Il y a encore beaucoup trop d’enfants sur la planète qui ne sont pas vaccinés contre les maladies d’enfance évitables par la vaccination et souvent mortelles. Or, grâce à une initiative canadienne, des chercheurs du Canada et de partout dans le monde conjuguent leurs efforts en vue de cerner et de surmonter les obstacles qui entravent la vaccination des enfants dans les pays en développement.
On entend souvent dire que la vaccination contre des maladies qui, autrefois, tuaient de jeunes enfants est l’un des progrès les plus utiles de la médecine moderne. Dans un monde idéal, chaque enfant serait systématiquement vacciné, conformément au calendrier prescrit, et les maladies telles que la diphtérie, la coqueluche, le tétanos et la rougeole seraient en voie d’éradication.
Mais, dans la réalité, malgré l’augmentation de la couverture vaccinale et les campagnes massives de vaccination, la vaccination préventive n’est toujours pas une réalité dans les coins les plus pauvres de la planète. Voilà pourquoi l’Initiative de recherche en santé mondiale (IRSM), un partenariat regroupant quatre organismes fédéraux canadiens, dont le CRDI, appuie les efforts concertés de chercheurs du Canada, de pays à faible revenu et de pays à revenu intermédiaire qui s’emploient à déterminer où et pourquoi les programmes de vaccination ne donnent pas les résultats escomptés.
Un partenariat en faveur de la santé
L’Initiative canadienne d’immunisation internationale, qui en est à sa deuxième phase (ICII-2), finance six projets de recherche opérationnelle qui se déroulent dans douze pays en développement et qui visent à cerner les obstacles à la vaccination et à élaborer, à partir des connaissances acquises, les stratégies qui permettront le mieux de les surmonter.
Par exemple au Burkina Faso, seulement 52 % des enfants de moins de 11 ans reçoivent systématiquement les vaccins dont ils ont besoin pour lutter contre la maladie et échapper à la mort. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en 2006, la rougeole a été la maladie évitable la plus courante dans ce pays. Bien que le Programme élargi de vaccination (PEV) de l’OMS ait fixé comme objectif, en 1990, de vacciner 90 % des enfants de un an à l’échelle mondiale entre cette date et 2000, et malgré 30 années de campagnes soutenues de vaccination, cet objectif est loin d’être atteint dans la plupart des pays en développement.
Gilles Bibeau, de l’Université de Montréal, au Canada, et Bocar Kouyaté, du Centre de recherche en santé de Nouna, au Burkina Faso, codirigent l’une des six équipes de projet de l’ICII-2. Ils ont conçu un programme simple, mais efficace, pour vaincre les obstacles à la vaccination : ils misent sur la contribution des marraines de village et d’autres leaders communautaires.
Les marraines veillent à la participation des familles aux cliniques de vaccination
Les leaders communautaires de 21 villages ont désigné 85 femmes comme responsables de la santé. L’équipe de projet a formé 75 marraines et 10 informatrices pour qu’elles enregistrent les naissances et renseignent les infirmières sur le nombre d’enfants à vacciner. Les marraines assurent le suivi auprès des familles, les informent des dates des cliniques de vaccination et les aident à s’y rendre.
Robert Kargougou, qui travaille avec M. Kouyaté au Centre de recherche en santé de Nouna, situé dans la province de Kossi, explique que si l’on a opté pour ce type d’intervention, c’est essentiellement pour ne pas ajouter de frais ni d’activités au programme de vaccination existant.
M. Kargougou et une vingtaine d’autres chercheurs ont présenté les constatations de leurs travaux lors de l’atelier sur le passage des connaissances à la pratique que l’IRSM a organisé l’automne dernier, à Ottawa, et qui a permis de faire le point sur les progrès de la vaccination dans le monde. Au nombre des participants figuraient notamment des représentants de diverses organisations qui fondent leurs politiques et leurs programmes sur les constatations de ces recherches, dont l’OMS, l’UNICEF, et l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), ainsi que d’autres intervenants du milieu, dont des membres de l’Association canadienne de santé publique.
Certains chercheurs ont précisé que le rapport coût-efficacité et la simplicité relative de leur projet avaient été des facteurs déterminants dans la décision d’y adhérer. Par exemple, dans le cas du projet mené au Burkina Faso, les marraines ne se voient rembourser que leurs frais de déplacement, mais pourtant, elles y adhèrent pleinement. Le projet renforce les capacités locales, vu qu’elles sont déjà au courant de ce qui se passe dans le village.
M. Kargougou précise qu’en effet, non seulement elles travaillent avec les guérisseurs traditionnels, mais elles connaissent également l’horaire de l’infirmière et savent où sont les nouveau-nés.
Les mères pèsent le pour et le contre
L’équipe du Burkina Faso a déterminé que le manque de renseignements sur les dates des cliniques constituait l’un des principaux obstacles à la vaccination. Et quand les mères étaient au courant, elles étaient obligées de choisir entre la nécessité de faire vacciner leurs enfants et leur obligation de gagner un revenu chaque jour. Parfois, elles pensent que si leur enfant a déjà reçu une ou deux des quatre injections de rappel recommandées contre la poliomyélite, il peut sans problème en sauter une.
