![]() |
|
| English - Español |
|
|
La plupart du temps, l'évaluation des initiatives de développement est menée par des évaluateurs externes, sans que les populations locales n'y participent ou avec leur participation restreinte. Bien qu'il ne fasse aucun doute que ce type d'évaluation puisse répondre à certains besoins exprimés par les décideurs ou par les partenaires financiers, son utilité est limitée en ce qui concerne le renforcement des capacités à la base. De plus, les opinions et les points de vue exprimés par les communautés peuvent se trouver grandement édulcorés au cours du processus. En ce sens, les efforts pour faciliter la communication directe entre les communautés et les décideurs lors d'un processus d'évaluation peuvent grandement contribuer à accroître sa transparence et son efficacité. De plus, l'appui aux communautés pour qu'elles puissent discuter des questions et des préoccupations qui devraient être soulevées, décider des meilleures façons de les exprimer et choisir les outils les plus appropriés pour le faire, peut aussi contribuer à susciter chez ces communautés un sentiment
d'appropriation de l'initiative de développement, tout en améliorant la gouvernance locale. Toutefois, cela est plus facile à dire qu'à faire, et transformer ce vœu en réalité peut devenir tout un défi. Dans le nord-est du Cambodge, le Partenariat pour la gouvernance locale a décidé de relever ce défi et d'appliquer ses compétences nouvellement acquises en matière de communication pour le développement à l'intérieur d'un processus d'évaluation au cours duquel les communautés autochtones ont communiqué directement avec les représentants du gouvernement. Galvanisés par la possibilité que leur voix soit entendue au plus haut niveau, les participants n'ont même pas été rebutés par la perspective de devoir apprendre à manier des outils de communication sophistiqués. Cette histoire est celle de communautés autochtones qui, même si elles parlent très peu le khmer (la langue nationale du Cambodge), ont présenté les conclusions de leur évaluation d'une initiative de développement à des représentants du gouvernement provincial de haut niveau qui, pour leur part, ne parlent que le khmer. Cette présentation comprenait des recommandations à l'endroit des responsables d'une initiative de développement de grande envergure, qui sont habitués à dire aux communautés quoi faire plutôt qu'à écouter leurs préoccupations. Dans le but de répondre aux besoins des communautés locales en matière de développement, le gouvernement de la province de Ratanakiri a mis sur pied une initiative globale pluriannuelle qui porte le nom de Projet de gestion des ressources naturelles. Cette initiative a pour but d'appuyer les communautés autochtones des régions montagneuses dans leurs efforts pour acquérir un plus grand contrôle sur les ressources naturelles qu'elles ont traditionnellement utilisées et pour améliorer leurs systèmes d'agriculture sur brûlis. À ces fins, l'initiative appuie des activités de développement participatif axées sur la gestion communautaire des ressources naturelles, l'amélioration des systèmes d'agriculture, la planification à l'échelon du gouvernement local, l'éducation non traditionnelle, l'attribution de titres de propriété foncière et la résolution de conflits autour de ces questions, l'information du public et les questions de genre. Une évaluation est faite à la fin de chaque année par une équipe composée de représentants de diffé-rents ministères du gouvernement provincial. Après six mois d'apprentissage de la communication participative pour le développement au moyen d'un programme d'éducation à distance, le Partenariat pour la gouvernance locale, qui joue un rôle de conseiller auprès de l'initiative, a pressenti le gouvernement provincial pour discuter de la possibilité d'avoir recours à un type d'évaluation plus participatif. Comme les individus à l'emploi des deux organisations en présence travaillent ensemble depuis plusieurs années, une relation de confiance mutuelle était déjà solidement en place. De plus, ces personnes se fréquentent régulièrement à l'extérieur de leur travail, par exemple lors de pique-niques ou de dîners. Forts de cette solide relation, les deux côtés sont habitués à travailler en tenant pour acquis que toutes les activités entreprises ont pour but de renforcer les capacités du gouvernement tout autant que celles des communautés. Pour cette raison, le gouvernement provincial s'est immédiatement