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L'Asie est une région aux multiples visages. Le texte qui suit décrit l'expérience asiatique en matière de communication participative pour le développement (CPD) du point de vue de l'une de ses sous-régions, en l'occurrence le regroupement de nations connu sous le nom d'Asie du Sud-Est. Plus précisément, ce texte aborde la CPD telle que la conçoivent les unités de communication établies dans les collèges et les universités de l'Asie du Sud-Est, en tant que partie intégrante de leurs services de vulgarisation agricole ou de leur travail sur le terrain. Les affinités entre ces unités et les bureaux de médias des services de vulgarisation qui existent au sein des Land Grant Colleges1 des États-Unis sont évidentes. Néanmoins, elles ont évolué et continuent à le faire. Elles sont aujourd'hui devenues des structures hybrides plus conformes à leur culture et qui reflètent davantage l'état actuel des connaissances dans le monde du développement et celui de la communication.
1 Aux États-Unis, les Land Grant Colleges sont un ensemble d'institutions d'études supérieures sous la responsabilité des États et des territoires, qui reçoivent du financement de l'administration fédérale pour des programmes intégrés d'enseignement, de recherche et de vulgarisation dans le domaine de l'agriculture, de l'alimentation et des systèmes environnementaux. Il existe d'autres points de vue sur la CPD, en particulier en Inde et ailleurs en Asie du Sud. Ils s'apparentent à l'expérience de l'Asie du Sud-Est à certains égards et en diffèrent à d'autres égards. Toutes ces expériences ont des leçons à offrir en ce qui concerne les efforts consentis pour décrire la relation entre la communication et le développement humain. Les unités de communication dans les universitésOn trouve des unités de communication dans les universités d'Indo-nésie, de Malaisie, des Philippines, de Thaïlande et du Viêt Nam. Elles en sont à leurs débuts dans des sociétés en transition comme le Cambodge, le Laos et peut-être le Myanmar. Les plus vieilles d'entre elles, qui étaient initialement perçues comme de simples auxiliaires des départements de biologie et de physique de leurs universités, étaient au départ chargées de vulgariser les résultats de recherche générés par ces départements, tout en assumant certaines tâches de publicité et de relations publiques pour les administrateurs. On s'attendait à ce que ces unités s'acquittent de leur tâche en ayant recours aux médias, raison pour laquelle leur personnel se composait de rédacteurs, d'artistes et de spécialistes de l'audio et de la vidéo. L'interaction face à face avec les familles d'agriculteurs était considérée comme quelque chose que les vulgarisateurs pouvaient faire et, par le fait même, était exclue du mandat du personnel de communication. Un modèle de CPD obsolète qui date du dernier millénaire, ditesvous ? Pourtant, il est encore bien vivant en Asie du Sud-Est malgré la mondialisation, les nouvelles technologies de l'information et de la communication, l'activisme manifesté par la communication participative, le terrorisme, et malgré tous ces autres phénomènes porteurs de changement qui secouent présentement la planète. La preuve qu'elle subsiste encore aujourd'hui pourrait bien être palpable, à des degrés divers, au sein des organisations qui sont habituellement représentées dans les événements internationaux: l'accent placé sur la technologie, la mise au rancart des praticiens de la communication au sein des organisations, la fusion forcée de la communication avec d'autres unités en apparence connexes pour des raisons d'efficience, d'économie, etc. L'évolution de la CPD en Asie du Sud-EstToutefois, il y a un envers de la médaille. C'est dans ce type d'unité de communication que la CPD en tant qu'objet d'étude et de pratique a d'abord vu le jour en Asie du Sud-Est, qu'elle s'est développée, et qu'elle a par la suite été diffusée dans d'autres domaines du développement tels que la santé et l'environnement. Au moins sept de ces unités de communication universitaires sont devenues des départements à part entière, qui comptent aujourd'hui leurs propres programmes de recherche et de travail sur le terrain. L'un d'entre eux a même obtenu le statut de collège, quoique ses bases ne soient pas encore très solides pour l'instant. Chaque pas en avant a signifié pour elles une plus grande marge de manœuvre pour se démarquer des conceptions traditionnelles et pour développer leur propre vision, tout en étendant leur sphère d'influence. Au Collège de communication pour le développement (CDC) de l'Université des Philippines à Los Baños, par exemple, le personnel continue de se soucier du contenu agricole de la CPD, mais dans un contexte plus vaste de gestion des ressources naturelles (par son association avec la FAO et le CRDI) et de la santé reproductive (par des projets menés de concert avec le minis-tère de la Santé des Philippines