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Rodrigo Bonilla

ID : 103606
Ajouté le : 2006-09-23 13:54
Mis à jour le : 2007-09-13 21:50
Refreshed: 2010-03-15 08:06

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II. Points de vue régionaux

La communication participative pour le développement : un point de vue asiatique
Préc. Document(s) 12 de 39 Suivant
Nora Cruz Quebral, Collège de communication pour le développement, Université des Philippines à Los Baños

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L'Asie est une région aux multiples visages. Le texte qui suit décrit l'expérience asiatique en matière de communication participative pour le développement (CPD) du point de vue de l'une de ses sous-régions, en l'occurrence le regroupement de nations connu sous le nom d'Asie du Sud-Est. Plus précisément, ce texte aborde la CPD telle que la conçoivent les unités de communication établies dans les collèges et les universités de l'Asie du Sud-Est, en tant que partie intégrante de leurs services de vulgarisation agricole ou de leur travail sur le terrain. Les affinités entre ces unités et les bureaux de médias des services de vulgarisation qui existent au sein des Land Grant Colleges1 des États-Unis sont évidentes. Néanmoins, elles ont évolué et continuent à le faire. Elles sont aujourd'hui devenues des structures hybrides plus conformes à leur culture et qui reflètent davantage l'état actuel des connaissances dans le monde du développement et celui de la communication.

 

1 Aux États-Unis, les Land Grant Colleges sont un ensemble d'institutions d'études supérieures sous la responsabilité des États et des territoires, qui reçoivent du financement de l'administration fédérale pour des programmes intégrés d'enseignement, de recherche et de vulgarisation dans le domaine de l'agriculture, de l'alimentation et des systèmes environnementaux.

Il existe d'autres points de vue sur la CPD, en particulier en Inde et ailleurs en Asie du Sud. Ils s'apparentent à l'expérience de l'Asie du Sud-Est à certains égards et en diffèrent à d'autres égards. Toutes ces expériences ont des leçons à offrir en ce qui concerne les efforts consentis pour décrire la relation entre la communication et le développement humain.

Les unités de communication dans les universités

On trouve des unités de communication dans les universités d'Indo-nésie, de Malaisie, des Philippines, de Thaïlande et du Viêt Nam. Elles en sont à leurs débuts dans des sociétés en transition comme le Cambodge, le Laos et peut-être le Myanmar. Les plus vieilles d'entre elles, qui étaient initialement perçues comme de simples auxiliaires des départements de biologie et de physique de leurs universités, étaient au départ chargées de vulgariser les résultats de recherche générés par ces départements, tout en assumant certaines tâches de publicité et de relations publiques pour les administrateurs. On s'attendait à ce que ces unités s'acquittent de leur tâche en ayant recours aux médias, raison pour laquelle leur personnel se composait de rédacteurs, d'artistes et de spécialistes de l'audio et de la vidéo. L'interaction face à face avec les familles d'agriculteurs était considérée comme quelque chose que les vulgarisateurs pouvaient faire et, par le fait même, était exclue du mandat du personnel de communication.

Un modèle de CPD obsolète qui date du dernier millénaire, ditesvous ? Pourtant, il est encore bien vivant en Asie du Sud-Est malgré la mondialisation, les nouvelles technologies de l'information et de la communication, l'activisme manifesté par la communication participative, le terrorisme, et malgré tous ces autres phénomènes porteurs de changement qui secouent présentement la planète. La preuve qu'elle subsiste encore aujourd'hui pourrait bien être palpable, à des degrés divers, au sein des organisations qui sont habituellement représentées dans les événements internationaux: l'accent placé sur la technologie, la mise au rancart des praticiens de la communication au sein des organisations, la fusion forcée de la communication avec d'autres unités en apparence connexes pour des raisons d'efficience, d'économie, etc.

L'évolution de la CPD en Asie du Sud-Est

Toutefois, il y a un envers de la médaille. C'est dans ce type d'unité de communication que la CPD en tant qu'objet d'étude et de pratique a d'abord vu le jour en Asie du Sud-Est, qu'elle s'est développée, et qu'elle a par la suite été diffusée dans d'autres domaines du développement tels que la santé et l'environnement. Au moins sept de ces unités de communication universitaires sont devenues des départements à part entière, qui comptent aujourd'hui leurs propres programmes de recherche et de travail sur le terrain. L'un d'entre eux a même obtenu le statut de collège, quoique ses bases ne soient pas encore très solides pour l'instant.