manifesté en faveur de cette idée et a accepté de permettre aux communautés d'évaluer elles-mêmes l'initiative. Les divers partenaires ont ensuite été sollicités pour repérer des membres des communautés ayant l'expérience des réunions et des ateliers et qui, par conséquent, manifestent une confiance en eux plus élevée que la plu-part des autres membres de leur communauté. On a ensuite demandé aux individus proposés s'ils étaient d'accord pour participer à ce processus. Lors d'une rencontre préparatoire, le directeur du ministère de l'Environnement provincial a expliqué que le gouvernement avait par le passé effectué un certain nombre d'évaluations, mais qu'il lui semblait que certaines questions soulevées par les communautés avaient été édulcorées. Cette fois, le gouvernement voulait entendre directement la voix des communautés. Ainsi, l'objectif de l'évaluation était d'accroître le pouvoir des communautés en leur donnant l'occasion d'exprimer directement leurs points de vue aux décideurs. La plupart des personnes présentes ont accepté de participer à cette expérience. Une fois l'équipe formée, les agents gouvernementaux, les conseillers du projet et les représentants des communautés qui avaient été sélectionnés ont discuté des indicateurs et de l'information qu'il faudrait recueillir. Cela a aidé les représentants des communautés à mieux comprendre la logique du projet. Ils ont ensuite élaboré des aide-mémoire et des questions, qui ont fait l'objet de pré-tests. L'étape suivante a consisté à discuter de la façon dont l'information recueillie serait analysée et à prendre une décision à cet effet (voir figure 1). À ce moment, trois agents gouvernementaux ont apporté leur aide à l'équipe d'évaluation communautaire, tandis que trois membres du Partenariat pour la gouvernance locale se sont assurés que les agents gouvernementaux coordonnaient le processus sans pour autant imposer leurs vues. Figure 1: Cadre d'analyse de l'information recueillie
La logique sous-jacente au cadre utilisé pour analyser l'information est la suivante: la facilitation d'activités de développement est la clé pour la création d'un sentiment d'appropriation. Pour sa part, une bonne facilitation permet à tout le monde de participer, et fait en sorte que la prise de décisions peut être faite par tous ou par un échantillon représentatif de la population, d'une façon considérée juste et équitable envers les hommes et les femmes. Si ces trois facteurs font l'objet d'une facilitation adéquate, la communauté sera en mesure de bien s'approprier le processus. Finalement, on croit qu'une bonne appropriation peut donner lieu aux changements visés par le projet. Après avoir conclu un accord sur les rôles et les responsabilités, l'information a été recueillie auprès de 15 villages. Les données ont été organisées sous les rubriques suivantes: facilitation, prise de décision, participation, genre, appropriation et changement. L'équipe a ensuite résumé les données sous chacune de ces rubriques. L'étape suivante a consisté à demander à l'équipe de réfléchir sur ce que l'information recueillie révélait au sujet de chacune des rubriques. Les principales conclusions indiquaient que, la plupart du temps, les agents gouvernementaux, les représentants du gouvernement et les travailleurs utilisent la langue khmère, qu'ils sont impatients et qu'ils n'écou-tent pas l'opinion des communautés. Par conséquent, les activités continuent d'être définies par le gouvernement. L'équipe d'évaluateurs a par la suite demandé que le but et les objectifs du projet soient expliqués clairement, en utilisant la langue locale dans la mesure du possible. De plus, les agents gouvernementaux devraient consulter les communautés et discuter avec elles avant toute prise de décision. Ils devraient également se mettre d'accord sur un calendrier d'activités bien avant la tenue de celles-ci. Il restait aux communautés à présenter ces résultats au gouvernement. À ce stade, il est apparu important d'examiner les méthodes et les outils qui pourraient être utilisés pour transmettre l'information d'une façon qui soit acceptable aux yeux des participants, tout en respectant les capacités de la communauté. À l'aide d'une méthodologie classique de conception de stratégies de communication, on a ensuite demandé à l'équipe d'évaluateurs de tenir compte du public-cible et de son attitude habituelle envers les communautés. Le choix des individus qui feraient la présentation a aussi été soulevé. Quels problèmes