et le Centre pour les programmes de communication de l'Université John Hopkins. Grâce à ses programmes de formation traditionnels et non traditionnels, le CDC a formé des centaines de communicateurs pour le développement qui ont essaimé vers d'autres domaines, outre l'agriculture, et vers d'autres pays à l'extérieur de l'Asie du Sud-Est. Ainsi, avec ses divers programmes et ses publications, fort de ses liens avec des programmes de recherche et d'action comme Isang Bagsak2, le CDC est aujourd'hui au cœur d'un important réseau qui se consacre à l'étude et à l'application des principes de la communication dans ou pour le développement. La nature participative de la communication pour le développement a toujours été considérée comme un fait dans la majeure partie de l'Asie du Sud-Est, quoique le type et le degré de participation n'aient peut-être pas toujours été uniformes. Jusqu'à tout récemment, en Malaisie par exemple, le terme « participatif » ne se traduisait pas toujours par des critiques directes à l'endroit des politiques gouvernementales, comme c'est le cas notamment aux Philippines où les institutions politiques sont plus occidentalisées, certains diront trop occidentalisées. D'un autre côté, même dans une vieille démocratie comme celle de la Thaïlande, il est possible que la CPD, telle qu'elle est enseignée dans les universités, se manifeste encore par des modes de diffusion verticaux, simplement parce que les gens y sont moins exposés aux plus récents changements en matière de communication pour le développement, alors que de nouvelles perspectives font constamment leur apparition. Dans les sociétés hiérarchiques comme le Cambodge, en particulier avec sa forme actuelle de gouvernement, la participation est encore inégale. Elle est limitée dans les rencontres de communication officielles, mais de toute évidence elle est beaucoup plus présente entre pairs dans le contexte du travail de terrain. Il ne fait aucun doute que la CPD est le produit de la culture d'une société et de ses institutions sociopolitiques, ainsi que de son acceptation de la pensée actuelle en matière de communication pour le développement. De plus, il est clair que, partout, les professionnels de la CPD ont la possibilité d'accroître le degré de participation des citoyens au sein de leurs sociétés, en faisant connaître les principes du développement participatif.
2 Isang Bagsak est un réseau d'apprentissage et de réseautage qui vise à améliorer la communication et la participation chez les chercheurs, praticiens, communautés et autres parties prenantes dans le domaine de la gestion des ressources naturelles, ainsi qu'à fournir un appui en matière de communication aux initiatives de développement, dans l'optique d'aider les communautés à sortir de la pauvreté. Par conséquent, quelle est l'essence de la CPD en Asie du Sud-Est aujourd'hui ? Consciente de ses origines, la CPD s'allie à ceux qui souhai-tent réduire et même éliminer la faim, la pauvreté et la maladie dans le monde. Or, en tant que science sociale, elle ne s'identifie pas avec la technologie en tant que telle mais bien avec les gens qui l'utilisent ou ne l'utili-sent pas, plus particulièrement avec les populations les plus désavantagées en milieu rural. Ainsi, ses finalités sont l'égalité et la justice sociale pour tous, ainsi que la liberté, pour chaque individu, de développer son potentiel. Elle utilise des outils et des méthodes de communication, en premier lieu pour éduquer de façon non formelle, afin que les gens puissent disposer des capacités et de l'information qui leur sont nécessaires pour prendre leurs propres décisions. Quelques observations et réflexionsPar le passé, les communicateurs pour le développement d'Asie du Sud-Est ont sans contredit expérimenté certains problèmes et connu des revers. Mais ils ont aussi connu de bons moments et certains succès, avec l'aide de collègues. Tout au long de ce processus, ils ont appris de leurs propres expériences et de celles d'autres communicateurs. Certaines de leurs observations et de leurs réflexions actuelles sur la CPD sont décrites cidessous:
ConclusionLa communication participative pour le développement, sous les formes diverses qu'elle adopte d'un pays à l'autre, est un domaine récent mais dynamique, qu'alimentent un grand nombre de disciplines. De la même façon, la fenêtre unique qu'elle ouvre sur le développement humain lui permet de jouer un rôle de pionnier en matière de nouveaux concepts et de nouvelles pratiques, que d'autres domaines peuvent par la suite adopter. Le chemin qu'elle a parcouru au cours des 30 dernières années n'est pas négligeable. En tant qu'art et science, elle est en mesure de contribuer encore bien davantage, pour autant que ses promoteurs, avec leurs propres outils et expertise, conservent leur vision d'égalité, de justice sociale et de liberté, pour chaque individu, de développer son potentiel. |
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