M. Bibeau affirme que les mères veulent que leurs enfants soient protégés contre les maladies évitables et savent que la rougeole et la polio sont dangereuses. Elles doivent toutefois comparer les avantages qu’elles procurent à toute la famille en allant travailler aux champs et les risques auxquels elles exposent leurs enfants en leur faisant sauter une injection.
Grâce au programme de marrainage, quand les femmes ne se présentent pas aux cliniques de vaccination, les marraines vont les chercher et les amènent au village, s’assurant ainsi que tous les bébés se font vacciner.
Les chercheurs procèdent actuellement à l’évaluation du programme de marrainage, mais des renseignements préliminaires révèlent une augmentation de la participation aux cliniques de vaccination. Selon M. Kargougou, au dire des infirmières elles-mêmes, la situation s’est considérablement améliorée.
Si les résultats s’avèrent aussi concluants que ce à quoi s’attendent les chercheurs, leur programme pourrait être reproduit partout en Afrique de l’Ouest et dans d’autres pays présentant une faible couverture vaccinale.
Le complexe calcul des coûts-avantagesUne autre équipe de recherche à l’oeuvre dans des régions du Pakistan où seulement la moitié des enfants sont vaccinés contre la rougeole a constaté que les obstacles à la vaccination étaient complexes. Souvent, ceux qui conçoivent et exécutent les programmes d’immunisation présument que les gens n’en profitent pas parce qu’ils n’en comprennent pas les avantages. Ils se trompent, selon Neil Andersson et Noor Mohammed, qui travaillent respectivement pour CIETcanada (Community Information and Epidemiological Technology Canada) et CIETinternational au Pakistan.
Selon M. Andersson, la principale constatation de son organisme a été que les gens comparent les avantages qu’ils pensent retirer de la vaccination avec les coûts qui s’y rattachent et qu’ils auront à assumer.
Les familles évaluent la fréquence et le coût d’une maladie sur une période de un an ou deux par rapport aux coûts que représentent le transport jusqu’à la clinique de vaccination et le temps de travail perdu, affirme-t-il.
Les parents incluent également dans leurs calculs les taux de réduction des coûts consentis en fonction de l’âge et du sexe de leurs enfants. L’équipe de CIET a donc intégré les données de ces calculs dans un programme d’intervention qu’elle a mis en oeuvre au Pakistan. Les chercheurs ont comparé 34 collectivités afin de vérifier si des discussions sur l’analyse des coûts-avantages de la vaccination des enfants contre la rougeole amélioreraient le taux de couverture vaccinale. Ils ont en outre rencontré des groupes communautaires, dans 18 collectivités, pour leur parler des données probantes locales confirmant les avantages de la vaccination ainsi que des obstacles existants. Les équipes d’intervention ont ensuite aidé ces collectivités à élaborer des plans d’action pour la diffusion de l’information sur les bienfaits de la vaccination. Aucune intervention n’a été faite dans les 16 collectivités du groupe témoin.
Un an plus tard, dans les collectivités où avaient oeuvré les équipes d’intervention, le taux de vaccination contre la rougeole avait augmenté de 20 % et celui contre la diphtérie-tétanos-coqueluche (DTC), de 28 %, selon M. Andersson.
L’équipe de CIET a transmis les résultats de son étude aux membres du gouvernement de district, qui les ont bien accueillis. Les constatations de cette recherche ont convaincu l’
UNICEF d’aider le ministère concerné du district à accroître le nombre d’activités destinées à sensibiliser les populations à l’importance de la vaccination et, ce faisant, à améliorer la couverture vaccinale dans les régions éloignées qui n’ont pas facilement accès à des services de santé.
L’importance du transfert des connaissancesIl est essentiel de transférer les connaissances produites par ces projets de recherche si l’on veut améliorer les taux de vaccination, selon Osman David Mansoor, conseiller principal pour le PEV, à l’
UNICEF.
Pour M. Mansoor, il est réjouissant de voir des projets qui portent sur des questions comme la communication aux parents de renseignements sur la vaccination, sous l’angle des coûts et avantages, entraînant ainsi une forte augmentation des taux de vaccination; sur la nécessité, pour les responsables des programmes, de mieux utiliser les données; sur l’importance du leadership en tant que facteur contribuant à l’obtention de taux élevés de couverture vaccinale. Pour tous ces projets, le défi consistera à faire en sorte que les constatations émanant de la recherche se reflètent dans des politiques et que les constatations émanant de la recherche opérationnelle soient mises en oeuvre à l’échelle nationale.
L’
OMS a besoin qu’on lui transmette les données issues de la recherche dès qu’elles ont été validées, de quelque façon que ce soit, d’affirmer Philippe Duclos, conseiller principal en santé au Département vaccination, vaccins et produits biologiques de cette organisation.
Les projets de recherche produisent des résultats intéressants qui, une fois validés, peuvent aider l’
OMS à rectifier certaines de ses approches visant à améliorer la couverture vaccinale, comme sa stratégie Atteindre chaque district, précise-t-il.
