmes de cette conférenceconjointement avec la sécurité géopolitique et la transformation quentraînent les avancées de la science et de la technologie. Au sein de mon propre organisme, le CRDI, nous estimons que ces trois enjeux sont étroitement liés . e gouvernance se doit dêtre informée, doù limportance dune recherche pertinente et actuelle. Mais la bonne gouvernanceet une recherche utile au développement ne peuvent être que laccomplissement dun processus de collaboration participative. Voici un exemple éloquent : laffectation des ressources aux soins de santé est un défi pour tout pays, riche ou pauvre. En Tanzanie, le CRDI finance un projet qui améliore véritablement les soins de santé grâce aux acquis de la recherche appliquée. Le projet définit les besoins réels des pauvres et des populations des zones rurales en sondant les habitants eux-mêmes pour déterminer les causes les plus fréquentes de la mort et de la maladie, puis en modifiant les régimes de prestation des soins pour cibler ces priorités. Cette méthodologie amène des planificateurs, des praticiens et des chefs de famille à collaborer. Et elle influe déjà sur les politiques de la santé et les régimes de prestation qui sont administrés ainsi de façon plus efficace et efficiente. Dans un district rural, lintroduction de moustiquaires antipaludiques a fait baisser les taux de mortalité infantile de 28 pour cent entre 1999 et 2000en ramenant à 72 la moyenne de 100 décès par 1 000 naissances. Les résultats ont été si manifestes que le magazine The Economist a consacré au projet un éditorial approbateur ainsi quun compte rendu spécial dans son édition du 17 août 2002. Un projet qui démontre de manière instructive comment les connaissances peuvent être mises au service de meilleures politiques. Ce même projet poursuivi en Afrique de lEst démontre un autre aspect de la gouvernance moderne : la conception dune politique et son application interviennent dans une dynamique caractérisée par la création de réseaux et de partenariats. Dans le projet de santé tanzanien, le CRDI établit en premier lieu une collaboration avec le gouvernement mais également avec lACDI, lOMS, la Fondation des Nations Unies et beaucoup dautres partenaires tanzaniens. Le maillage avec les partenaires est la caractéristique principale de la gouvernance à lère de la mondialisation. Cest aussi la seule voie permettant dorienter la gouvernance grâce à léchange des informations aptes à donner un sens, une équité et une pertinence à la participation. Voici une autre occasion pour le Canada et dautres pays du Nord qui coopèrent avec les Africains de se concentrer sur le renforcement de la culture et des capacités de réseautage pour rendre ces liens plus équitables, solides et efficaces. Je concluerai, tout comme jai commencé, en remerciant le Projet de recherche sur les politiques. Ayant longtemps étudié en Afrique (et demeurant moi-même à Nairobi), limportance accordée à ce continent au cours de cette conférence mest particulièrement chère. La conjoncture est particulièrement prometteuse pour les Canadiens qui contribuent à façonner le futur de lAfriqueet à promouvoir ainsi la sécurité même du Canada, sa prospérité et ses valeurs démocratiques. Merci. |
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