Chaque pas en avant a signifié pour elles une plus grande marge de manœuvre pour se démarquer des conceptions traditionnelles et pour développer leur propre vision, tout en étendant leur sphère d'influence. Au Collège de communication pour le développement (CDC) de l'Université des Philippines à Los Baños, par exemple, le personnel continue de se soucier du contenu agricole de la CPD, mais dans un contexte plus vaste de gestion des ressources naturelles (par son association avec la FAO et le CRDI) et de la santé reproductive (par des projets menés de concert avec le minis-tère de la Santé des Philippines et le Centre pour les programmes de communication de l'Université John Hopkins. Grâce à ses programmes de formation traditionnels et non traditionnels, le CDC a formé des centaines de communicateurs pour le développement qui ont essaimé vers d'autres domaines, outre l'agriculture, et vers d'autres pays à l'extérieur de l'Asie du Sud-Est. Ainsi, avec ses divers programmes et ses publications, fort de ses liens avec des programmes de recherche et d'action comme Isang Bagsak2, le CDC est aujourd'hui au cœur d'un important réseau qui se consacre à l'étude et à l'application des principes de la communication dans ou pour le développement.

La nature participative de la communication pour le développement a toujours été considérée comme un fait dans la majeure partie de l'Asie du Sud-Est, quoique le type et le degré de participation n'aient peut-être pas toujours été uniformes. Jusqu'à tout récemment, en Malaisie par exemple, le terme « participatif » ne se traduisait pas toujours par des critiques directes à l'endroit des politiques gouvernementales, comme c'est le cas notamment aux Philippines où les institutions politiques sont plus occidentalisées, certains diront trop occidentalisées. D'un autre côté, même dans une vieille démocratie comme celle de la Thaïlande, il est possible que la CPD, telle qu'elle est enseignée dans les universités, se manifeste encore par des modes de diffusion verticaux, simplement parce que les gens y sont moins exposés aux plus récents changements en matière de communication pour le développement, alors que de nouvelles perspectives font constamment leur apparition. Dans les sociétés hiérarchiques comme le Cambodge, en particulier avec sa forme actuelle de gouvernement, la participation est encore inégale. Elle est limitée dans les rencontres de communication officielles, mais de toute évidence elle est beaucoup plus présente entre pairs dans le contexte du travail de terrain. Il ne fait aucun doute que la CPD est le produit de la culture d'une société et de ses institutions sociopolitiques, ainsi que de son acceptation de la pensée actuelle en matière de communication pour le développement. De plus, il est clair que, partout, les professionnels de la CPD ont la possibilité d'accroître le degré de participation des citoyens au sein de leurs sociétés, en faisant connaître les principes du développement participatif.

 

2 Isang Bagsak est un réseau d'apprentissage et de réseautage qui vise à améliorer la communication et la participation chez les chercheurs, praticiens, communautés et autres parties prenantes dans le domaine de la gestion des ressources naturelles, ainsi qu'à fournir un appui en matière de communication aux initiatives de développement, dans l'optique d'aider les communautés à sortir de la pauvreté.

Par conséquent, quelle est l'essence de la CPD en Asie du Sud-Est aujourd'hui ? Consciente de ses origines, la CPD s'allie à ceux qui souhai-tent réduire et même éliminer la faim, la pauvreté et la maladie dans le monde. Or, en tant que science sociale, elle ne s'identifie pas avec la technologie en tant que telle mais bien avec les gens qui l'utilisent ou ne l'utili-sent pas, plus particulièrement avec les populations les plus désavantagées en milieu rural. Ainsi, ses finalités sont l'égalité et la justice sociale pour tous, ainsi que la liberté, pour chaque individu, de développer son potentiel. Elle utilise des outils et des méthodes de communication, en premier lieu pour éduquer de façon non formelle, afin que les gens puissent disposer des capacités et de l'information qui leur sont nécessaires pour prendre leurs propres décisions.

