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IDRC CRDI/PANOS/SVEN TORFINN

Les agriculteurs tracent une nouvelle voie au Kenya

Stephen Dale

Pourquoi les efforts déployés pour faire adopter de meilleures pratiques culturales et des variétés améliorées dans les terres semi-arides du Kenya – où vit 20 % de la population du pays – ont-ils échoué ?

Trouver la réponse à cette question est au coeur même des travaux que mènent des chercheurs du Kenya Agricultural Research Institute (KARI) et d’une université canadienne, l’Université McGill, en vue de favoriser l’adoption généralisée de pratiques culturales plus productives et de semences résilientes à rendement élevé.

Travaillant de concert avec des agriculteurs des comtés de Makueni, Machakos et Tharaka-Nithi, les chercheurs espèrent faire reculer la faim, en constante progression dans cette zone de 7,5 millions d’hectares en pleine expansion. Ils estiment essentiel de recourir à des pratiques et à des techniques novatrices pour s’attaquer aux problèmes que connaissent les agriculteurs, parmi lesquels les sécheresses fréquentes, l’épuisement des sols et les changements climatiques.

L’équipe est soutenue par le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (FCRSAI), initiative concertée du CRDI et d’Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada. Le FCRSAI supervise 21 projets mettant à contribution des chercheurs tant du Canada que de pays en développement qui s’attaquent aux problèmes interreliés que sont la dégradation de l’environnement, l’agriculture peu productive et la faim dans des zones d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes et d’Asie qui sont exposées à l’insécurité alimentaire.

L’adoption des innovations
Kenya food security agriculture
Des organismes oeuvrant au développement avaient certes déj
à procédé à l’essai de nouvelles pratiques et de variétés de semences améliorées, mais, une fois les essais terminés, les agriculteurs avaient tout simplement repris leurs anciennes façons de faire, se souvient Lutta Muhammad du KARI, l’un des chercheurs principaux du projet.
 
Chercheurs et agriculteurs n’avaient pas travaillé ensemble pour tester les pratiques améliorées dans les conditions locales. Les chercheurs n’étaient donc pas au courant des nombreuses difficultés auxquelles les agriculteurs se butaient. Quant aux agriculteurs, ils ignoraient tout des avantages que pouvaient leur apporter les nouvelles pratiques.

Dans le cadre de ce projet-ci, les partenaires kényans et canadiens abordent la question autrement. Ils mettent à l’essai différentes façons de faire en sorte que les agriculteurs disposant de peu de ressources jouent un rôle primordial dans l’élaboration des stratégies et aient davantage accès aux intrants et aux marchés.

En outre, ils essaient de trouver des manières de renforcer les réseaux d’agriculteurs existants. La communication entre agriculteurs est essentielle pour faire connaître les succès obtenus et transmettre les connaissances, afin que de plus en plus d’agriculteurs adoptent les nouvelles pratiques. 
   
De nouvelles collaborations

Pour qu’une formidable vague de changement puisse déferler, il faut s’assurer de la collaboration des agriculteurs sur une grande échelle. Les chercheurs ont travaillé avec plus de 1 200 hommes et femmes répartis en 54 groupes d’agriculteurs.

Ces agriculteurs ont déterminé les bonnes pratiques et les variétés de semences améliorées qui répondent le mieux à leurs besoins et suivent de près les effets de leur adoption. Ils ont également commencé à transmettre leurs nouvelles connaissances à leurs voisins – ce sont plus de 5 400 autres agriculteurs regroupés dans 216 groupes qui en bénéficient.

De nouvelles collaborations s’établissent entre les groupes d’agriculteurs afin de résoudre les problèmes qui se font jour. Ces liens croissants laissent entrevoir que l’impact de la recherche sur les 600 000 petits agriculteurs en difficulté de cette zone s’accentuera sans doute.

Le but ultime visé : la conception de modèles dont les futurs programmes de développement pourront se servir pour favoriser la diffusion rapide d’innovations ayant fait leurs preuves sur le plan local. Les chercheurs espèrent imprimer, au sein des groupes d’agriculteurs, un élan qui se poursuivra longtemps après l’achèvement du projet.
    
Des exemples d’améliorationsKenya food security farmer chicken

Des signes encourageants montrent que les agriculteurs des collectivités participant aux essais font des progrès pour ce qui est de résoudre les problèmes reliés
à l’environnement. Bon nombre d’entre eux ont adopté le billonnage cloisonné dans leurs champs — une méthode simple mais efficace qui permet de retenir l’eau des pluies torrentielles. En l’absence de billons, le ruissellement se produit rapidement, entraînant la perte d’une eau et d’un sol précieux.

Sources importantes de nourriture quand la sécheresse frappe, des poules indigènes sont logées dans des abris proprets qui les protègent des prédateurs et des maladies. Un vaccin administré périodiquement a permis de doubler le taux de survie des bandes de poules, que décimait auparavant la maladie de Newcastle. De plus, les agriculteurs ont planté des variétés améliorées de cultures locales traditionnelles d’un bon rapport, telles que le haricot mungo à grains verts et le dolique, et ils ont maintenant accès plus facilement à des semences certifiées, plus fiables.

Selon Lutta Muhammad, ces multiples interventions semblent porter fruit, même à la suite de plusieurs mois sans pluie. Malgré les conditions extrêmement difficiles qui règnent actuellement, la plupart de ces ménages auront de quoi manger pendant une bonne partie de la saison, dit-il.
 
 
Une inspiration pour les autres

Afin que les premiers succès obtenus incitent un plus grand nombre à innover, des journées de terrain ont été organisées pour présenter les réalisations des 54 groupes d’agriculteurs à plusieurs milliers d’autres agriculteurs des villages voisins. 

Les agriculteurs sont des ambassadeurs efficaces quand il s’agit de promouvoir l’adoption de nouvelles pratiques agricoles, soutient Gordon Hickey, chercheur à l’Université McGill. Ils sont fiers d’avoir choisi les nouvelles variétés de semences et les pratiques qui les ont aidés à atteindre leurs objectifs, et leur enthousiasme est communicatif.

Ils ont l’impression qu’on les écoute et qu’on apprend de ce qu’ils disent, et c’est là un ingrédient essentiel du succès; cela suscite énormément d’effervescence chez les agriculteurs, ajoute-t-il.

Kenya food security agriculture farmers
Bon nombre de membres des groupes d’agriculteurs ont reçu une formation qui leur permet de faire un geste pour d’autres agriculteurs. Ainsi, 54 agriculteurs formés à cette fin ont procédé à la vaccination de masse des poules indigènes dans différentes collectivités, ce qui a souvent donné lieu à la création de petites entreprises. Cinquante-quatre autres ont été formés à la manutention après récolte, et plus de 1 700 ont suivi une formation en expansion de marchés, deux aspects qu’il ne faut pas négliger si l’on veut augmenter les revenus des agriculteurs.

Certains groupes d’agriculteurs ont commencé à acheter collectivement en gros des engrais et des semences, à négocier de meilleurs prix pour leurs produits et à établir des banques de semences et des pépinières. Ils l’ont fait de leur propre chef, ce qui semble indiquer que l’essor des réseaux d’agriculteurs constitués à l’échelon local se poursuivra.

Stephen Dale est rédacteur et vit à Ottawa.
 
 
Visionner un diaporama sur les résultats de ce projet :
 
 

 

 
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