Il encourage vivement les chercheurs à diffuser le plus rapidement possible les constatations de leurs recherches et, dans le cas où ils seraient soumis à des contraintes de propriété intellectuelle, à les publier, si c’est possible, en libre accès. Il importe que l’information circule très rapidement, conclut M. Duclos.
Les chercheurs canadiens ont souligné, eux aussi, l’utilité de l’information qui a résulté des projets qu’ils ont réalisés de concert avec leurs partenaires étrangers, faisant observer que les taux de vaccination avaient diminué au Canada de telle sorte qu’ils se devaient, eux aussi, d’apprendre à appliquer, dans leur propre pays, les connaissances sur les obstacles qui empêchent les parents de faire vacciner leurs enfants.
À propos de l’Initiative de recherche en santé mondialeEn 2001, quatre organismes fédéraux ont créé un partenariat unique en son genre dans le but de coordonner et de faire la promotion du soutien financier que le Canada accorde à la recherche en santé et à ses applications dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire (PFR-PRI). Ce partenariat, appelé l’Initiative de recherche en santé mondiale (IRSM), finance des programmes novateurs de recherche et de renforcement des capacités ainsi que des collaborations stratégiques Nord-Sud qui améliorent la santé et le bien-être des Canadiens et des populations des pays en développement. En conjuguant ainsi leurs efforts, les Instituts de recherche en santé du Canada (
IRSC), l’Agence canadienne de développement international (
ACDI), Santé Canada et le Centre de recherches pour le développement international (
CRDI), s’efforcent d’influencer les politiques et les programmes de recherche en santé mondiale tout en veillant à ce que les connaissances émanant de la recherche soient diffusées et appliquées le plus rapidement possible.
Les activités de l’IRSM sont fondées sur l’hypothèse selon laquelle des investissements relativement modestes dans les recherches consacrées aux problèmes de santé des PFR-PRI peuvent contribuer de façon appréciable non seulement à améliorer les résultats en matière de santé, mais aussi à réduire les coûts des programmes.
Le tout premier programme d’envergure financé par l’IRSM a été la phase 2 de l’Initiative canadienne d’immunisation internationale (ICII-2), qui vise à améliorer les services de vaccination et à en élargir la portée, à renforcer les capacités des chercheurs du Sud et du Canada et à déterminer pourquoi les programmes de vaccination ne donnent pas les résultats attendus. Les chercheurs participants espèrent qu’après avoir cerné les obstacles à la vaccination et appliqué les nouvelles connaissances acquises, ils réussiront à surmonter ces derniers et à augmenter la couverture vaccinale.
L’initiative a permis de financer six équipes de recherche dont les projets se déroulent dans les pays suivants : au Bénin, au Burkina Faso et au Mali; en Bolivie, au Chili, à Cuba, au Nicaragua, au Paraguay et au Pérou; en Géorgie, en Inde et au Pakistan. Les chercheurs se sont réunis à Ottawa, en septembre 2007, à l’occasion d’un atelier sur le passage des connaissances à la pratique, afin de diffuser les constatations de leurs travaux et d’éclairer les recherches à venir.
Quelques faits sur la couverture vaccinale
- L’UNICEF estime que plus de 2 millions d’enfants meurent chaque année, dans le monde, de maladies évitables par la vaccination.
- Quelque 1,4 million de ces victimes sont des enfants âgés de moins de cinq ans qui meurent de la rougeole, de la coqueluche et du tétanos néonatal, malgré la disponibilité depuis maintenant 40 ans d’un vaccin sûr et efficace contre ces maladies.
- En 2005, plus de 27 millions d’enfants n’ont pas reçu les trois doses du vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche (DTC), et environ 30 millions d’autres, les doses requises de vaccin contre la rougeole.La stratégie intitulée « La vaccination dans le monde : vision et stratégie », adoptée par l’OMS et l’UNICEF, exhorte tous les pays à réduire de 90 %, d’ici 2010, le nombre de victimes de la rougeole, et ce, par rapport aux estimations de l’an 2000. Pour atteindre cet objectif, on devra administrer à au moins 90 % des nouveau-nés tous les vaccins recommandés.
- En atteignant les objectifs de cette stratégie, on pourra sauver chaque année la vie de 4 à 5 millions d’enfants d’ici 2015.
- En 1999, les gouvernements, les organisations internationales, des partenaires du secteur privé et des établissements de santé publique ont fondé l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI) dans le but de financer des programmes qui renforcent les systèmes de santé ainsi que les services de vaccination et d’accélérer l’accès aux nouveaux vaccins.
- Les programmes de la GAVI ont permis d’administrer le vaccin DTC à 36,8 millions d’enfants de plus.
- Pour connaître les taux de couverture vaccinale de divers pays, prière de consulter le site Web de l’Organisation mondiale de la santé, à l’adresse suivante :
Source : Mansoor, Osman David. « La promesse des vaccins », eJournal USA, revue électronique du Département d’État des États-Unis, mars 2007. M. Mansoor est conseiller principal des services sanitaires de l’UNICEF en matière de nouveaux vaccins. Il a participé à la réunion de l’ICII-2, à Ottawa.
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