Quelques observations et réflexions

Par le passé, les communicateurs pour le développement d'Asie du Sud-Est ont sans contredit expérimenté certains problèmes et connu des revers. Mais ils ont aussi connu de bons moments et certains succès, avec l'aide de collègues. Tout au long de ce processus, ils ont appris de leurs propres expériences et de celles d'autres communicateurs. Certaines de leurs observations et de leurs réflexions actuelles sur la CPD sont décrites cidessous:

  1. Il semble qu'il vaille la peine de réitérer de temps à autre la différence conceptuelle entre la communication en tant que processus et la communication en tant que média ou canal. En tant que processus, il s'agit de l'échange de tout type d'information au sein d'une société ou d'un groupe social, raison pour laquelle la communication est souvent considérée comme le plus élémentaire des processus sociaux. Plusieurs la voient aussi comme l'utilisation de médias communautaires ou de masse. Cette perception traditionnelle peut être élargie dans le but d'y inclure tous les canaux interpersonnels et technologiques par lesquels l'information circule entre les membres d'un même groupe social. Qu'elle soit vue comme un processus ou comme un canal, la communication peut être consciemment utilisée pour le développement. Elle devient alors un processus d'échange d'information à plusieurs niveaux au sein d'une société, processus qui peut être canalisé à travers divers médias, dans le but de faire avancer le développement humain.

  2. Les moyens de communication ont pendant longtemps été classés en fonction de la dichotomie technologiques vs interpersonnels. Les médias technologiques tels que la radio, la télévision et maintenant les technologies de l'information et de la communication (TIC), ont fait l'objet d'une attention beaucoup plus soutenue. Il est grand temps de faire valoir les nuances que permet la communication interpersonnelle qui promeut le développement. Des initiatives comme Isang Bagsak sont un pas dans la bonne direction. Elles peuvent aussi explorer les combinaisons possibles de communication face à face et de communication médiatisée qui caractérisent les processus. Ainsi, elles peuvent contribuer à tirer le concept de processus de communication pour le développement du stade générique où il se trouve encore et ainsi lui donner une plus grande précision, de même qu'une plus grande spécificité.

  3. Il semble qu'il soit devenu la norme pour les jeunes professionnels d'un grand nombre de disciplines de rejeter du revers de la main les travaux de leurs prédécesseurs aux quatre coins du globe qu'ils considèrent trop traditionnels, en oubliant peut-être qu'ils ont l'avantage de porter sur eux un regard rétrospectif. Ainsi, ils tentent de réinventer la roue. Sans les fondations établies par ces penseurs de la première heure partout dans le monde, les communicateurs d'aujourd'hui ne disposeraient pas du concept de communication pour le développement, auquel on attache aujourd'hui l'épithète « participative ». La leçon suivante mérite d'être partagée avec les autres professionnels du développement: ne tournez pas le dos à vos propres débuts. Reconnaissez leur importance, même lorsque vous êtes en voie de les surpasser.

  4. Dans la pratique, les nouveaux modèles de communication ne remplacent pas toujours les anciens. Ils ont plutôt tendance à coexister. Cette situation se manifeste par l'utilisation sans discernement de termes associés à la fois aux anciens et aux nouveaux modèles. À titre d'exemple, les termes « public-cible », et « bénéficiaires » continuent d'être utilisés, parallèlement à des termes comme « parties prenantes » et « participants ». Les professionnels de la CPD devraient donner l'exemple en exprimant clairement le type de communication qu'ils promeuvent et en adaptant leur terminologie en conséquence. De la même façon, ils devraient reconnaître que les anciens modèles continuent d'être valables dans certaines situations et peuvent encore être utilisés lorsque la situation l'exige.

  5. Il est maintenant accepté que les gens en milieu rural et les autres groupes désavantagés ont le droit de participer à la prise des décisions qui ont une incidence sur leur vie. Leur pouvoir doit être renforcé, comme le veut une expression à la mode, afin qu'ils prennent conscience de leur propre valeur, qu'ils fassent connaître leur opinion et pour que leurs points de vue soient intégrés au dialogue sur le développement. On peut dire la même chose d'un autre groupe du monde de développement constitué des vulgarisateurs, praticiens des médias et autres travailleurs de terrain. En vertu du modèle diffusionniste fondé sur le transfert technologique, ceux-ci sont des intermédiaires sans visage qui font le lien entre les scientifiques et les communautés locales. Dans les modèles de communication plus récents, ils sont à peine visibles et peut-être tout autant négligés. Ils doivent eux aussi être reconnus en tant que participants à part entière dans le processus de développement, à qui l'on doit accorder la même considération qu'aux autres acteurs.

  6. En tant que terme générique pour signifier l'innovation, le contenu technique, les pratiques améliorées ou, dans notre cas, la gestion des ressources naturelles, la technologie n'a pas de sens péjoratif. Les professionnels de la CPD devraient se réconcilier avec ce terme.

