ID : 134973
Ajouté le : 2009-01-07 16:36
Mis à jour le : 2009-06-12 16:07
Refreshed: 2010-03-08 14:01
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De l’économie à la télévision, pour atteindre de nouveaux auditoires
2009-01
Angela Pereira
Économiste de premier plan, le Sri-Lankais Harsha de Silva mène des recherches d’avant-garde sur les liens qui existent entre les technologies de l’information et de la communication (TIC), l’agriculture et l’économie. Il anime également une émission de télévision fort populaire sur les affaires et l’économie.
C’est loin de chez lui, dans le Midwest américain, en effectuant ses recherches ou en regardant la télévision, qu’il s’est mis à établir des liens.
À l’époque, en effet, il préparait son doctorat en économie à l’Université du Missouri. Il allait de temps à autre chez des amis agriculteurs et il n’en revenait pas de leurs vastes étendues de terres et de leur imposant matériel agricole.
Ces agriculteurs exploitaient leur grande ferme aidés de leur seule famille et étaient très productifs. Ils utilisaient une technologie dont ne disposaient pas leurs homologues du Sri Lanka, et leur productivité était bien supérieure.
Cela a amené Harsha de Silva à se pencher sur les facteurs qui freinaient la croissance et la productivité au Sri Lanka, dans le but de trouver des moyens d’accroître l’efficacité des marchés agricoles dans les pays en développement. De retour chez lui À la fin de ses études, refusant des offres d’emploi en Amérique du Nord, Harsha de Silva rentre au Sri Lanka pour occuper le poste de trésorier et d’économiste en chef au sein de la banque la plus importante du pays.
Se disant animé d’un vif sentiment d’appartenance, il sait bien, par ailleurs, que les chercheurs des pays en développement doivent aller à l’étranger pour obtenir leur doctorat; mais s’ils doivent bien appréhender et bien comprendre le système, il importe qu’ils reviennent ensuite chez eux pour y mettre leurs connaissances à profit.
Après quelques années, il quitte la banque pour cofonder une société d’études de marché fructueuse, dont le nombre d’employés passe de trois à 200 en trois ans à peine. Cette réussite attire l’attention de la grande société d’études de marché internationale ACNielsen, à laquelle Harsha de Silva vend son entreprise.
Cette décision lui a coûté, mais il était soulagé de ne plus avoir à se plier aux exigences rigoureuses inhérentes à la gestion d’une entreprise. Il était enfin libre de se plonger de nouveau dans la recherche. Assembler les éléments
Il a alors travaillé pour le gouvernement du Sri Lanka, qui l’a chargé d’élaborer une stratégie visant à rendre les TIC accessibles dans les régions rurales. Il s’est intéressé au potentiel que présentaient des technologies telles que la téléphonie cellulaire pour améliorer l’efficience des marchés agricoles et, à la longue, les conditions de vie des pauvres. Et c’est ainsi que l’on a pu voir des agriculteurs et des conducteurs de tuk-tuks du Sri Lanka le téléphone à la main.
En 2004, les priorités du gouvernement ont changé, mais Harsha de Silva et son collègue Rohan Samarajiva ont, eux, poursuivi leurs recherches et créé LIRNEasia, un organisme régional qui s’emploie à trouver des moyens d’utiliser les TIC pour améliorer les conditions de vie des populations de l’Asie. LIRNEasia a entre autres participé à un projet pilote qui avait pour but d’évaluer un système d’alerte rapide visant à prévenir les villages côtiers des dangers venant de la mer, dans la foulée du tsunami survenu à la fin de 2004.
Le CRDI appuie sans réserve LIRNEasia depuis sa création.
Harsha de Silva est maintenant l’économiste en chef de l’organisme. Un de ses projets a trait à l’étude du comportement des petits exploitants agricoles du Sri Lanka. Il examine ce que les agriculteurs dépensent pour obtenir de l’information à chaque étape du cycle de production, ce qui l’aide à comprendre comment les TIC, la téléphonie cellulaire notamment, peuvent réduire leurs coûts et, en fin de compte, améliorer leurs moyens d’existence. [Pour en savoir plus sur les constatations de cette étude]
Il est d’avis que l’on est loin d’avoir tiré parti de tous les avantages des TIC et que ces dernières présentent un potentiel indéniable dans la région.
Dans le cadre d’une étude réalisée il y deux ans par LIRNEasia, on a constaté que plus de 90 % des personnes interrogées au Pakistan, au Bangladesh, en Inde, au Sri Lanka et en Thaïlande avaient utilisé un téléphone au cours des trois mois précédents. Selon une autre étude, 50 % des Sri-Lankais possèdent un téléphone cellulaire.
Ces données encouragent beaucoup tous ceux et celles qui, comme Harsha de Silva, cherchent des moyens de mettre les TIC au service du développement. Ce travail est en effet passionnant, estime-t-il, pour quiconque est persuadé que le fait d’avoir accès à un téléphone cellulaire ou d’en posséder un permet aux Sri-Lankais de sauter les étapes et de combler leur retard.
LIRNEasia informe les décideurs, le secteur privé et les organisations non gouvernementales (ONG) des résultats de ses recherches afin de les éclairer quant aux mesures permettant de rendre les TIC facilement accessibles, et ce, à un coût abordable pour les pauvres. La suite des choses
LIRNEasia a certes pour principal objectif la recherche et l’influence sur les politiques, mais l’organisme vise aussi le renforcement des capacités des chercheurs des pays en développement.
Si ces derniers sont nombreux à travailler dans les pays industrialisés, de dire M. de Silva, des organismes comme LIRNEasia leur offrent désormais des possibilités et les incitent donc à revenir dans leur pays.
LIRNEasia effectue maintenant des recherches dans 11 pays, emploie 10 chercheurs éminents et participe aux travaux de nombreux réseaux de recherche et de plusieurs universités d’Asie du Sud.
M. de Silva précise que les chercheurs des pays en développement savent ce qu’entend faire LIRNEasia et le savent également parfaitement capable d’obtenir les mêmes résultats que n’importe quel organisme d’Amérique du Nord.
Pour Harsha de Silva, autant il importe que les chercheurs aient les outils nécessaires pour concevoir leur propre vision du développement, autant il est primordial que les citoyens des pays en développement disposent de l’information et des connaissances leur permettant de prendre des décisions éclairées.
C’est pourquoi il anime chaque semaine une populaire émission de télévision au cours de laquelle il explique les rudiments de l’économie et des affaires à un vaste auditoire.
Certes, son émission exige beaucoup de temps, mais elle est importante à ses yeux, car il souhaite que les citoyens de la région puissent faire des choix éclairés (lors d’une élection par exemple), qui s’appuient non sur l’émotion mais sur des données probantes et sur une bonne compréhension des choses.
Toutefois, cette activité ne lui attire pas que des amis. En effet, en expliquant les concepts économiques de manière claire et facilement compréhensible, il contrecarre souvent les efforts de ceux qui mettent de l’avant la complexité de l’économie pour tromper les gens et agir à leur propre avantage.
« Vous ne pouvez pas comprendre, c’est trop complexe, alors laissez-nous nous occuper de cela, leur disent-ils. Au contraire, moi, je leur dis : décortiquons tout cela, ce n’est pas si compliqué, et tout le monde peut comprendre. »
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