présageaient-ils ? Cela démontrait que, même si les communautés étaient capables de produire de bons résultats, il était tout aussi important de les présenter de façon adéquate et de définir les éléments de base de toute stratégie de communication. Il a été décidé que les autochtones membres de l'équipe allaient présenter les résultats. Chaque membre de l'équipe s'est vu confier une partie de la présentation. Après avoir décidé qu'ils allaient se relayer, les gens ont décidé qu'ils voulaient utiliser des messages simples, courts et percutants, qui seraient présentés dans un ordre clair et fluide. Ils voulaient également avoir recours à des images. Venant tout juste de faire l'acquisition d'un projecteur LCD, les représentants du Partenariat pour la gouvernance locale ont laissé entendre qu'une présentation Power Point pourrait être appropriée dans ce type de situation. La présentation a donc été élaborée conjointement, et les membres de la communauté l'ont immédiatement mise à l'essai. Au cours de cet exercice, les conseillers et les autres membres de l'équipe ont posé des questions. Pendant l'atelier, l'équipe a fait une bonne présentation, empreinte de clarté. Les représentants du gouvernement se sont dits très impressionnés, car ils ne s'attendaient pas à ce que les membres de la communauté soient en mesure d'utiliser cette technologie. Les membres de la communauté ont été capables de répondre à toutes les questions soulevées par les représentants du gouvernement, qui ont cherché à savoir comment cette évaluation avait été réalisée. Les deux parties se sont écoutées et comprises mutuellement. Cela démontre que la relation traditionnelle émetteur-récepteur (gouvernement-communauté) peut être transformée lorsque les récepteurs sont en charge du processus de communication. La présentation Power Point étant une nouveauté à Ratanakiri, elle a littéralement cloué les spectateurs à leur siège. Tout le monde a porté une grande attention à ce qui était présenté. L'une des leçons apprises de cette initiative est qu'une nouvelle technologie peut parfois être efficace pour faire passer des messages dans les cas où les préjugés à l'égard d'un groupe social peuvent affecter la crédibilité des propos de ses membres, s'ils sont exprimés directement. Plus encore, la participation des membres de la communauté à l'ensemble du processus d'évaluation leur a permis d'accroître leur confiance en eux, de faire valoir les conclusions auxquelles ils étaient arrivés, et de clarifier ce qu'ils avaient accompli. Le fait de s'être exercés précédemment et d'avoir révisé l'analyse étape par étape a été d'une importance primordiale pour l'acquisition de cette confiance. De façon générale, les représentants du gouvernement ont accepté les conclusions de l'évaluation. Certains changements ont été apportés. En outre, après l'atelier, le service d'information et d'éducation du projet a commencé à produire des cassettes audio en langue locale, la traduction pendant les discussions est devenue monnaie courante et les communautés ont été autorisées à discuter entre elles dans leur propre langue. On ne peut affirmer que ces changements soient uniquement le fruit des conclusions de l'évaluation, car un certain nombre d'autres facteurs ont aussi fait sentir leur influence auprès du gouvernement provincial au cours de la même période. En effet, diverses organisations insistaient déjà sur l'importance de communiquer en langue locale, de faire preuve de patience et d'écouter les communautés. Appuyer des communautés autochtones pour qu'elles puissent communiquer avec des représentants du gouvernement provincial de haut rang requiert du temps, des ressources, de l'énergie, de la patience et des efforts. La direction d'un projet peut faciliter ce processus en établissant de bonnes relations de travail avec ses partenaires gouvernementaux, en tenant régulièrement des rencontres avec eux, ainsi qu'en ayant recours à des documents produits lors de l'initiative pour les intéresser à expérimenter de meilleures façons de mettre en œuvre des initiatives de développement et à construire des relations plus étroites avec les membres des communautés. La direction d'un projet peut aussi appuyer les membres de la communauté dans leur apprentissage de nouveaux concepts et l'utilisation de nouvelles technologies. |
||||||||||||
| guest (Lire)heure de l'Est (É.-U. et Canada) Login | Accueil|Carrières|Droits d'auteurs et usage|Informations générales|Nous rejoindre|Basse vitesse |