    Le développement nécessite un équilibre entre les aspects technologiques et les aspects sociaux. Aucun des deux ne peut fonctionner en vase clos. La CPD peut être un outil qui aide les gens à bien cerner leurs problèmes et à appliquer la technologie qu'ils souhaitent utiliser, dans la mesure où un vaste éventail d'options leur est présenté et en autant qu'ils aient la capacité de faire ce choix.

  7. Toujours en ce qui concerne l'équilibre entre les aspects technologiques et sociaux, la tendance qui semble se dessiner consiste à ce que la communication pour le développement, en tant qu'art et langage, sorte des sentiers battus et aille là où la communication pour le développement en tant que science sociale ne s'est aventurée que de façon secondaire. Ce changement est le bienvenu, quoique certaines mises en garde pourraient être utiles. Les réponses unilatérales n'ont jamais fonctionné par le passé et il n'y a aucune raison de croire qu'elles puissent fonctionner aujourd'hui. Le développement est une entreprise aux multiples facettes. Les praticiens de la CPD doivent donc y intégrer autant de facettes que possible. Par ailleurs, les études de cas anecdotiques qui ne s'appuient pas sur des recherches systématiques pourraient nous ramener au point où la conception de la CPD se limitait aux canaux de communication, qu'ils soient technologiques ou interpersonnels, plutôt que d'être perçue comme un processus.

  8. On a accusé les communicateurs de ne parler qu'à eux-mêmes. Les professionnels de la CPD ne devraient-ils pas aussi discuter avec les chercheurs, les praticiens, de la gestion des ressources naturelles des préoccupations qu'ils ont en commun ? Un grand nombre de professionnels du développement continuent de travailler selon le vieux paradigme chercheur-vulgarisateur-agriculteur fondé sur le transfert technologique, peut-être parce qu'ils n'ont pas été en contact avec de nouveaux paradigmes. La CPD pourrait faciliter ce type de dialogue, non seulement par la communication médiatisée, mais aussi lors de rencontres qui rassemblent des chercheurs, des praticiens et des administrateurs du domaine de la gestion des ressources naturelles.

  9. Étant donné l'état actuel des finances mondiales, un grand nombre de pays, y compris certains pays développés, ne sont plus en mesure d'assumer les coûts de systèmes de communication intensifs mais coûteux, d'individu à individu, laissant ainsi le champ libre aux entreprises commerciales. Quelles options de rechange la grande richesse qui caractérise la technologie de l'information et de la communication a-t­elle à offrir aux petits agriculteurs, dont les besoins sont très diversifiés ? Isang Bagsak a expérimenté une façon de faire qui s'appuie sur la communauté. Les expériences de ce type sont d'une grande utilité lorsqu'elles sont mises en œuvre de façon systématique, tout en tenant compte de l'importance d'assurer leur viabilité financière dans le contexte des pays pauvres.

  10. La CPD est-elle un moyen, une fin, ou les deux à la fois ? Des programmes comme Isang Bagsak visent-ils à améliorer la gestion des ressources naturelles dans une communauté, ou s'agit-il d'une façon pour les chercheurs et les habitants des communautés d'intérioriser la communication participative pour le développement ? Les deux objectifs sont-ils valables ? La réponse dictera quels indicateurs devraient être utilisés pour mesurer le succès de projets comme Isang Bagsak.

  11. En dernier lieu, la CPD peut être institutionnalisée de deux façons: par des politiques, afin d'assurer son adoption par les praticiens sur le terrain, et au moyen de la théorie, afin d'assurer sa viabilité et sa validité par de la recherche menée par les étudiants et les chercheurs du monde académique. Dans les deux cas, la communication pour le développement s'en trouvera enrichie, en tant que pratique et en tant que domaine d'étude.

Conclusion

La communication participative pour le développement, sous les formes diverses qu'elle adopte d'un pays à l'autre, est un domaine récent mais dynamique, qu'alimentent un grand nombre de disciplines. De la même façon, la fenêtre unique qu'elle ouvre sur le développement humain lui permet de jouer un rôle de pionnier en matière de nouveaux concepts et de nouvelles pratiques, que d'autres domaines peuvent par la suite adopter. Le chemin qu'elle a parcouru au cours des 30 dernières années n'est pas négligeable. En tant qu'art et science, elle est en mesure de contribuer encore bien davantage, pour autant que ses promoteurs, avec leurs propres outils et expertise, conservent leur vision d'égalité, de justice sociale et de liberté, pour chaque individu, de développer son potentiel.







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